Comme dirait Aznavour « Je vous parle d'un temps, que les moins de 20 ans, ne peuvent pas connaître… ». Sauf qu’en l'occurrence, cette fois-ci, ce sont les moins de 40 ans qui ne peuvent pas connaître (ou pas). La libre antenne des années 90 était précurseur et n’a absolument rien à voir, ni de près, ni de loin avec celle qui existe toujours sur certaines ondes.
Remettons-nous dans le contexte de l’époque (je sais de quoi parle, j’ai grandi en écoutant la libre antenne de Max "le Star System" sur Fun Radio). Au début des années 90, les ados nés entre la fin des années 70 les 80’s n’ont ni smartphone, ni internet et ils n’ont bien souvent qu’une seule télévision par foyer (autrement dit, le soir en semaine, les enfants filaient se coucher (parce qu’il y avait école le lendemain) et les parents monopolisaient le seul écran disponible). Résultat, nous étions toute une génération à écouter discrètement sous la couette notre poste de radio jusqu’au bout de la nuit.
« Qui va là, j’te prie ? » Maurice
Et c’est à cette époque que l’on verra débarquer sur les stations de radio commerciales la libre antenne. Les années 90 seront l’âge d’or de cette révolution radiophonique. En l’absence de toute autre distraction possible, la libre antenne sera notre un échappatoire et notre "safe place", là où tous les ados se retrouveront pour parler de tout et de rien et poser toutes les questions, même les plus intimes (en l’absence de Google ou de ChatGPT, nous n’avions pas beaucoup d’autre solution, si nous souhaitions éviter d’en parler aux parents).
« C'était un cabinet de psy. »
Certains diront même qu’ils étaient les psy de la radio, puisque c’était le seul endroit "anonyme" où les ados pouvaient se confier et ce, sans être jugés. C’est à cette époque que l’on verra apparaître l’émission culte "Lovin' Fun" (coanimée par Difool (David Massard) et Le Doc (Christian Spitz) un médecin spécialisé en pédiatrie). De 92 à 98, l’émission phare de la bande FM permettra à n’importe quel ado d’échanger autour de la sexualité et de la prévention.
« Sexe, Capote et Rock'n'Roll. »
Le succès est phénoménal et la concurrence ne tardera pas à répliquer, notamment chez Skyrock avec l’ex-pornstar Tabatha Cash qui animera "Le Skyclub" où le concept sera purement et simplement copié (un animateur & un médecin), sauf que l’on y parlera plus de ɔul que de prévention…
Abel Mestre & Jérémy Michalak dressent à travers ce documentaire, un état des lieux de ce qu’était la libre antenne dans les 90’s, le documentaire fait un gros focus sur la période "Lovin' Fun", tout en s’intéressant à Skyrock à travers Supernana (Catherine Pelletier), Maurice (Maurice Champvert) ou encore Fred Musa.
« Difool, le Michel Drucker de la bande FM. »
Puis, dans un second temps (d’à peine 30min), le documentaire revient sur celui que l’on surnommait Max "le Star System" (Franck Bargine), celui qui aura bercé une bonne partie de mon adolescence et déclenché mes plus beaux fous rires radiophoniques, grâce au "Kikidonc" et les innombrables auditeurs devenus des invités réguliers de l’émission, tels que Jean Pierre Sauser, Alain de Brest, Françoise de la Courneuve ou encore Fesses de babouin et bien évidemment, l’inimitable et regretté Gérard de Suresnes (ex-routier et SDF alcoolique notoire). Ce dernier animera des débats sans queue-ni-tête et finira assez vite par devenir « le con du dîner du con ».
Sexe, capotes & libre-antenne (2026) est une superbe capsule temporelle qui nous renvoie dans notre enfance, cette époque pleine d’insouciance et où internet n’était pas encore venu parasiter notre société et mettre à mal notre innocence. On appréciera aussi les nombreux intervenants venus témoigner de cette époque révolue mais charnière pour des millions d’ados (Fred, Max & Maurice), ainsi que Thibault Raisse, qui n’est autre que l’auteur du superbe ouvrage sur Gérard de Suresnes ("Le Con de minuit").
« Point final à la ligne. » Gérard
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