L'idée de départ n'est pas née chez les réalisateurs, mais lors d'un échange informel dans le sud de la France. C'est un gérant de four de cité, devenu cinéphile en prison, qui leur suggère de lancer une histoire d'horreur se déroulant dans un grand ensemble. Plus tard, lors du festival Séries Mania, Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes croisent le producteur Guillaume Thevenin, qui caressait la même ambition de réaliser un huis clos horrifique au cœur d'une tour.
Pour inventer un monstre marquant, le duo de cinéastes est passé par plusieurs idées, allant d'un ancien militaire devenu fou à un enfant soldat, avant d'opter pour une menace ancrée dans le réel. Ils se sont demandé quel type de tueur ferait le plus peur dans ce contexte. "Un flic qui a vrillé... qui tue des gars, et on reprend toutes les bavures policières en mode film d'horreur", explique Théo Jourdain Rhodes. Une contrainte narrative qui a permis de cadrer les meurtres autour des armes de service comme le taser ou les grenades étourdissantes.
Pour apporter une crédibilité à cette histoire, la production a fait appel aux rappeurs Gazo et La Mano 1.9 dans leurs tout premiers rôles sur grand écran. Les cinéastes cherchaient des visages avec une réelle prestance naturelle, dans l'esprit de séries comme Top Boy. Gazo s'est particulièrement prêté au jeu des scènes physiques sans complexe : « Se faire couper la tête dans le film, il s'en fout. [...] Il se fait traîner par terre sur un toit par -2°C en hiver. Il ne s'est jamais plaint », confie Mohamed Chabane.
Le film a posé ses caméras à la cité de la Grande Borne, à Grigny, un décor réputé très difficile d'accès pour les tournages. Les réalisateurs tenaient à ces immeubles bleus aux formes singulières et à cette atmosphère si particulière. Pour l'acteur Bilel Chegrani, l'expérience était très symbolique : il est revenu tourner dans son propre quartier, 10 ans jour pour jour après y avoir fait ses débuts dans un premier court-métrage.
Plutôt que d'abuser d'effets visuels numériques, l'équipe a favorisé les prothèses et le maquillage pratique pour façonner les nombreuses séquences gore. Les créateurs d'effets spéciaux Daniel Weimer et Franck Dubois se sont appuyés sur des références médicales de grands brûlés ainsi que sur le travail de prothèses vu sur Gary Oldman dans Hannibal. L'usage du numérique est ainsi resté limité à des finitions pour conserver le grain brut propre aux slashers classiques.
Pour surmonter les contraintes d'espace liées aux décors étroits de la tour, le directeur de la photographie Raphaël Vandenbussche a mis en place un processus rigoureux. Avec les réalisateurs, des doublures et des masques, ils ont pré-filmé l'intégralité du long-métrage séquence par séquence à l'aide d'un simple iPhone pendant plusieurs semaines de répétitions. Cette minutie leur a garanti une totale liberté de mouvement au moment du tournage officiel.