Très attendue, cette retransmission au cinéma du spectacle mis en scène par Ivo Van Hove. Un must, donc... Et si vous émettez la moindre petite critique, genre "le spectacle est inepte", vous êtes une infâme blairotte.
Hamlet de Shakespeare, enfin vaguement inspiré de Shakespeare: une bonne partie du texte original, les monologues, les passages poétiques... ayant été supprimée, mais par contre vous avez du Grand Guignol, du Hard Rock et de la comédie musicale, puisque après la mort d'Ophélie, toute la troupe (y compris la défunte) gambille en chantant le Death is not the end de Bob Dylan, Florence Viala-Gertrude passe une partie de l'action à montrer ses cuisses dans une robe portefeuille débraillée -pas très royale...
Que tout cela est bête!! Et naturellement, traité comme ça, si on ne connait pas son Hamlet par coeur, contrairement aux distingués critiques qui ont porté aux nues le spectacle, on ne comprend plus rien à l'action; ni aux relations entre les personnages.
Tout est confus, tout est cafouilleux.
Le génie de la mise en scène explique que la scène représente le cerveau du prince: un grand plateau noir avec parfois un rideau mauve, encadré de spots et de micros; la plupart des personnages sont le plus souvent présents. Entre chaque scène, un violent orage magnétique s'abat sur le plateau, des flashes zébrent l'air, parfois accompagnés de mots.
C'est sur que dans la tête d'Hamlet, c'est noir. Mais il dit aussi: Hamlet est fou! Mais si Hamlet est fou, il n'y a plus de pièce... quel est l'intérêt de la pièce?
Hamlet, c'est un ado à la tête en vrac, qui joue la folie en espérant en voir sortir quelque vérité. C'est le drame de l'indécision, de l'impossibilité de faire un choix, c'est le refus devant l'action, alors le théâtre permet de montrer ce que la vie ne peut pas faire.
Une chose qui pour moi saute aux yeux, et je suis étonnée qu'aucun metteur en scène n'ait exploité cette voie, c'est qu'Hamlet est le petit cousin de Salomé; ils ont à peu près le même âge, ils sont sous la coupe d'un couple puissant, monstrueux, recomposé après la mort du père, ils ont dans la tête beaucoup de confusion et une puissante pulsion de mort Denis Podalydès est un Polonius bonasse, Loic Corbery joue Horatio -enfin ce qu'il en reste. Guillaume Galienne a une bien trop bonne tête pour Claudius... Par contre, dans le rôle-titre, Christophe Montenez en surrégime est impressionnant, déchainé, terrifiant, désespéré, capable de tout....
Ajoutons que, bien entendu, le texte a été retraduit, pour nous proposer un langage accessible à la banlieue...