L'histoire de Blue Heron, le premier long métrage de la cinéaste canado-hongroise Sophy Romvari, se révèle à la fois touchante, complexe et inconfortable. Le film interroge la mémoire, au sein d'un récit semi-autobiographique, et sa construction interroge entre le documentaire et la fiction, en mettant en première ligne la personne qui n'est pas centrale aux faits décrits, mais témoin, comme un double de la réalisatrice elle-même. Avec deux parties bien distinctes, mais qui reviennent clairement sur la même situation familiale, inextricable et dramatique, Blue Heron sème le trouble et pose des questions auxquelles personne n'a de réponse. La forme est délicate et contemplative une grande partie du temps, elle peut même être source d'ennui, tant le sujet n'est pas traité aussi frontalement que le cinéma nous a habitués à le faire. Cet adolescent au comportement erratique est un mystère, tant pour sa famille que pour la société et pour nous, spectateurs, confrontés à une histoire qui nous échappe un peu, faute d'avoir des éléments plus tangibles à considérer. Mais c'est ainsi, les souvenirs évoqués sont aussi empreints de pudeur, d'opacité et d'impressions furtives. Le drame, cette-fois, n'est pas vécu dans la peau du protagoniste principal, mais dans ses bouleversements contigus. C'est toute la richesse et aussi l'exigence d'un film que chacun ressentira avec ses propres expérience et sensibilité.
Un bon premier long-métrage sur un sujet rare et délicat : la déstabilisation d’une famille par l’un de ses membres, un adolescent en situation de grand mal-être. Le point de vue est celui d’une petite fille, la sœur de l’ado en question. Petite fille que l’on retrouvera plus grande dans le rôle d’une réalisatrice. Soit les deux “doubles”, a priori, de l’auteure de ce film aux accents autobiographiques. Deux “doubles” qui vont jusqu’à partager certaines scènes dans une fusion des espaces-temps et une réflexion touchante sur la remémoration et ses limites, les restes du passé dans le présent, le chagrin. Le dispositif de narration et de mise en scène prend également la forme d’une enquête a posteriori pour sonder les contours d’une certaine culpabilité. Sophy Romvari a ainsi une façon bien à elle – inventive et sensible – d’envisager ce passé familial, sur plusieurs niveaux de recréation fictionnelle. Jusqu’à un dénouement qui dit sans tout dire. Subtil et émouvant. (Film vu au festival de Locarno)
La cinéaste canado-hongroise Sophy Romvari a pris son temps pour réaliser son premier long, faisant ses classes avec plusieurs courts, et il semblerait qu'elle ait eu raison à voir la maitrise dont elle fait preuve avec ce "Blue Heron". Film de famille, réflexion presque terre à terre sur la santé mentale, ce film est tout à la fois concret et très décalé, à l'image de ce travail sur la temporalité et la mémoire qui permet sans qu'il s'en rende vraiment compte au spectateur de rejoindre les protagonistes dans leur perte de repères, dans ce monde qu'ils tentent d'attraper alors que celui-ci s'échappe inévitablement. "Blue Heron" n'est certainement pas un objet facile à apprivoiser, pas plus qu'un morceau de Daniel Johnston qui vient vous sécher à la fin, mais rares sont les instants où on a ainsi l'impression de rencontrer une vraie proposition de cinéma, un geste très profond qui donne envie de suivre de très près celle qui l'a effectué.
Vu en avp au festival du film international de La Roche sur Yon 2025. Tres belle surprise, sujet douloureux traité tout en subtilité, avec une dernière partie surprenante, mais qui donne du relief au film dans son ensemble. réalisatrice à suivre
Ce premier long métrage de cette réalisatrice canadienne est un film dur et pathétique sur une famille avec un fils aîné atteint de maladie mentale. Le film retrace les difficultés rencontrées et endurées par cette famille déstructurée qui ne trouve pas de solutions pour y remédier. Le sujet est grave et les réponses des institutions ne sont absolument pas efficaces comme le démontre ce film qui est très pessimiste dans son déroulé.
