Documentaire politique traitant en Argentine du combat d 'une communauté autochtone contre des capitalistes niant leur droit à rester sur leur territoire. Analyse rigoureuse se basant sur le procès traitant de la mort du chef couscous assassiné par les colonialistesn
Un immense documentaire ! La documentariste dans une forme qui peut paraître éparpillée, brouillonne au premier abord mais qui à l'usage confère toute sa profondeur au film donne à voir la précarité mais aussi la grande dignité des vies des "Argentins originaires", les Indiens mapuches. La force de la terre dans cette région montagneuse-aride de ce grand pays, le dialogue entre les générations, les souvenirs attendris des anciens aussi bien que l'enthousiasme d'un jeune couple à s'installer sur le territoire ancestral, tout cela constitue la plus belle justice rendue par Lucrecia Martel aux Mapuches en lutte pour que la ... Justice officielle les entende. Un grand, grand moment de cinéma.
Une plongée au cœur de l’Argentine, dans une communauté qui selon certains n’existent pas : les Chuschagasta, peuple autochtone dont les « blancs » prétendent qu’ils ont disparu pour mieux accaparer leurs terres. Ça n’arrive pas au 19ème siècle mais au 21ème : tellement sûrs de leur droit et de leur impunité, ceux qui voulaient y ouvrir une mine ont assassiné le leader des indigènes qui s’opposaient pacifiquement à eux, tout en filmant leur meurtre puis le publiant sur Youtube. Le documentaire s’appuie sur les vraies images de leur procès (pas une reconstitution), et alterne avec les témoignages des Chuschagasta que Lucrecia Martel filme avec douceur alors qu’ils partagent leur vie simple avec elle. Pour montrer la beauté de ce bout de terre, la réalisatrice fait une utilisation importante des drones, qui renouvelle le genre du documentaire. Ce film fort a relancé le débat public sur les droits des indigènes en Argentine.
Lucrecia Martel signe un film profondément engagé, qui s’attaque à la fabrication même de l’histoire officielle argentine. En croisant le procès, les récits intimes et la mémoire collective, elle parvient à faire exister une parole longtemps niée, avec une force indéniable.
Dans le nord de l'Argentine, dans la province de Tucuman, le chef de la communauté autochtone Chuschagasta qui occupait les terres de ses ancêtres a été tué le 12 octobre 2009 par un propriétaire foncier assisté de deux policiers retraités. Neuf ans plus tard, le procès des trois criminels s'ouvre.
La réalisatrice Lucrecia Martel fait partie de la génération de jeunes talents qui, au tournant du siècle, avec Lisandro Alonso et Pablo Trapero, a fait circuler un vent d'air frais dans le cinéma argentin. On parlait à l'époque de Nouveau cinéma argentin. C'est une réalisatrice rare qui, en vingt- cinq ans, n'a guère tourné que quatre longs métrages ("La ciénaga", "La niña santa", "La Femme sans tête", "Zama"). J'avais fait de "Zama" à sa sortie en 2018 une critique mitigée et ai gardé le souvenir d'un film désespérément ennuyeux.
"Nuestra Tierra" est son premier documentaire. Elle y tisse trois fils. 1. Le procès, dont elle a obtenu l'autorisation de filmer les débats - la captation vidéo en France n'est possible sur autorisation que depuis 2022 - voit devant les trois juges de la cour régionale de San Miguel de Tucumán s'opposer l'accusation, étonnamment silencieuse, à une défense qui essaie par tous les moyens d'excuser l'inexcusable. 2. Des images des lieux mêmes du crime filmés par drones, d'une grande beauté, mais qui, à la longue (le film dure plus de deux heures), finissent par être répétitives. 3. Des témoignages des Indiens Chuschagasta qui, à la demande de la réalisatrice, ont rassemblé pour elle de vieilles photographies et les partagent devant la caméra.
