Dans À demain sur la Lune, Thomas Balmès aborde la fin de vie avec une pudeur et une justesse rares. Le film nous plonge au cœur de l’unité de soins palliatifs de l’hôpital de Calais, un lieu où l’accompagnement humain prime sur toute autre considération. Ici, la mort n’est ni spectaculaire ni mise en scène, elle est présente comme une réalité partagée, apprivoisée à travers l’écoute, le respect et la dignité accordée à chaque patient.
Au centre du récit se trouve Peyo, un cheval dont la capacité à percevoir les personnes les plus fragiles intrigue autant qu’elle apaise. Sans dressage ni protocole médical, sa présence transforme l’atmosphère des chambres qu’il traverse. Les corps se détendent, les respirations ralentissent, et un autre rapport au temps s’installe. Le film ne cherche jamais à expliquer ce phénomène, préférant en observer les effets concrets sur les patients, leurs proches et les équipes soignantes.
Le documentaire entremêle ainsi deux récits indissociables, celui de Peyo et celui des personnes en fin de vie. Face à l’animal, les patients cessent de parler de la maladie pour évoquer leurs souvenirs, leurs liens, et ce qu’ils souhaitent laisser derrière eux. Ces instants suspendus redonnent une forme de sens aux derniers jours et déplacent le regard porté habituellement sur les soins palliatifs. Il ne s’agit plus seulement d’accompagner la mort, mais de permettre à la vie de se dire jusqu’au bout.
Le parcours d’Amandine, jeune mère atteinte d’un cancer incurable, traverse le film comme un fil émotionnel fort. Lucide sur son destin, elle choisit de témoigner pour ses enfants, transformant sa participation au documentaire en un acte de transmission. Autour d’elle, médecins, infirmières et aides-soignants forment une communauté soudée, consciente de la dureté de leur mission, mais portée par une éthique profondément humaine.
Le film accorde également une place importante à Hassen Bouchakour, propriétaire de Peyo, dont le parcours éclaire autrement la présence du cheval. Ancien artiste de scène et cavalier, il a observé pendant des années le comportement singulier de Peyo avant d’en comprendre la portée. Son rôle n’est pas celui d’un dresseur, mais d’un accompagnant attentif, conscient d’être le témoin d’un lien qui le dépasse.
La mise en scène choisie par Thomas Balmès se caractérise par une grande discrétion. La caméra s’efface, respecte les silences, accepte les absences et les jours sans images. Ce temps long permet de capter des gestes infimes, des regards et des respirations qui racontent plus que de longs discours. Le regard des soignants souligne combien la présence de Peyo agit comme un soin non médical, parfois décrit comme spirituel, ouvrant un espace de sens et d’apaisement.
Sans jamais tricher avec l’émotion, À demain sur la Lune s’impose comme une œuvre de patience et de respect. Le film ne parle pas seulement de la mort, mais de notre rapport au temps, à l’amour et à la transmission. Une expérience humaine profonde, qui rappelle que rester vivant jusqu’au bout est peut-être le dernier acte de résistance face à l’inéluctable.