Laurie Lassalle a découvert la ZAD en 2017, alors qu'elle vivait à Paris et cherchait un mode de vie collectif en dehors des grandes villes : "Comment habite-t-on un territoire en lutte ? Cet été-là, je pars avec ma caméra et mon sac à dos à la rencontre de zones autonomes. J’atterris à la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes et je rencontre le collectif Abracadabois qui mène depuis cinq ans des sessions de formations théoriques et pratiques, en s’inscrivant dans une approche sensible des forêts."
La forêt est le personnage principal du film, symbolisant la résistance et l'organisation politique. "C’est un écosystème qui me semble abriter un mode de vie vertueux au vu de la catastrophe climatique. La forêt est aussi un espace d’organisation politique pour les militant.e.s, un symbole de résistance, de construction et de rituels. Je voulais comprendre ce qui touchait viscéralement les zadistes dans la forêt", explique la réalisatrice.
La réalisatrice est arrivée parmi les zadistes à une période où ceux-ci étaient particulièrement méfiants, et à raison : des membres des Renseignements Généraux se trouvaient dans les Assemblées Générales et une grande partie des personnes sur place étaient fichées S (surveillée par la DGSI).
Il lui a donc fallu gagner la confiance des militantes et militants pour pouvoir les filmer : "Petit à petit, iels se sont habitué.e.s à moi, m’ont appris à vivre parmi elleux, me transmettant leurs gestes et leurs savoirs. J’ai tissé des liens très forts. La patience et le temps ont fait naître une confiance solide entre nous."
Le carton de fin du film précise qu'il s'agit d'un film collectif. Laurie Lassalle surnomme ses camarades de lutte et de cinéma des "camérades". Elle revient sur sa collaboration avec eux : "En multipliant les caméras, le point de vue se multiplie aussi. Ainsi les images rendent compte des regards pluriels du grand corps collectif. Certaines de ces images tournées pendant les expulsions sont présentes dans le montage final du film. Parmi ces camérades, il y en a qui sont restés proches de la fabrication jusqu’au montage et la diffusion."
Laurie Lassalle a déjà filmé les luttes auparavant, à travers son documentaire Boum Boum consacré aux Gilets Jaunes. Filmer la ZAD a été une expérience totalement différente pour elle, notamment à cause du rythme de vie sans répit : "C’était très éprouvant de vivre deux mois dans un climat d’affrontement. [...] Ça m’a bouleversée physiquement et psychologiquement. Alors ma caméra est devenue une prolongation de mon corps. C’était comme si elle me protégeait. Je suis devenue une « guerrillère »."
Forêt Rouge a été présenté en première mondiale lors de l’édition 2025 du CPH:DOX (Copenhagen International Documentary Film Festival), avant d’être sélectionné dans de nombreux festivals en France (Résistances à Foix, Festival International du Film Indépendant de Bordeaux…) ainsi qu’à l’étranger (Hambourg, Prizren au Kosovo…).
Il s’agit du deuxième long-métrage réalisé par la cinéaste Laurie Lassalle après Boum Boum, sorti en 2022.
Le projet du film remonte à plusieurs années, plus précisément à 2017. À cette époque, la réalisatrice vivait à Paris et ne s’y sentait pas bien. Elle a alors ressenti le besoin de voir comment les gens vivaient en dehors des grandes villes, de manière collective. Elle est donc partie avec son sac à dos et sa caméra à la rencontre de zones autonomes et s’est retrouvée à la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes où elle a rencontré le collectif Abracadabois qui mène depuis plusieurs années des sessions de formations théoriques et pratiques, en s’inscrivant dans une approche sensible des forêts.
Pour la structure générale du film, la réalisatrice Laurie Lassalle et sa monteuse, Nina Khada, se sont inspirées des Guérillères de Monique Wittig qu’elles lisaient toutes les deux pendant l’étape du montage. Il s’agit d’un récit de 1969, rédigé en prose poétique et qui constitue l’un des textes fondateurs du courant des utopies lesbiennes et féministes des années 1970.
La somme d’images accumulée par la réalisatrice est assez impressionnante puisqu’à la fin du tournage, Laurie Lassalle disposait de 300 heures de rushes.
Ce n’est pas la première fois que Laurie Lassalle s’intéresse à la lutte des citoyens contre quelque chose. En effet, avant le combat de la ZAD dans Forêt Rouge, la réalisatrice avait chroniqué la révolte des Gilets Jaunes dans son précédent long-métrage, Boum Boum (2022).