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ClockworkLemon
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3,5
Publiée le 23 mai 2011
Herzog est un cinéaste fascinant. Ses films des années 70 et plus ont une grande place dans le cinéma contemporain. "L'énigme de Kaspar Hauser" est un film étonnant, à la fois drôle et totalement cruel. L'histoire d'un homme qui a été enfermé dans une cave et écarté de toute humanité jusqu'à ce que son "bourreau" le livre au monde réel, un monde qu'il regrettera, un monde qui le conduira à sa perte, contrairement à sa petite cellule initiale... Sujet fort, sous la forme d'une expérience initiatique façon "La Dispute" de Marivaux et une œuvre d'apprentissage façon "Candide", "L'énigme de Kaspar Hauser" est une véritable énigme en soi, par son thème visionnaire, ses personnages, ou plutôt son personnage hors du commun, parfois assez pessimiste vis à vis du monde, de la nature de l'homme, parfois très humain, lumineux et à certains moment mystique. Par son aspect poétique, ses intermèdes façon ancienne pellicule et ses longs plans contemplatifs de la nature, et étant grand admirateur de Monsieur Malick, cette touche cinématographique est toujours un réel plaisir. En poussant loin sa réflexion sur l'éventualité d'un homme sans éducation, sans contact extérieur, Herzog réussit un film unique, touchant et philosophique, porté par un acteur formidable, Bruno S., dont le personnage devient attachant et totalement authentique.
3sur5 C'est, comme souvent, une énigme authentique et historique que Werner Herzog traite dans son film, l'un de ses premiers longs-métrages. Kaspar Hauser fut tiré vers l'âge de seize ans de l'obscurité absolue d'une cave ou le jeune homme appréhenda ses premières sensations. Le personnage incarnait ainsi le stade primaire de toute humanité ; on peut affirmer qu'en quelque sorte, il était une sorte d'anachronisme de l'évolution. Pour son film, Herzog se détourne de la réalité du fait divers et se désintéresse de la genèse de cette condition (on saura cependant, quoiqu'assez vaguement, pourquoi l'homme a grandi enfermé, mais pas par qui) qui pourtant alimenta une foule de fantasmes. Il livre une oeuvre émouvante et emprunte de poésie bucolique, malgré les quelques longueurs de la première partie (lorsque Kaspar, l'être ''minimal'', entame malgré lui sa renaissance) et un relatif manque d'imagination dans son approche. D'emblée, Herzog évite un écueil élémentaire : il ne fait pas l'éloge du repli sauvage, n'associe pas Kaspar à la pureté ou la vertue [d'ailleurs, à une nuance près, ce n'est pas un individu issu de l'état de nature, mais de celui de la claustration - dans les deux cas, il y a bien absence de lien aux structures et aux schémas de pensées de l'Homme]. Le cinéaste-documentariste préfère envisager Kaspar Hauser comme un sujet d'étude et d'expérimentations. Comment appréhendes-t-on le monde quand on a connu que le Néant ? Herzog y voit une façon de proposer de redécouvrir ce monde d'un oeil neuf, et saisit ainsi l'occasion de mesurer le cynisme et la méchanceté inhérente aux frustrations de l'homme contemporain, mais aussi à sa gêne devant le spectacle que constitue Kaspar. C'est que, jusque pour le public face à l'écran, une telle vision partage entre une curiosité sans doute teintée de voyeurisme attendri et une profonde répulsion, car c'est la démonstration de ce que serait tout être sans la moindre ouverture à la civilisation. Cependant Herzog dresse le portrait de ''son'' Kaspar Hauser avec sobriété et humilité, n'accordant que peu de place à la mise en scène du dégoût ou du rejet. S'il passe un peu outre l'avènement d'une vie affective pour Kaspar, il le montre s'épanouissant dans sa quête du Beau et de la connaissance. Néanmoins, Kaspar est malheureux parmi les Hommes (il s'adapte à leur rigidité mais ne reste que pour quelques nouveaux repères qui l'enchante - comme le piano) et meurtri d'y être promu en singe savant. Soumis aux spéculations hasardeuses et fantasques, aux ambitieux sans scrupules scrupules et aux esprits normatifs étriqués, Kaspar découvre la cruauté et l'avidité du monde et de ses animaux sociaux. Par son absence de préjugés, il est sceptique devant les certitudes de ces derniers (à l'instar d'Aguirre, il s'agit pour Herzog de placer la déraison au coeur même des fondements et des motivations de l'Homme). Le réalisateur en profite pour le faire se heurter à la religion, comme si elle montrait les limites des aptitudes de l'Homme. Si Herzog apparait agnostique, il ne manquera pas non plus de faire de son héros un martyr de l'intolérance, ce qui participera peut-être au couronnement du film par le Jury Oecuménique cannois.
