Grand reporter et patron de presse, Hervé Chabalier est un de ces hommes qui vivent à cent à l’heure, sillonnent le monde et ses conflits en dénonçant les injustices en tout genre.
Passionné par son travail, Hervé a été le témoin privilégié de tous les conflits majeurs de ces trente dernières années. Il a traversé le globe en tout sens, a assisté à d’innombrables scènes de violence, et sa course effrénée pour vérité l’a fait rencontrer sa deuxième passion, la bouteille. Les deux se sont apprivoisés, ont cohabité, jusqu’au jour où Hervé a bu le verre de trop, celui qui annonce le grand saut, et a enfin ouvert les yeux sur sa condition. Son addiction l’a éloigné des siens, l’a écarté de la réalité sans qu’il s’en aperçoive, le laissant seul dans un monde qu’il ne connaît plus. Hervé ne baisse cependant pas les bras, il est déterminé à en finir avec sa maladie –il a enfin compris que c’est de cela qu’il s’agissait- et choisit, librement, de rejoindre une cure de désintoxication pour une durée de cinq semaines.
De son plein gré, Hervé va s’isoler et rejoindre un groupe de personnes que la vie a malmené. Leurs personnalités ont beau être distinctes, elles ont toutes en commun de se débattre contre un démon sournois, impitoyable, mais pourtant tellement charmeur au début. Certains arriveront à le dompter, d’autres succomberont en cours de route. Le film s’ouvre sur une image floue, on devine un couple allongé dans un lit. Un homme, une femme. Les deux ne parviennent pas à trouver le sommeil. Le personnage principal quitte la chambre. Le spectateur le suit alors dans le voyage qui doit le conduire vers le lieu de sa renaissance, c’est du moins ce qu’il espère.
Hervé Chabalier est un bien triste héros. Un homme comme un autre. Son autobiographie ne cachait rien, son adaptation sur grand écran non plus. Il carbure à l’alcool, mais n’en montre pas les signes extérieurs. Un observateur non avisé ne discernerait pas l’emprise qu’a l’alcool sur cet homme, pourtant désespéré. Lorsque Hervé arrive sur son lieu de cure, l’accueil est chaleureux. Basé sur la thérapie de groupe, les moments de réunion donnent lieu à des échanges qui peuvent paraître sans queue ni tête, mais qui permettent de mettre tout le monde à nu, sur le même pied d’égalité. Hervé Chabalier est avant tout un être humain, avec ses forces et ses faiblesses. C’est le pari, réussi, qu’a fait le comédien qui l’interprète, François Cluzet. Son jeu, sobre (sans vouloir faire de mauvais jeu de mot), trouve sa place sans effort au cœur de la mise en scène réaliste de Philippe Godeau.
Le réalisateur a adopté une démarche très saine, et pourtant sans fausse pudeur. Pas de pathos, pas de misérabilisme. Le dernier pour la route ne ressemble en rien aux quelques noms qui peuvent nous venir à l’esprit spontanément, du Barfly de Barbet Scroeder au Leaving Las Vegas de Mike Figgis, en passant par Notre Histoire de Bertrand Blier. Le film prend pour décors une petite structure dans laquelle les patients atteints d’alcoolisme sont suivis avec humanité. Alors, bien sûr, leurs gestes sont encadrés, les horaires auxquels ils sont soumis stricts, et pourtant les contraintes sont acceptées en toute connaissance de cause. Hervé va s’intégrer au groupe, après quelques anicroches, pour réapprendre doucement à vivre.
Les flash-back sont là pour nous le rappeler, le parcours d’Hervé n’est pas linéaire. Chaotique, il a vu plusieurs obstacles le mettre à l’épreuve. Les vieux démons du journaliste se cachent dans l’ombre, et attendent leur heure. Mais Hervé est lucide; il se déride bien par moment, mais a conscience de sa maladie. La caméra de Philippe Godeau n’est pas sélective. Directe, présente jour après jour tout au long du quotidien des alcooliques, elle nous fait traverser leurs doutes, leur désespoir, leur envie de tout lâcher ou au contraire de continuer. Elle paraîtra brutale par moment, mais c’est à ce prix qu’elle pourra convaincre les spectateurs, entraînés par une distribution irréprochable.
Aux côtés de François Cluzet, particulièrement inspiré, et de Michel Vuillermoz, qui campe un incroyable clown triste, dont la démesure cache difficilement le mal-être, les comédiennes Anne Consigny (superbe de retenue) et Mélanie Thierry apportent le contrepoint féminin –un subtil mélange de sensibilité, de vulnérabilité et de volonté féroce- alors que Bernard Campan fait une apparition remarquée. Chaque interprète s’est vu confier une partition bien précise, sans qu’aucun ne tire la couverture à soi, pas même François Cluzet, que son statut de « vedette » aurait pu tenter. Les comédiens contribuent ainsi tous à l’équilibre de l’ensemble, qui apparaît comme un film dramatique sans fard. Le dernier pour la route est une œuvre qui suit une approche humaniste. Elle aborde un phénomène de société de moins en moins tabou. Aujourd’hui l’alcoolisme est un fléau reconnu, qui ne connaît pas de frontières, pas plus celle du sexe, de la catégorie socio-professionnelle, que celle de l’âge. Il e