Ce film a été présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026.
Manuela Martelli a grandi dans un environnement qui la prédestinait au cinéma, puisque ses parents avaient leur propre société de production. "Nous vivions dans une grande maison ancienne, dont une partie était réservée à leur usage professionnel. Il y avait toujours beaucoup de gens du cinéma qui venaient chez nous." Elle est devenue actrice, avant de passer à la réalisation : "C’est un processus qui a duré plusieurs années, où les choses se sont sans cesse entremêlées. Je ne vois pas ça comme une transition, mais comme deux activités complémentaires."
Dégel se situe au Chili en 1992, peu après le retour à la démocratie. Le pays a été une dictature militaire pendant dix-sept ans, suite au coup d’État militaire mené par le général Augusto Pinochet le 11 septembre 1973. Ce régime est responsable de plus de 3 200 morts et disparus, de près de 40 000 personnes torturées et de plusieurs centaines de milliers d’exilés. Le 11 mars 1990, la démocratie est officiellement rétablie avec l'investiture de Patricio Aylwin, candidat de la coalition démocratique d’opposition.
La genèse de Dégel remonte à plusieurs années, alors que Manuela Martelli a dû rédiger une petite pièce pour un cours d'écriture quand elle était en école de théâtre : "L'origine en reste mystérieuse pour moi, c’était un processus d’écriture très viscéral, où se mêlaient des souvenirs d’enfance et des images du début des années 90. Avec le temps, j’ai commencé à y voir un film."
Trouver l'interprète d'Inès fut un processus très long et difficile. La production a rencontré plus de 500 filles, qui devaient répondre aux critères de la réalisatrice : "elle devait non seulement avoir un certain sens du jeu, mais aussi correspondre à l’idée physique que je me faisais du personnage et parler anglais."
Après plusieurs étapes de recherche, deux jeunes actrices avaient été retenues et avaient participé à des ateliers approfondis, avant que leur participation ne devienne finalement impossible. Alors que le tournage approchait, Manuela Martelli reçoit la vidéo d’auto-casting de Maya O’Rourke. En se présentant seule en espagnol et en anglais, la jeune actrice impressionne immédiatement la réalisatrice : "Son attitude a vraiment retenu mon attention. Lors de notre rencontre pour les auditions, elle a conservé cette force."
L’un des points de départ de Dégel se trouve… à l’Exposition universelle de Séville, en 1992. Manuela Martelli se souvient de l’iceberg antarctique présenté dans le pavillon chilien comme le symbole spectaculaire d’un pays moderne et tourné vers l’avenir. Mais lors de ses recherches, elle découvre que cette gigantesque pièce de glace était déjà en train de fondre. Une image qui résume parfaitement le film : "La neige objective cette tension entre dissimulation et révélation, entre ce qui est gelé et ce qui, inévitablement, finit par être mis à jour."