Microstar est le premier long-métrage de Léopold Kraus. Le réalisateur a commencé à écrire des longs-métrages dès l'âge de vingt ans mais estime qu'il s'intéressait à un cinéma trop sérieux. La découverte pendant le confinement du travail de l’humoriste et cinéaste Louis C.K. a été une vraie révélation pour lui : "Son humour, son autodérision, sa capacité à transformer la honte en matériau comique m’ont énormément marqué. Ça m’a reconnecté à mes premiers amours de cinéma : les comédies américaines, les récits d’apprentissage, les personnages un peu perdus." Il a décidé de traiter avec plus d'humour des sujets qui l'obsédaient, comme le passage à l’âge adulte, les conflits de classe et le désir d’ascension sociale : "L’idée, c’était de faire rire sans renoncer à la mélancolie."
Léopold Kraus a voulu s'interroger sur les privilèges, lui qui a une mère issue d'un milieu populaire, et un père producteur de cinéma. Il tenait aussi à aborder les contradictions qui traversent sa génération : "on grandit avec l’angoisse écologique, la sensation d’une catastrophe imminente, tout en étant élevé dans une culture du narcissisme et de la mise en scène permanente. On se vit tous comme des stars potentielles avec un téléphone au bout de la main. Ce paradoxe me fascinait : vouloir être regardé alors qu’on sent le monde vaciller."
Inspiré par Louis C.K., Woody Allen ou Philip Roth, Léopold Kraus a utilisé ses propres névroses et tabous comme matière de fiction : "c’est le pouvoir libérateur de l’autodérision". Il a ainsi poussé son personnage principal dans des zones de honte sans chercher à le ménager, "parce qu’au fond, les héros au cinéma ne sont jamais aussi touchants ni séduisants que lorsqu’ils acceptent d’être vulnérables, voire un peu ridicules."
Le réalisateur a pris des cours de théâtre pendant deux ans pour apprendre à mieux diriger les comédiens : "Au fond, c’est ce qu’on regarde dans un film : les acteurs. On passe une heure et demie avec eux. Je voulais comprendre comment les accompagner, comment créer un espace où ils puissent être à la fois drôles et émouvants. C’est vraiment là que j’ai pris le plus de plaisir : arriver sur le plateau, chercher une scène ensemble, construire une énergie commune. Toute la mise en scène découle ensuite de ce travail-là."
Léopold Kraus s'est inspiré de Woody Allen et Ruben Ostlund : "quelque chose d’assez sobre, qui laisse toute la place aux acteurs. Quand la caméra devient trop démonstrative, on finit parfois par regarder le dispositif plus que les personnages." Il est aussi un amateur du cinéma de Todd Solondz, connu pour ses comédies grinçantes.
Du côté de la mise en scène, il apprécie les plans-séquences pour l'énergie particulière que cela créé chez les acteurs. Il a également soigné le rythme de son film : "Ma génération a grandi avec TikTok, avec une attention fragmentée, mais elle est aussi capable de regarder des séries pendant sept heures d’affilée. Ce n’est pas un manque d’attention, c’est une autre manière de regarder. Mon obsession, c’était simplement de ne jamais ennuyer le spectateur."