La société du rêve, de la frustration et de la distance avec les gens qui nous aiment
On passe plus de temps à pourchasser de l'éphémère qu'à passer du temps avec nos proches. Le diktat des relations parasociales et le déficit d'amour imposé par les réseaux sociaux. Tout le monde veut son heure de gloire comme dans Starmania, mais ça ne change pas la solitude et nos propres insécurités. Parce que dépendre du désir des autres revient à se priver de sa liberté.
Il y a la réalité physique et celle dans notre tête. C'est précisément dans cet espace de friction que s'inscrit le nouveau film de Léopold Kraus. À travers Gabriel Rose, influenceur beauté fauché rêvant de devenir comédien, le réalisateur interroge un métier où l'on dépend du désir des autres. Celui d'un directeur de casting, d'un producteur, d'un public, d'une communauté de followers ou même d'un algorithme. Le film devient alors une réflexion sur le métier d'acteur, sur ce qu'il est et représente, sur ce qu'il apporte au monde. Car derrière les apparences, il y a aussi le travail des mots. Ces mots auxquels les artistes donnent vie, auxquels ils offrent une âme, jusqu'à parfois se confondre avec les personnages qu'ils incarnent ou l'image qu'ils projettent.
Le récit observe également avec une grande sensibilité la solitude de ceux qui vivent dans une illusion pour les followers. Une illusion fragile, éphémère, où l'attention semble acquise avant de disparaître presque aussitôt. Finalement, les gens s'en foutent car au bout de 20 minutes ils ont oublié. Dans cet univers, l'influence devient une mécanique gouvernée par le rapport au désir des autres et par l'algorithme, ce grand régulateur abstrait qui décide qui va vivre ou mourir selon ses propres critères mouvant sans cesse. Sensible, drôle et cruellement triste, le film dresse ainsi le portrait d'artistes essayant de percer dans le milieu de la comédie, du cinéma ou de l'influence, tout en cherchant simplement à être vus, aimés et reconnus pour ce qu'ils sont réellement.
Cette mécanique dépasse pourtant largement le cadre des réseaux sociaux. Le film décrit une génération qui confond progressivement visibilité et existence. Être vu devient une preuve d'avoir réussi, tandis que disparaître quelques jours des écrans provoque déjà la peur d'être remplacé. Cette logique produit une instabilité permanente où chacun tente d'entretenir une version idéalisée de lui-même. L'identité cesse alors d'être un point d'appui pour devenir un produit constamment ajusté selon les réactions du public.
Le paradoxe apparaît lorsque cette quête de reconnaissance éloigne précisément des personnes capables d'apporter une affection durable. Les proches deviennent secondaires face aux inconnus dont l'approbation semble plus prestigieuse. Pourtant cette validation reste extrêmement fragile. Un contenu chasse le précédent, une tendance remplace la suivante, un nouvel algorithme redistribue brutalement la visibilité. Le film met ainsi en lumière une économie émotionnelle où la frustration devient presque structurelle puisque chaque réussite est immédiatement consommée puis oubliée.
Cette observation touche également le spectateur parce qu'elle dépasse le seul univers des influenceurs. Beaucoup reconnaîtront cette impression de courir après des objectifs sans jamais profiter pleinement de ce qui est déjà présent autour d'eux. Microstar rappelle alors qu'il existe une différence fondamentale entre être reconnu et être véritablement connu. La première dépend d'un regard collectif, fluctuant et imprévisible. La seconde repose sur des relations capables de survivre aux échecs, aux absences et au silence. C'est dans cet écart que le film trouve sa dimension la plus universelle, en interrogeant moins la célébrité que notre manière contemporaine de chercher l'amour et la reconnaissance.
Film topissime, je recommande. Allez le voir, vous serez sûrement pas déçus. (dédicace à Fabrice Ferchouli mon oncle qui distribue le film chez MOONLIGHT FILMS DISTRIBUTION)
Une histoire de jeunes faites par les jeunes. On s'attache au personnage de Gabriel petit à petit dans le film, mais parce qu'il est loin d'être parfait, il nous ressemble. Très belle découverte !
Premier film de Leopold Kraus. Trois jeunes acteurs en devenir. Etude sociologique très fine de jeunes précaires cotoyant une jeunesse dorée sans limite. J ai passé un très bon moment lors d une avant première à Nantes. Film a petit budget qui merite de rencontrer son public.
Dans ce film, le réalisateur dont c’est le premier long-métrage suit la vie plutôt chaotique d’un jeune apprenti acteur qui cherche sa voie pour réussir dans sa vie professionnelle et personnelle. Bien réalisé et également bien interprété par Félix LEFEBVRE, ce film m’a paru tout de même assez moyen et n’apporte rien de nouveau sur ce sujet souvent traité au cinéma.
Bernard CORIC (Film visionné le 16/06/2026 en projection de presse au Club 13 à PARIS)
« Microstar » m’a laissé une impression assez mitigée. Le film propose une ambiance plutôt bonne enfant et légère, portée par de très bons acteurs qui rendent les personnages attachants dès le début. Le sujet autour du complexe lié à un sexe trop petit pouvait donner quelque chose de drôle mais aussi de touchant.
Malheureusement, j’ai surtout eu l’impression que le film ne racontait pas grand-chose au final. Malgré quelques bonnes idées et un début réussi, le scénario peine à vraiment avancer ou à approfondir son sujet. On reste souvent en surface, alors qu’il y avait matière à faire quelque chose de plus marquant.
Au final, je retiens surtout le casting et cette atmosphère sympathique, mais le film manque clairement de fond pour vraiment convaincre.