J'ai eu la chance de découvrir « Un grand raccourci » lors de la toute première avant-première au Concorde à Nantes, avant même sa sortie nationale,. Ce qui frappe d'abord, c'est l'énergie : celle d'Armand Foëx et Clément Devilliers, deux réalisateurs de 22 ans qui ont eu le culot de monter un long-métrage avec les moyens de leur débrouille plutôt qu'avec ceux d'un studio, et celle de leurs quatre acteurs principaux, tout aussi habités par leurs personnages que par l'aventure du film elle-même.
Le scénario n'a rien de spectaculaire sur le papier : deux cousins bretons qui s'improvisent dératiseurs pour sauver le restaurant familial, deux copines qui trafiquent un concours de beauté local, et un été qui finit par faire se percuter ces deux histoires. Mais c'est justement dans cette simplicité assumée que le film trouve sa force. Pas de misérabilisme, pas de leçon de morale plaquée sur la jeunesse rurale : juste des personnages imparfaits, attachants, filmés avec une sincérité qui rappelle le meilleur du cinéma de chronique adolescente à la française.
On sent, à chaque plan, que ce film a été fait par des gens qui n'avaient rien à perdre et tout à prouver. Cette énergie de la première fois, un peu brute par endroits, quelques défauts de jeunesse dans le rythme ou l'écriture, ne fait que renforcer l'attachement qu'on ressent pour cette équipe et son projet. Et c'est précisément ce qui rend ce film important, au-delà de ses qualités de mise en scène : il raconte, autant devant que derrière la caméra, qu'on peut se lancer, se tromper, recommencer, et finir par y arriver. Pour tous les moins de 25 ans qui doutent de leur avenir, « Un grand raccourci » n'est pas juste une comédie sympathique sur la débrouille bretonne : c'est une preuve par l'exemple que l'envie et la ténacité comptent autant que les moyens.
Un premier film généreux, porté par une bande de jeunes gens qui ont eu l'audace de leur âge, et qui donne furieusement envie de suivre la suite de leur carrière.