Marie Tavernier a fait la connaissance d’Yvon Laurent lors du tournage de son précédent documentaire (À ma mesure - 2017), où elle filmait des hommes travaillant dans des centrales nucléaires. Elle le retrouve quelques années plus tard, pour lui consacrer un film.
Le tournage s’est déroulé durant les deux dernières années avant son départ à la retraite où il se raconte comme dans un livre ouvert et pour cause, avant même de démarrer le tournage, Yvon était déjà en train de rédiger ses mémoires et la réalisatrice, touchée par son écriture, à souhaité en faire un film.
Yvon Laurent a été nettoyeur sous-traitant dans le nucléaire civil, plus communément appelé "un décontaminateur". Il aura consacré toute sa carrière professionnelle à récurer les piscines de stockage de combustibles nucléaires et à trier les déchets. Très engagé dans l’action syndicale, il a appris sur le tas, l’art de l’écriture pour en faire un outil de contestation et de revendication.
A travers ce film, on (re)découvre à quel point travailler dans une centrale nucléaire peut être dangereux, surtout lorsque l’on manipule la poussière ou les déchets radioactifs (la radioactivité étant invisible, les travailleurs savent pertinemment qu’ils jouent avec la mort, car les conséquences ne se ressentent pas immédiatement mais bien souvent des décennies plus tard). La radioactivité est un mal insidieux qui vous ronge de l’intérieur sans nécessairement laisser de trace.
Cet enfant de la DDASS couche ses mémoires sur son ordinateur et les lit face caméra. On découvre une infime partie de ce qu’était son travail au sein des centrales nucléaires, les "foires aux bestiaux" pour décrire les sociétés de sous-traitance ou encore les doses radioactives accumulées au bout des doigts durant toutes ces années. Un témoignage précieux sur un milieu méconnu, pour ne pas dire tabou.