Werner Herzog réalise un film sur l'affaire Kaspar Hauser (je connaissais l'histoire dans ses grandes lignes), sujet intéressant qui avait de quoi alimenter un film historique passionnant. Mais rapidement il s'enfonce dans des longueurs et une lenteur un peu exaspérante, une style déjà qui ne m'avait pas plu dans Aguirre par contre Fitzcarraldo et Nosferatu me plurent beaucoup. Un ton naturaliste presque documentaire froid et sans émotion.
Un chef d'oeuvre !!!!!! CAvec les memes elements que truffaut et son "enfant sauvage" (acteurs non professionnel, meme époque, histoire similaire) Herzog nous sort un film bien plus intérressant bien plus prenant bien plus violent (au bon sens du termes)
un grand bravo et à voir en V.O meme si le peu de VF que j'ai testé semble respectueux
L'énigme de Kaspar Hauser, de Werner Herzog (1974). L'histoire vrais de Kaspar Hauser, jeune homme dont on ne connait pas l'origine. Ne sachant ni parler, ni écrire, le maire de Nuremberg le prend sous son aile. Des aire de "l'enfant sauvage", mais ils n'ont pas vraiment la même volonté. Ce film veut surtout retracer la vie du personnage. Par moment quelques "flashback" nous font entrer dans ces souvenirs, ou peut-être ces rêves. Il se veut parfois critique (religion "forcé", statut de la femme à l'époque, etc ...). Une photographie plutôt bonne (certains plans sont juste magnifiques), sur fond de musique classique. La première image, montrant un champ de blé sur lequel le vent souffle, sur fond de Sarabande, était jouissif. (Il y a un autre plan du type, sur une barque cette fois, au milieu du film). Très bon, et il porte bien son nom, d'énigme.
Un très beau film, magnifiquement accompagné de la musique de Pachelbel et celle d'Albinoni. La principale révélation de cette oeuvre baroque restera Bruno S., jeune acteur amateur au passé difficile et au destin avoisinant celui de ce personnage touchant qu'est Kaspar Hauser. Plastiquement, le film est magnifique et la mise en scène de Werner Herzog est incroyablement constante dans sa maîtrise. Une très jolie fable sur l'apprentissage et le savoir, qui évite le piège du cours de philosophie démonstratif et pompeux. Ici, tout est très visuel ( comme toujours chez Herzog ) et poétique. L'intérêt de ce film réside moins dans le pourquoi que dans le comment : en effet, on ne sait pratiquement rien du passé de Kaspar Hauser et l'on n'en saura guère plus à la fin du film. Il s'agit de voir ( et c'est là toute l'originalité du film de Werner Herzog ! ) comment un bébé de 30 ans découvre le monde après toute une vie d'inaction. Il en résulte une oeuvre poignante, jamais condescendante et incroyablement sensible. Werner Herzog est décidément un artiste étonnamment moderne. Et pour cause : son film n'a pas prit une ride. Brillant.
Ça n'est un secret pour personne : faut vraiment se les peler les films de Werner Herzog. Mais le jeu en vaut bien souvent la chandelle. D'ailleurs, en parlant de jeu, il y a une chose qui est bien avec celui d'Herzog : il n'y a qu'une seule règle et elle mène à la Mort à chaque fois. Kaspar Hauser : l'histoire d'un homme qui, toute sa vie, fut retenu prisonnier dans une cage, chaîne à la cheville. Jusqu'à ce que, sans raisons, fut qu'il devait non pas recouvrer, mais connaître la liberté. Bon, comment parler de ce film ? Il faut oublier toute velléité de voir de la péripétie et du retournement de situation, sous peine de vivre un véritable enfer. Il n'y a qu'une seule façon de l'aborder : se concentrer sur un seul et unique personnage. Si l'on y parvient, c'est gagné. Et pour cause, tout tourne autour de Kaspar. Il est cette homme-enfant qui s'émerveille (sans niaiserie) et s'interroge sur tout ce qui l'entoure. Tout ce qu'il voit, touche, entend et même imagine, l'enrichit. Il ne comprend rien (ou si peu) au monde dans lequel il vit, mais est conscient qu'il ne tourne pas comme il le devrait. Décrit comme ça, il vous ferait penser à Forrest Gump, n'est-ce pas ? C'est normal, il en est comme le grand frère. Pendant 1h50, il ne se passe pratiquement rien, mais ça n'a pas d'importance. L'attachement à Kaspar est immédiat. A ce titre, Bruno S. impressionne une nouvelle fois. Ce type était un acteur bluffant. Il fut le seul à ne jamais le savoir. Il ne joua que dans deux films, avant d'en retourner à sa vie de musicien des rues. Et on ne l'a plus jamais revu, ni même entendu parler de lui. Je me suis toujours demandé s'il tirait quelque fierté de son court passage au cinéma, mais j'espère que oui. Car ne pas être du métier et voir son nom associé à deux films comme cette "Énigme de Kaspar Hauser" et "La Ballade de Bruno", franchement, ça casse quelques briques.
