Précieuse(s)
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Précieuse(s)" et de son tournage !

Naissance du projet

Tout commence à l’automne 2021 : à cette période post Covid, Fanny Guiard-Norel va voir avec son fils de 10 ans une pièce de Feydeau. Malgré la qualité du spectacle, elle est estomaquée par la place de la femme dans le texte – réduite au statut d'objet non pensant, non désirant, un simple faire-valoir des hommes. Alors que la protagoniste féminine a peut-être été violée, la seule question qui se pose à son sujet se trouve être l’honneur de son mari.

Fanny Guiard-Norel se rappelle l’onde de choc qu’elle reçoit ce soir-là : « La salle rit, comme si rien n'avait changé depuis le 19ème siècle. Je bouillonne de savoir que cette représentation délétère de la femme est en train de s’imprimer insidieusement en mon fils… comme elle a dû s’imprimer en moi au même âge par d’autres textes présentés eux aussi comme inoffensifs. Si je n’avais pas été là, après la pièce, pour en discuter avec lui, cette vision aurait tout simplement sédimenté, sans même qu’il s’en aperçoive. »

Le lendemain-même de cette prise de conscience, la réalisatrice croise son amie Cécile Roy-Fleury, tout près du lycée où elle est professeure. Cette dernière se souvient de leur rencontre ce jour-là : « Quand on se croise, je sors tout juste de l’atelier théâtre que j’anime. Je raconte à Fanny la discussion que j’ai eue peu de temps avant, en classe, autour de la notion de patriarcat, et l’envie qu’elle m’a donné d’adapter, dans le cadre de mon atelier théâtre, « Les Précieuses ridicules » de Molière à l'aune du féminisme. »

La synchronicité et la résonance entre ces deux événements sont telles que la réalisatrice propose alors sur le champ à la professeure d’en faire un film.

Un hommage au métier d'enseignant

Fanny Guiard-Norel rappelle le fait que Molière était un ami des femmes ; qu’il cherchait par ailleurs dans ses textes à mettre en évidence les systèmes de domination et les injustices de son temps. Pour autant, elle souligne un paradoxe : « En se moquant et en ridiculisant la pensée des femmes - qu’il s’agisse de ses « Précieuses ridicules » ou de ses « femmes savantes » - Molière leur a retiré l’outil-même de leur libération : la pensée ! Si cette pensée n’est pas valable, ni légitime, comment la femme peut-elle s’autoriser à analyser, critiquer, élaborer un système de défense qui le soit ? Avec quels arguments peut-elle sortir de la soumission, de l’écrasement que la société patriarcale lui impose ? Sans le chercher, Molière nous a mises dans une impasse… Je me rappelle au collège à la fin des années 80, quand j’ai étudié « Les femmes savantes » en classe, j’ai ressenti confusément cette impasse. J’étais comme dans un état de sidération : quand on sent que quelque chose ne va pas, n’est pas juste, mais qu’on ne parvient pas à penser, à formuler, à contredire, encore moins à se révolter. Quand tout à coup la pensée patine, fait du sur place, parce qu’en fait elle est face à un impossible. »

Difficulté principale

La difficulté principale pour la professeure de français et de théâtre a été d’emmener les élèves à prendre de la distance vis à vis de la pièce, comme s'en rappelle Cécile Roy-Fleury : "Je crois que durant plusieurs mois, cela ne les aurait pas dérangé que l’on monte finalement la pièce telle quelle. C’est un peu comme si pièce patrimoniale et questionnement féministe contemporain ne pouvaient pas entrer en dialogue : deux langues différente poursuivaient chacune leur conversation."

"Cela évoque d’une part, le rapport naturel que les adolescent.es entretiennent avec les œuvres du passé, elles sont celles d’un autre monde, mais d’autre part, le génie comique de Molière qui traverse allègrement les siècles. Ainsi même les élèves les plus averti.e.s ont pu d’abord être tenté.e.s de caricaturer Madelon et Cathos : cela faisait partie d’un code de jeu intériorisé et prétendument attendu en l’occurrence ici par l’Institution."

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