Inès a neuf ans. Ses parents sont partis à Séville à l’Exposition universelle où, cette année-là, le pavillon chilien expose un morceau d’iceberg. Inès a été confiée à la garde de ses grands-parents qui possèdent un hôtel dans une station de ski dans les Andes chiliennes qu’ils s’apprêtent à vendre. L’hôtel accueille une délégation de skieurs allemands de haut niveau venus skier dans l’hémisphère sud pendant l’hiver austral. Inès, que le personnel de l’hôtel a prise sous sa protection, se lie d’amitié avec une jeune skieuse, Hanna, que ses camarades ont prise en grippe. Jusqu’au jour où Hanna disparaît mystérieusement…
Projeté à Cannes dans la section Un certain regard, "Dégel" est le deuxième volet d’un triptyque commencé en 2022 avec "Chili 1976", qui mettait en scène les dilemmes moraux de la grande bourgeoisie pendant la dictature. Ce film-ci croise la petite histoire avec la grande : celle de l’histoire du Chili et de l’impossible anamnèse des années de dictature. Les cadavres des disparus retrouvés six pieds sous terre, la glace qui fond, découvrant ce qui était trop longtemps resté enseveli sous elle, Hanna disparue dans la montagne et qu’on retrouvera peut-être au dégel : la métaphore est lourdement soulignée. Trop peut-être.
"Dégel" m’a rappelé "L’Engloutie", un film français sorti l’hiver dernier : mêmes décors neigeux, même mystérieuse disparition, même plongée dépaysante dans l’histoire (même si "Dégel" se déroule en 1992 au Chili alors que "L’Engloutie" se déroulait en 1900 dans les Alpes briançonnaises). Sa jeune héroïne m’a rappelé l’enfant de "Crias Cuervos", ses cheveux noir corbeau, sa coupe au bol et le regard plein d’interrogations qu’elle porte sur un monde, enfermé dans ses non-dits, qu’elle ne comprend pas.
"Dégel" a certes des qualités. C’est un film sur la dictature et ses lourds non-dits, sur la perte de l’innocence, sur l’impossibilité de tout comprendre. Mais il réussit si bien à nous désorienter, dans son récit cotonneux, qu’il finit par nous perdre.
Très beau film sur les non dits et les silences qui ne s'expriment pas La jeune comédienne Inès est exceptionnelle, elle vous fera penser au personnage dans Cría Cuervos Film vu à Cannes, en avant-première avec l'équipe du film et la réalisatrice était hyper chaleureuse dans sa présentation Je vous le recommande les yeux fermés
Dans Dégel, la nouvelle œuvre de Manuela Martelli présentée à Cannes 2026, le suspense ne réside pas dans l'action, mais dans l'attente. Le film s'installe comme un brouillard givré, enveloppant le spectateur dans une atmosphère où chaque silence pèse plus lourd que les mots. Au cœur de cette parabole glacée sur les fantômes de la dictature chilienne, il y a le regard d'Inès, une petite fille intelligente et curieuse, laissée seule dans une station de ski isolée tandis que ses parents sont absents.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la manière dont la caméra se place à hauteur d'enfant, épousant le point de vue d'Inès sans jamais tomber dans la facilité. Ses yeux, ombrageux et inquisiteurs, deviennent le véritable moteur du récit. C'est par son observation scrutatrice, des allées et venues dans l'hôtel familial aux bois enneigés, que la vérité commence lentement à se dévoiler. Ce n'est pas une révélation fracassante, mais une prise de conscience viscérale, à l'image de la glace qui fond goutte à goutte.
Le suspense, lui, est distillé avec une délicatesse rare. Martelli évite soigneusement les effets faciles pour privilégier une tension latente, presque insaisissable. Le spectateur, tout comme Inès, est pris dans un jeu de devinettes où les non-dits et les tabous familiaux émergent peu à peu. La bande originale, faite de voix lointaines et de râles sourds, renforce cette impression de malaise contenu. On pense à Anatomie d'une chute par la manière dont le film explore les zones d'ombre d'une famille, mais ici, c'est l'innocence du regard enfantin qui sert de boussole dans ce dédale de secrets.
Dégel est une œuvre qui subjugue par sa retenue. Elle ne hurle pas la vérité, elle la chuchote, laissant au spectateur le soin de reconstituer le puzzle. Et c'est précisément dans les yeux d'Inès, à la fois témoins et acteurs involontaires de cette histoire, que réside la force bouleversante du film. Une fois la glace brisée, rien n'est plus tout à fait comme avant.