Réalisé par Werner Herzog deux ans après son mythique Aguirre (1972), L’énigme de Kaspar Hauser n’est en pas moins considéré comme important dans la filmographie du cinéaste allemand. Porté par un acteur non-professionnel à la vie compliquée – abandonné très jeune par sa mère et interné de nombreuses années en institution psychiatrique – le film revient, de manière romancée, sur la vie de Kaspar Hauser, célèbre orphelin du XIXème dont l’existence nimbée de mystères passionna l’Europe – depuis Paul Verlaine jusqu’à Peter Handke, pour ne citer qu’eux. Dans son long-métrage, Herzog s’intéresse surtout à la notion de nature et de culture, en plongeant son marginal de personnage, vierge de tout contact humain jusqu’à son adolescence, au cœur de la civilisation – montrant par là que celle-ci peut être synonyme d’avilissement.
Avec une croyance inébranlable en la véracité (très douteuse) du récit de Kaspar Hauser, Herzog essaie, presque en anthropologue, d'imaginer ce que cela fait de découvrir le monde pour la première fois. Comme on peut s'y attendre, à la bienveillance des premiers instants succède vite un désir d'exploiter et de contrôler le jeune homme, dont la vision du monde n'a pas encore été figée par les coutumes, l'éducation et la religion - ce qu'on nomme communément la civilisation. Cette candeur qui le caractérise est la source de dialogues très poétiques et de nombreuses scènes où la nature, par contraste avec la ville, paraît enchanteresse (la traversée d'un petit cours d'eau en barque, sidérante de beauté). C'est donc d'une façon certes un peu convenue (et, il faut le dire, simpliste) - mais émouvante - que Kaspar finit par vouloir échapper à la société à mesure qu'il en acquiert les codes. Il est incarné avec beaucoup de naturel par un acteur amateur prénommé Bruno.
Pour une raison inconnue, un individu a été maintenu en détention depuis sa naissance et n'a reçu aucune éducation de quelque sorte que ce soit. Libéré par son geôlier sur la place d'un bourg, il est peu à peu pris d'affection par les villageois qui l'encouragent à apprendre à marcher, s'exprimer, lire et écrire, etc. C'est un film touchant, d'autant plus qu'il est tiré d'une histoire vraie. Nous voyons éclore ce sauvage qui devient peu à peu un jeune homme capable de soutenir une conversation, exprimer son point de vue, refuser certaines convenances sociales, etc. L'acteur principal est très doué et restitue bien cette progression. Parmi les points faibles, j'ai trouvé le rythme très lent et manquant de rebondissements ou de changements de rythme. Nous ignorons la raison véritable tant des mauvais traitements subis par le jeune homme depuis sa naissance, que de sa libération soudaine ou de la tentative de meurtre dont il est l'objet. Cela ajoute au mystère de ce film sensible et introspectif qui ne livre pas tous ses secrets, fidèle en cela à la véritable histoire de Kaspar Hauser.
