Le projet de D’un monde à l’autre est né de façon totalement inattendue. Après avoir découvert une interview de l’explorateur Loury Lag sur les réseaux sociaux, Jérémie Renier a simplement “liké” la vidéo. Très vite, les deux hommes échangent longuement autour du deuil et de leurs blessures personnelles. Quelques semaines plus tard seulement, ils se retrouvaient déjà engagés ensemble dans une expédition en Arctique.
Le tournage s’est déroulé dans des conditions extrêmes avec une équipe réduite à cinq personnes seulement. Jérémie Renier voulait préserver une proximité intime avec les événements et éviter la lourdeur d’un dispositif classique de cinéma. Deux cadreurs, une cheffe d’expédition et parfois un régisseur accompagnaient les deux hommes sur la banquise. Cette légèreté permettait aussi de survivre plus facilement dans un environnement hostile.
Au-delà de la réalisation, Jérémie Renier a également pris la caméra à plusieurs reprises pendant l’expédition. Certaines séquences ont été tournées seul, dans des moments de fatigue ou d’isolement total, afin de capturer une vérité plus brute. Le cinéaste expliquera plus tard qu’il avait l’impression que “la vie elle-même écrivait le scénario” au fur et à mesure du voyage.
Avant le départ, Loury Lag a tenu à rencontrer la famille de Jérémie Renier pour évoquer clairement les dangers de l’expédition. Le froid arctique était si violent qu’une simple erreur pouvait devenir fatale : perdre un gant ou exposer son visage quelques secondes suffisait à provoquer de graves gelures. Jérémie Renier admet d’ailleurs qu’il n’avait pas mesuré l’ampleur réelle du danger avant le début de la préparation.
Le documentaire a nécessité un énorme travail de postproduction. Jérémie Renier est revenu du Grand Nord avec des centaines d’heures de rushs qu’il a fallu trier et structurer avec le monteur Bruno Tracq. Pendant près d’un an et demi, le film s’est véritablement construit au montage, jusqu’à trouver sa forme finale entre documentaire intime et aventure sensorielle.