Bernard CORIC
(Film visionné en projection de presse le 20/03/2026 au Cinéma Balzac à PARIS)
Très beau film certainement proche du vécu de la réalisatrice. Le comportement du fils ainé a un impact dévastateur dans la durée sur sa famille et le film traite ce sujet avec une grande subtilité. La photographie est belle, le montage est fort, les acteurs sont parfaits
Une famille hongroise de quatre enfants déménage sur l'île de Vancouver en Colombie-Britannique à la fin des années 90. Le fils aîné, Jeremy, présente de graves troubles du comportement. Rétif à toute autorité, il se met constamment en danger et menace sa famille qui essaie tant bien que mal de mener une vie ordinaire. Sasha, huit ans, la seule fille de la fratrie, observe sans toujours la comprendre cette situation.
Nous vient de l'Ouest canadien anglophone ce film hors normes aux frontières du documentaire et de la fiction. La réalisatrice Sophy Romvari a puisé dans son histoire familiale. Elle aussi était d'origine hongroise. Elle aussi a grandi auprès d'un frère schizophrène et dangereux.
"Blue Heron" est son premier long métrage. Il a été sélectionné à Locarno l'an dernier avant de faire le tour des festivals internationaux et d'arriver enfin en France. J'ai eu la chance d'assister à son avant-première au MK2 Beaubourg avec une longue séance de questions, un journaliste pugnace, une traductrice enthousiaste et une réalisatrice d'une rare justesse.
Son film est un bijou auquel, fait rare, je donne quatre étoiles. Il m'a rappelé "Il faut qu'on parle de Kevin", un de mes plus grands chocs littéraire et cinématographique des vingt dernières années. Car comme lui, il met en scène un enfant nocif et des parents déchirés. Déchirés entre la crainte légitime que cette enfant suscite et l'impératif viscéral et social de lui prêter assistance.
Comment aimer un enfant mal-aimable ? Que faire face à un fils qu'on n'arrive pas à éduquer ? Faut-il l'aimer encore plus ? a-t-on le droit de l'aimer moins ? L'éloignement est-il une solution acceptable, qui permettra peut-être que sa santé et la situation s'améliorent, mais qui signe à court terme la défaite de l'éducation parentale ?
Le film se déroule dans le cocon familial. Il est de plus en plus irrespirable, même s'il prend souvent le large le long des côtes sauvages de l'océan Pacifique. Arrivé aux deux tiers du film, on menace d'étouffer. C'est là que la réalisatrice a eu une idée de génie. Je n'en parlerai pas.... mais suis bien obligé d'en parler ! Le scénario prend une tout autre dimension. On se dit que le procédé est un peu facile, que cette bifurcation est la solution paresseuse à son manque d'inspiration et à son incapacité à mener l'histoire à son terme. On a furieusement envie de revenir là où on en était pour savoir comment l'histoire se dénoue : qu'adviendra-t-il de Jeremy ?
C'est alors que la réalisatrice a une seconde idée de génie. Elle va nous ramener à la fin des années 90 dans la maison de Jeremy, de Sasha et de leurs parents. Mais elle va le faire en utilisant un procédé étonnant, défiant toutes les lois de la raison... et pour autant parfaitement efficace.
Ces deux idées de génie méritent bien quatre étoiles. D'autant qu'elles sont au service de l'histoire et n'en constituent pas des appendices inutiles. Quand le générique de fin s'affiche, un silence grave et recueilli accueille les dernières informations qu'on vient d'apprendre. Il faut un moment pour les encaisser jusqu'à ce que les applaudissements éclatent et saluent cette jeune réalisatrice jet-laggée, si modeste et si douée.
Témoignage de la cinéaste sur la difficulté, la peine immense, pour sa famille et pour elle-même d'avoir eu un frère malade mental ( le diagnostic n'a pas été établi ).
" Blue héron " est finalement l'expression des émotions de la réalisatrice, au travers d'un film à la volonté cathartique qui reste malheureusement beaucoup trop en surface.
Les dernières dix minutes sont très fortes, mais ne rachètent pas totalement les difficultés éprouvées le reste du temps par la cinéaste canadienne à traiter son sujet en profondeur. Dommage !