La courte vie de Kaspar Hauser (1812-1833), qualifié d’orphelin de l’Europe, passionna, au XIXe s, les criminologues [l’allemand Paul Johan Anselm von Feuerbach (1775-1833), les historiens et les écrivains, tels Paul Verlaine (1844-1896). spoiler: L’une des hypothèses historiques serait qu’il soit le fils de Stéphanie de Beauharnais, fille adoptive (en 1806) de Napoléon Ier et qui épousa le futur grand-duc Charles II de Bade (1786-1818), mariage déplaisant à la dynastie Hochberg, candidate à la succession Bade. Le couple eut 5 enfants dont 2 garçons, l’un mourut et l’autre, également bébé, aurait été substitué par un bébé d’un ouvrier qui mourut le 16 octobre 1812. Le vrai fils de Stéphanie fut gardé en captivité, notamment pour obliger un autre prétendant à la succession de rester célibataire, de peur que l’héritier légitime ne soit libéré. Machiavélique, n’est-ce pas ? Rien de tout cela dans le film de Herzog (dont le titre original signifie « Chacun pour soi et Dieu contre tous ») où Kaspar Hauser, spoiler: fils de Stéphanie , adolescent (16 ans), est découvert, hagard, muet, le jour de Pentecôte 1828 à Nuremberg (Bavière). Le scénario, certes fidèle à la réalité, demeure plat, dépourvu de romanesque et de mystère. D’après le titre, Herzog aurait voulu décrire un homme abandonné de Dieu, injuste envers sa création. On est à des années-lumière de « L’enfant sauvage » (1970) de François Truffaut, où le Dr Itard tentait de faire sortir Victor de son animalité et d’acquérir le langage. Idem, avec « Elephant man » (1980) de David Lynch où John Merrick, jeune de 21 ans, difforme, était exhibé comme un animal de cirque. Outre l’illustration a minima de la vie de Kaspar Hauser, Herzog réalise un film ennuyeux car trop long (110 mn), lent à démarrer, avec des scènes gratuites, poétiques diraient certains (champ de blé agité par le vent, cigogne mangeant une grenouille) ou grotesque (une caravane dans le désert), sans oublier Bruno Schleinstein (qui a eu, certes, une enfance difficile) âgé de 42 ans pour le rôle-titre ! Les musiques de Johann Pachelbel et Tomaso Albinoni ne suffisent pas à susciter l’intérêt du spectateur (des scolaires présents dans la salle n’ont pas hésité à regarder leur smartphone pendant la projection, risquant d’être allergiques à tout film ultérieur de Werner Herzog !).
On est toujours sûr de ne pas se tromper quand on regarde un film d'Herzog, technique impeccable avec un visuel proche des peintures des plus grands maîtres et une construction narrative intéressante. Les thématiques sur l'être humain sont toujours traitées avec beaucoup d'intelligence voire d'humour dans des histoires fabuleuses partant parfois de simples faits divers comme cela semble le cas ici. Une bonne histoire et un visage intéressant et souvent peu flatteur d'une certaine humanité. Le film pourrait ressembler à une adaptation cinématographique de l'idiot de Dostoïevski où un personnage d'une pureté "maladive" est confronté presque malgré lui aux autres.
De tous les cinéastes allemand de la grande génération des années 70-80, Herzog doit être le plus marqué par le Romantisme. Il se trouve que l’action de son film se situe en Allemagne à l’époque du romantisme tardif. Kaspar Hauser a d’ailleurs les caractéristiques d’un personnage de ce courant : une individualité lunaire, innocente, victime de la société, ne distinguant pas entre le réel et le rêve, un personnage venu de nul part. Il ressemble à la fin à une sorte de pythie ou de fou voyant racontant ses visions. C’est formellement, le film le plus sobre de son réalisateur, qui peut avoir tendance au pathos, mais un des plus radicaux sur le fond. Bruno S. est terriblement émouvant. La scène ultime peut être vu comme de la dérision acide.
Werner Herzog (Coeurs de verre, Aguirre: la colère de Dieu) met en scène l'histoire vraie de l'enfant sauvage Kaspar Hauser, l'un des cas psychologiques les plus troublants. Herzog retranscrit parfaitement l'ambiance énigmatique et intimiste nécessaire à la bonne diffusion des émotions que l'intrigue nous propose. Un bon cru, servi par une BO impeccable.
L’histoire vraie d’un ado incarcéré 17 ans dans une cave, sans éducation, et retrouvé sur la place de Nuremberg, ne tenant pas debout et ne mangeant que du pain. Peut-être un rejeton gênant abandonné par une famille noble. D’abord emprisonné, les enfants du geôlier puis le bourgmestre de Nuremberg prennent en charge son éducation. Pour rentabiliser les frais qu’il occasionne, on le présente en attraction foraine. Puis Werner Herzog fait des siennes avec quelques scènes étranges sur la religion, la foi et les femmes (le village de menteurs, le cygne sur l’adagio d’Albinoni, l’ensemencement du cresson calligraphiant son nom, le rêve du Caucase en allusion à son père). Cinq ans après son apparition, Kaspar Hauser est assassiné - ou se donne la mort – autre énigme réelle. Son autopsie révèle un cervelet disproportionné par rapport au cerveau. Le mérite de Herzog est d’avoir su créer dans son film une atmosphère en permanence intrigante et bizarre, comme le sont les faits historiques. En revanche, l’acteur choisi – convaincant par ailleurs - paraît bien âgé pour son rôle.