Dégel de Manuela Martelli est un drame / thriller que j'ai eu la chance de voir en avant-première avec une intervention de la réalisatrice et de la compositrice.
Ses parents font partis de la délégation chilienne à l'exposition universelle de Séville, Inès (Maya O'Rourke) en petite fille attachante s'élève toute seule, ou plus exactement avec les employés de l'hôtel de sa grand-mère. Elle idolâtre Hanna (Maia Rae Domagala) une jeune skieuse allemande prometteuse. Quand celle-ci disparaît mystérieusement, Inès mène l'enquête du haut de ses 9 ans dans un Chili de 1992. Après la dictature...
La compositrice (Maria Portugal) nous a révélé que la musique jouait sur la partition du thriller car c'était le projet de la réalisatrice Manuela Martelli d’instiller cette atmosphère. Et ça fonctionne à merveille. Très rapidement on est pris par ce film dans lequel on déambule sans repère tout comme Inès dans l'hôtel de sa grand-mère. On est, d’ailleurs, pris dans ce contraste entre l'hôtel haut en couleurs dans son agitation et son brouhaha et l’extérieur d’un blanc immaculé qui devrait être paisible si ce n'était ce violoncelle envoûtant. Et globalement, l'esthétique du film est très inspiré, une belle photo, de jolis plans, quelques trouvailles d'angle ou encore des références de couloirs d'hôtel "brillants".
Outre ses facéties et ses explorations, Maya alias Inès, par son jeu merveilleux, nous offre une belle palette d'expressions en peu de mots dans ce Chili du silence.
Au-delà du drame / thriller, ce film expose ce virage pris par le Chili, se revendiquant moderne, tout en conservant les habitudes de la dictature. La mise en perspective au travers de l'équipe allemande de ski est très intéressante. En particulier, la mère d’Hanna : Lina (Saskia Rosendhal) qui vient d'un pays qui n'existe plus. Chute du mur, chute des dictatures...
Ce film est l’histoire d’Inès, d’Hanna, de Sebastiàn, l’histoire d'une jeunesse de l'après.
De ce film de bonne qualité mais dont l’intérêt se situe un cran en dessous de celui de "Chili 1976", on retient surtout la prestation éblouissante de Maya O’Rourke, l’interprète du rôle d’Inès, et la beauté des paysages enneigés de ce sud du Chili, excellemment mis en valeur par le Directeur de la photographie, le français Benjamin Echazarreta, déjà actif dans d’autres films chiliens comme "Gloria"," Une femme fantastique" ou "La vague". Critique complète sur le site avec le tiret du 6 entre critique et film.
Le film est assez particulier. On est pris dans ce long silence et cet esprit communautaire : pas de vague, on fait tout pour le client, mais on protège l'image avant tout. La jeune actrice joue incroyablement bien, elle porte le film et toute cette tension émane de sa manière à se mouvoir dans ce monde adulte qu'elle ne comprend pas.
Dégel construit son malaise moins par l'événement que par ce qui l'entoure. Au Chili en 1992, Inés vit temporairement dans l'hôtel de ses grands-parents, au cœur d'une station de ski, lorsqu'Hanna, une jeune Allemande avec laquelle elle vient de se lier d'amitié, disparaît. Dès lors, quelque chose se dérègle. Les adultes parlent, travaillent, accueillent les clients et maintiennent le fonctionnement quotidien, tandis que l'enfant observe des comportements dont elle ne possède pas encore toutes les clés d'interprétation.
C'est là que Maya O'Rourke devient essentielle. Inés n'est pas une petite enquêtrice artificiellement transformée en adulte, elle demeure une enfant qui tente d'organiser cognitivement des informations contradictoires. Ce qu'elle voit et ce qu'on lui dit ne coïncident plus. Dégel installe ainsi une rupture progressive de la confiance envers la parole adulte, et le spectateur se retrouve dans une position voisine : il ressent qu'une chose est dissimulée avant de pouvoir exactement la nommer.
La station participe énormément à cette sensation. Le film se déroule bien au Chili, pourtant la neige, l'hôtel et la présence de personnages allemands produisent parfois une curieuse impression européenne, presque espagnole. L'espace devient culturellement difficile à situer. Cette étrangeté géographique renforce l'isolement et rappelle, par instants, Picnic at Hanging Rock ou Shining, sans basculer dans leurs registres respectifs.
