Un monde fragile et merveilleux
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Un monde fragile et merveilleux " et de son tournage !

Le fondement du Liban

Cyril Aris a cherché à faire en sorte que Un monde fragile et merveilleux dégage la chaleur et l’humour d’une comédie romantique légère, même s’il se déroule dans un contexte politique plus sombre. "C’est le fondement du Liban que je connais. Depuis mon enfance, après la guerre civile, la vie a été faite d’extrêmes : une soif de vivre démesurée, des moments de joie et d’espoir... mais toujours assombris, précédés et suivis par des guerres, des conflits régionaux, l’effondrement et le désespoir."

"Ce qui survit à tout cela, cependant, c’est l’humour, l’amour et la famille. Il m’a donc semblé hypocrite de ne montrer que le côté sombre du Liban. L’équilibre entre chaleur et dévastation, entre romance et rupture, était la manière la plus authentique de raconter leur histoire, et celle de l’endroit que j’appelle mon chez-moi."

Contexte difficile

Un monde fragile et merveilleux est une histoire d’amour, mais le contexte historique et politique prend une telle ampleur qu’il perturbe l’équilibre du couple, comme l'explique Cyril Aris : "Au Liban, l’histoire et la politique ne sont jamais seulement des « arrière-plans ». Elles s’immiscent dans la vie quotidienne, les relations et les décisions les plus intimes. Des assassinats aux guerres en passant par l’explosion du port du 4 août, chaque choc nous amène à nous demander si nous pouvons imaginer un avenir ici, ou si nous pouvons même fonder une famille et élever des enfants alors que l’on perd tout espoir dans ce pays."

"Cette impossibilité façonne l’amour de Nino et Yasmina : aussi pur soit-il, il ne peut exister en dehors de son contexte. S’ils étaient nés ailleurs, leur relation serait tout à fait différente. Ce qui les sauve, c’est leur capacité à rêver ensemble, à se faire rire mutuellement et à s’évader, ne serait-ce que dans leur imagination, vers « l’île »."

D’où vient l’idée de l’île ?

La notion d'"île", centrale dans le film, puise son inspiration d'une source onirique singulière : "Le Désert rouge d’Antonioni m’a profondément marqué, il est donc possible qu’il ait continué à hanter mon subconscient. Dans Le Désert rouge, la plage rose est une plage onirique, détachée du paysage industriel du film et de ses couleurs toxiques. Ici, L’île, bien qu’elle ait été mentionnée pour la première fois par le grand-père de Nino, est issue de l’imagination enfantine de Nino et Yasmina."

"C’est une invention qui devient leur refuge lorsque la vie à Beyrouth devient plus difficile, et qui perdure au fil des ans et de leur relation. L’île est le plus bel endroit du monde, emblématique de leur amour éternel et de l’harmonie familiale, et paradoxalement, l’île n’est rien d’autre que Beyrouth elle-même, si l’on ose la voir ainsi", se rappelle Cyril Aris.

Nostalgie des trains

La fascination du réalisateur pour les gares abandonnées du Liban, symboles d'un passé révolu, imprègne profondément l’imaginaire du film. Ces endroits, "chargés de nostalgie", évoquent une époque où les trains reliaient des cultures entières avant d'être interrompus par la guerre civile. Cette vision poétique des "trains qui se remettent à marcher" est une métaphore puissante de la renaissance d'une paix et d'une prospérité perdues. Un choix symbolique qui ancre le film dans une réalité à la fois historique et onirique.

Côté casting

Le personnage de Yasmina avait besoin de quelqu’un qui puisse projeter une certaine distance et maturité, tout en conservant une étincelle enfantine dans les yeux. Nino devait être joyeux, magnétique, drôle, mais aussi capable d’une grande vulnérabilité. Cyril Aris confie : "Mounia et Hasan étaient parfaitement opposés et complémentaires. Avant le tournage, nous avons construit toute leur relation lors de répétitions et d’exercices hors caméra, afin qu’au moment du tournage, nous puissions oublier le scénario et les laisser improviser, se surprendre mutuellement et simplement être eux-mêmes."

"Ils ont tous deux apporté beaucoup de leur propre personnalité dans leurs rôles, se fondant dans leurs personnages. Leur générosité l’un envers l’autre était immense. C’était le premier rôle principal de Mounia, et Hasan savait exactement comment jouer avec elle. L’expérience de Mounia en tant que réalisatrice a également enrichi le processus, contribuant à faire ressortir de nouvelles facettes chez Hasan. C’était une harmonie parfaite entre Mounia, Hasan et moi. Plus tard, travailler avec le monteur Nat Sanders m’a permis de façonner leur alchimie avec nuance, tissant le spontané et le scénarisé en quelque chose de vivant."

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