Entre chronique familiale, œuvre contemplative, introspection personnelle et approche de la santé mentale à l’adolescence, « Blue Heron » pourra apparaître comme un film âpre et difficile d’accès. Malgré ce programme chargé et très indexé sur les clichés du cinéma indépendant particulièrement retors, il n’en sera rien. Pour son premier film, Sophy Romvari livre un long-métrage que l’on sent en partie autobiographique, qui transpire donc le vécu sur chaque grain de la pellicule. On pense un peu aux premiers films de l’actrice et réalisatrice Maïwenn comme l’excellent « Pardonnez-moi » qui oscillait entre réalité et fiction sans que le spectateur puisse démêler clairement et objectivement quelles parties sont de l’ordre de l’invention et quels segments relèvent de la vérité. À plusieurs reprises, le film menace de sombrer dans le trop-plein poseur et contemplatif, perdant ainsi notre attention et le sujet central, mais il se rattrape toujours. En l’état, les images de l’île de Vancouver au milieu des années 90 sont très agréables à l’œil. Ce contexte spatio-temporel et l’impression de revivre l’histoire de la famille de la cinéaste apporte un mélange de mélancolie et de nostalgie aussi cotonneux et doux que triste. Mélancolie puisqu’on sent le mal que la maladie mentale de l’aîné a infusé dans le cœur de cette famille. Nostalgie car on rêverait de revivre à cette époque bénie et surtout dans des paysages naturels aussi magnifiques.
Il ne se passe pas grand-chose véritablement durant une petite heure. Par petites touches, en recréant des morceaux de vie naturalistes et/ou familiaux, « Blue Heron » nous immerge donc simplement dans le quotidien de sa famille. Ou plutôt du souvenir qu’elle en a. On se laisse bercer avec un certain plaisir cependant tandis que les séquences où le fils aîné, atteint d’un trouble mental qu’on ne savait nommer à l’époque, fait ses crises qui cassent ce cadre enchanteur et perturbent. Cela apporte une sorte de malaise insidieux et de tristresse profonde. On se rend bien compte du désemparement des parents face à cela. Le dernier tiers du film est plus casse-gueule et s’approche presque d’une mise en abyme cathartique. La cadette devenue grande (et qu’on suppose être Sophy Romvari devenue adulte) réalise un documentaire sur les troubles mentaux pour tenter de comprendre des années après ce qui arrivait à son frère sans qu’elle puisse le comprendre à l’époque. La frontière entre la réalité et la fiction se brouillent, l’émotion nous gagne mais le procédé est parfois maladroit. Il y a aussi beaucoup de moments de flottements et des zones d’ombre sur le devenir de cette famille qui frustrent. Au final, « Blue Heron » est une œuvre touchante, sincère et singulière, cependant non dénuée de défauts et maladresses.
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Très fort. Des images et musiques presque sublimes, ( grands paysages aux couleurs parfois d'automne ), alternent avec des scènes souvent tendues de huis clos familiaux, comme si étaient reproduites la perception et la conscience clivées du jeune adolescent.
Mêmes contrastes douloureux entre la sérénité, l'insouciance des enfants, la tendresse et la patience des adultes et leurs regards inquiets ou désespérés.
La réalisatrice se met presque en scène dans le rôle d'une thérapeute supervisant ce cas dramatique et poignant, impuissante et magnifiquement empathique.
Décevant. C'est lent, un peu ennuyeux. Je m'attendais à une ambiance psychologique, une inquiétude qui monte...Mais ça ressemble plus à un téléfilm, voire limite documentaire. Le truc qui se veut original c'est la fille devenue adulte qui revisite son passé mais ça tombe un peu à plat. De manière générale je trouve que ça devient de plus en plus difficile de sélectionner des films sur la base des critiques de la presse. Il y a de moins en moins de bons films qui sortent. Du coup ils mettent des critiques exagérément positives à des films moyens...
Beaucoup hésité à aller voir ce film. Description de la vie quotidienne d'une famille ordinaire à travers des gestes quotidiens et banals. Les parents et leurs 4 enfants, 3 garçons et une fille, s'installent sur une île près de Vancouver. L'ado est sérieusement "perturbé" avec des comportements imprévisibles. Les parents n'ont pas d'autorité sur lui. Le problème du film, c'est qu'on ne ressent pas vraiment la tension provoquée par ce garçon problématique. La dernière partie avec, la fillette devenue adulte n'est pas folichonne non plus.