La neige possède enfin une fonction presque paradoxale. Elle rend la montagne magnifique, absorbe les sons et rassemble les individus dans les espaces chauffés, mais transforme simultanément la forêt et les chemins en territoires hostiles. Dans cet environnement où une disparition vient rompre l'équilibre communautaire, le danger n'a même plus besoin d'être constamment visible. Il suffit que chacun continue à vivre presque normalement.
Après son formidable Chili 1976, l'actrice Manuela Martelli, devenue réalisatrice, persiste et signe dans Dégel, une nouvelle évocation historique, située cette fois en 1992, à l'époque de la transition démocratique, une période finalement peu traitée par le cinéma chilien. La disparition d'une skieuse allemande en stage dans les Andes fait évidemment écho à toutes celles qui ont eu lieu pendant la dictature, mais la cinéaste en profite surtout pour dresser le portrait d'une enfant en liberté, curieuse et en quête d'affection, qui observe et grandit comme un edelweiss. Loin d'être un thriller, Dégel est un film élégant qui magnifie la nature de la montagne, sauvage et dangereuse. Manuela Martelli s'est souvenue de ses séjours en altitude, lorsqu'elle était une fillette livrée à elle-même, sans pour autant s'adonner à une quelconque autobiographie. Le cadre est idéal pour susciter des vertiges glacés, dans ce qui est à la fois un drame, mais aussi un exercice ludique, en termes d'apprentissage de la vie et des relations humaines entre tendresse, solitude et rejet. Le visage de la jeune actrice qui interprète le rôle principal fascine par son sérieux imperturbable et surtout pour sa capacité, de manière singulière, et sans effort apparent, à laisser imaginer l'intensité de son paysage intérieur.
Est-ce l’ambiance neigeuse de Degel qui fait penser à Snow therapy de Ostlund ? En tous les cas un questionnement subtil sur la place de chacun dans sa propre famille. Film vu au festival de Cannes
J'ai l'impression d'avoir assisté à une merveille non abouti. Il y a une réelle réalisatrice et une singularité derrière ce film. Un film kubrickesque. Concrètement on a pas de réponse à nos questions (même si le cinéma ne doit pas en donner et c'est au spectateur de le faire, là on manque de matière dans le scénario), le film est trop énigmatique et patauge dans ses idées
Pour qui aura vu Cria cuervos, retrouveras peut-être dans ce film, le magnétisme et le jeu (les yeux !) si justes de Ana Torrent, dans celui de la petite fille qui incarne dans Dégel, Inès. Petite fille intelligente, et curieuse qui observe tout. J’ai apprécié aussi la lente réalisation (pour ma part) du lien qui se fait au fil de la narration, avec les traumas laissés par la dictature de Pinochet, et ses multitudes desaparecidos. La dictature est une toile de fond, le fondement des mensonges, et révèle aussi les incompréhensions immuables entre la douleur d’un individu et celui d’une population. Le dégel, c’est la découverte de vérités, doucement ou brutalement, comme elles apparaissent en grandissant chez Inès.
Avec "Dégel", Manuela Martelli nous promet un thriller palpitant, le tout dans un ambiance froide et surtout oppressante. Mais malheureusement, du thriller, il n'en reste pas grand-chose. Deux filles, une chilienne et une adolescente allemande se lient d'amitié. Et lorsque l'adolescente allemande disparait, la petite chilienne fait tout pour la retrouver. Peut-être qu'elle n'en sait plus que ce qu'elle ne dit ? Bref, voilà le genre de thriller que j'adore mais seulement, il ne se passe rien. Voilà, je ne sais pas vraiment comment le dire autrement, il ne se passe littéralement rien. À la place d'une enquête passionnante est montrée une relation devenant de plus en plus étrange entre la jeune chilienne et la mère de l'allemande. En effet, les deux se prennent d'affection mais d'une affection quand même toxique. En plus de ça, la petite chilienne devient rapidement la fille de substitution de la mère allemande et inversement, ou en tout cas elles projettent leurs sentiments, regrets et frustrations l'une sur l'autre. Voilà bon, c'est intéressant mais c'est clairement pas ce que nous vend le synopsis ni le trailer ! Alors après, pour la défense du film, il y a tout un contexte politique puisque le film se déroule dans les années 90 et que les relations entre le Chili et la RDA, soit l'Allemagne de l'Est, étaient visiblement tendues. C'est un contexte historique que je n'ai clairement pas et je suis donc peut-être passé à côté du film à cause de ça. Toujours est-il que malgré une mise en scène qui reste quand même très maitrisée, travaillant par ailleurs parfaitement son ambiance promise, "Dégel" est un film qui m'a plus ennuyé et surtout frustré qu'autre chose !