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Patjob
45 abonnés
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4,0
Publiée le 2 février 2022
Ces « fleurs », qui portent plutôt des noms de pierres précieuses, sont des « courtisanes » (à ne pas confondre avec des « catins » comme le dit l’une d’elles), qui monnayent leur compagnie et leurs charmes auprès de « maîtres » (tous se désignent ainsi) riches et oisifs dans le Shangaï du 19ème siècle. Le film raconte des relations croisées et complexes entre tous ces personnages, relations dictées principalement par l’intérêt financier, mais aussi par les sentiments. La première scène est un long plan séquence ou la caméra balaie très lentement, par aller-retours, un groupe important de « maîtres », en train de festoyer, boire et jouer, et de courtisanes qui les accompagnent. Ce type de scène reviendra régulièrement, comme pour ponctuer le film. Les scènes suivantes portent le titre de l’une des courtisanes, et les présentent successivement. L’écrin est présenté, ce sera le tour des bijoux. C’est un exemple parfait de film dont l’objet principal est la recherche formelle, et le contenu plutôt un support. Les ingrédients de Hou Hsiao-Hsien pour atteindre la forme souhaitée sont l’utilisation importante du plan séquence, les lents et délicats déplacements de caméra, l’importance des décors intérieurs (aucun plan d’extérieur ne vient amoindrir la démarche, en symbolisant aussi l’étroitesse de l’univers des protagonistes), le travail sur la couleur et sur la lumière. Le résultat est une merveille esthétique, mais à laquelle manque un peu d’âme et d’émotion.
Avec Les Fleurs de Shanghai, Hou Hsiao-hsien atteint une forme de pureté esthétique, transformant les maisons de courtisanes du Shanghai du XIXᵉ siècle en un univers clos où le temps semble suspendu. Les longs plans-séquences baignés d’une lumière tamisée composent un espace hypnotique dans lequel les rapports de pouvoir, les sentiments et les intérêts matériels se révèlent avec une infinie subtilité. Le cinéaste privilégie constamment l’observation des gestes, des regards et des silences, laissant émerger une complexité émotionnelle qui échappe aux conventions du mélodrame. Derrière son apparente immobilité, le film décrit avec une grande finesse les mécanismes de dépendance affective et sociale qui structurent ce microcosme raffiné. Malgré son rythme extrêmement contemplatif et son refus de toute dramatisation explicite, Les Fleurs de Shanghai demeure une œuvre d’une beauté et d’une sophistication remarquable.