"Nuestra Tierra" est le film d'une cause : celle de l'identité des peuples autochtones et de leur spoliation par le colon blanc. C'est ce qui fait sa force. C'est ce qui fait aussi sa limite. Car il présente l'immense qualité de nous sensibiliser à une question qui, à nous spectateurs français, pouvait sembler fort lointaine, même si la colonisation est un sujet universel. Mais il présente le défaut irrémédiable de priver le film d'espace, de l'enfermer dans une seule dimension, celle de la solidarité spontanée qu'on éprouve pour ces victimes d'une Histoire qui les a invisibilisées.
Originaire de Salta, dans le nord-ouest de l'Argentine, Lucrecia Martel a profité du procès des trois assassins de Javier Chocobar, leader de la communauté autochtone Chuschagasta présente depuis des siècles à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Tucumán, pour nous parler de la lutte que doivent en permanence mener les populations autochtones pour ne pas être spoliées de leurs terres par des "puissants" venus d'ailleurs, voire même pour avoir le droit d'être reconnues en tant que communauté. Alternant scènes filmées lors du procès qui s'est déroulé en 2018, images filmées lors de l'assassinat qui eut lieu en 2009, rencontres avec des membres de la communauté et images prises depuis des drones de cette magnifique région, "Nuestra Tierra" peut paraitre un peu foutraque mais n'en est pas moins un film très prenant au caractère malheureusement très universel.
Argentine originaire de Salta, Lucrecia Martel ( une des cinéastes phare de la nouvelle vague argentine) donne la parole à une communauté d'indiens d'Argentine dont un des membres a été tué lors d'un affrontement, lié à la défense d' un territoire ancestral.
Le documentaire a le mérite de défendre une population dont l'existence juridique et les droits ne sont pas reconnus par les autorités gouvernementales.
Au plan formel, " nuestra tierra " ne m'a pas semblé très passionnant, mais l'intérêt du sujet justifie son visionnage.
Nombre de peuples d’Amérique latine subissent la spoliation de leurs terres et de leurs ressources depuis des siècles. Dans le cas des Chuschagasta, qui vivent sur un territoire devenu argentin, cela se double d’un effacement pur et simple : ils sont en effet déclarés « disparus » en tant que communauté depuis un décret de 1807. Un tour de passe-passe qui permet à toute la mécanique cynique de la colonisation, alliée à la corruption, de s’approprier des terres supposées vides et aux voleurs de … louer ces mêmes terres à des occupants Chuschagasta censés ne plus exister. « S'il fallait tout vérifier à chaque article on ne s'en sortirait pas" balaye d’un revers de main un historien qui a conforté cette version officielle sans sourciller. Oui mais voilà, les Chuschagasta ne se laissent pas faire et, depuis des décennies, engagent toutes les procédures juridiques possibles pour faire valoir leurs droits. En pure perte. Jusqu’à ce qu’un drame survienne en 2009 : le chef de la communauté, Javier Chocobar, est abattu par trois hommes (dont deux anciens policiers) prétendant être propriétaires des terres. Il faudra 9 ans pour que le procès ait lieu et la cinéaste Lucrecia Martel (auteure de fictions, qu’on avait découverte en 2002 avec l’excellent La ciénaga) est au tribunal pour filmer les protagonistes. Au regard de l’arrogance des prévenus - "J'ai des amis honorables" dit l’un, de la violence symbolique du protocole judiciaire que les blancs maitrisent bien mieux que les Chuschagasta, du poids de cette entourloupe juridique de spoliation « légale », on se dit que le match est plié. Pour celles & ceux qui n’auraient pas eu connaissance du verdict rendu en 2018, on ne dévoilera pas l’issue de ce marathon judiciaire éprouvant, mais le simple fait que Nuestra Tierra ne soit pas complètement déprimant lui vaut déjà de compter double. Mais ce qui le porte au niveau du grand film est la capacité de Martel de se saisir de matériaux composites et de les faire entrer en résonnance : les images du procès bien-sûr, mais aussi les moments d’intimité avec la veuve de l’homme assassiné, des scènes de la vie quotidienne, et une adresse finale à la présidente du tribunal qui retrace les détails et coulisses de la machine de guerre contre tout un peuple.