Soulèvements s'inscrit dans le prolongement naturel du parcours de Thomas Lacoste. Engagé depuis plus de vingt ans sur les questions de luttes politiques, de jeunesse et d’émancipation, il a notamment consacré une trilogie sur le conflit armé au Pays Basque. Après avoir suivi la longue mobilisation à Notre-Dame-des-Landes contre le projet d’aéroport, dont l'abandon a été gagné en 2018, il a été attentif à la constitution et à la structuration des Soulèvements de la Terre à partir de 2021. Le réalisateur déclare : "il y a bien une ligne profonde qui relie ces films, voire l’ensemble de mes films. Dans cette trilogie basque, comme pour ce nouvel opus, est au travail la distinction du légitime versus légal qui joue dans les deux cas comme moteur d’émancipation politique."
Ce qui a frappé d'emblée le réalisateur dans le mouvement des Soulèvements de la Terre, c'est l'hétérogénéité des personnes qui le constituent, ainsi que l'étendue de son engagement, qui ne se limite pas à l’écologie ou au climat, mais tient aussi compte des questions sociales et décoloniales. Le printemps 2023 a été vécu comme un choc par Thomas Lacoste, en raison de la manière dont l'Etat français a décidé de "criminaliser en quatre actes ce jeune mouvement transgénérationnel porté par la jeunesse."
Le réalisateur s'est penché sur le mouvement des Soulèvements de la Terre avant tout pour une question démocratique, plus qu'écologique : "Comment un État peut-il criminaliser sa jeunesse pour les efforts qu’elle déploie à inverser le funeste cours des choses, pour partie orchestrée faut-il le souligner par ce même pouvoir, et à tenter de nous en sauver collectivement ?"
Mis en contact avec les militants par le biais d'un ami, William Fujiwara, qui est devenu premier assistant sur Soulèvements, Thomas Lacoste a dû les convaincre : "Pour elles et eux, prendre le pari de ce film était doublement compliqué de par mon extériorité au mouvement et le fait d’apparaître à visage découvert alors que, quasiment dans la même séquence, se révélaient à eux l’ampleur des dispositifs de surveillances et des moyens d’investigations de la police antiterroriste. Plusieurs discussions ont suivi."
En accord avec les militants, le réalisateur a choisi de faire un portrait choral du mouvement. Ainsi, aucun nom propre ou de lieu de vie n'est donné, et l'usage de la première personne du singulier est banni. Cela a permis de protéger les personnes tout en mettant en avant une parole collective : "ce qui était primordial c’était d’arriver à montrer comment chaque personne était ancrée dans le territoire au sein duquel elle est engagée à la fois dans une lutte mais aussi dans un savoir-faire qu’elle porte et offre en partage au mouvement."