Je continue mon exploration de l’œuvre de José Giovanni avec son premier roman adapté au cinéma : Le Trou, réalisé par Jacques Becker, dont c’est le dernier film. Il mourra un mois avant la sortie. C’est d’ailleurs Giovanni lui-même qui lui rend hommage en introduisant le film.
Il explique que l’histoire est tirée de son expérience à la prison de la Santé en 1947.
OK, c’est inspiré de la réalité, mais ce n’est pas un documentaire. Le Trou est bel et bien un film de fiction. Une fiction qui se veut immersive et réaliste. Le parti pris de sa réalisation en fait un grand film prenant et humain.
Pas de dramatisation, pas de sous-intrigues : on suit simplement cinq détenus dans la même cellule qui préparent une évasion, et c’est tout. Et la mise en scène s’attarde sur la lenteur et la patience. Non seulement c’est très efficace, mais le suspense est dilaté sur la durée. La peur que nos personnages se fassent prendre est présente tout au long du film, tant leur travail d’évasion semble long et compliqué. Chaque petit geste a son importance.
Le film est souvent filmé en gros plans afin de renforcer l’impression d’enfermement et d’étouffement.
La musique est absente du long métrage pour ne pas surligner l’émotion. Mais il y a tout de même une forme de musique : tous les sons de la prison s’apparentent à une partition, particulièrement lorsqu’ils servent à masquer le bruit. C’est, à mon sens, un parti pris narratif très malin.
Seul Michel Constantin est acteur professionnel parmi les cinq détenus. Les autres ne le sont pas, dont l’un est un ancien détenu ayant participé à la fameuse évasion racontée par le film.
Habituellement, je ne suis pas fan de ce procédé, mais ici je n’y ai vu que du feu : tous sont très convaincants et charismatiques.
Le Trou est effectivement un grand film de prison et d’évasion. On y retrouve la marque de José Giovanni : une part de vécu, aucun jugement sur les personnages, simplement le fait de montrer leur humanité. La camaraderie et la loyauté sont déjà au cœur de ce premier roman, et elles traversent naturellement le film.
Pour toutes les raisons citées plus haut, je le qualifie de chef-d’œuvre. Il m’a complètement embarqué humainement, et son suspense est continu sur toute la durée.
Pour finir, je souhaite citer le réalisateur Jean-Pierre Melville, immense cinéaste pour qui Le Trou est un chef-d’œuvre. On retrouve dans ses mots certains thèmes qui traverseront toute son œuvre. Je laisse parler le maître :
« (…) Sa maîtrise, sa maturité lui dictèrent un film immense, où tous les aspects essentiels de l’homme allaient être traités : la dignité, le courage, la fraternité, l’intelligence, la noblesse, le respect et la honte (…). Combien faudrait-il de pages pour énumérer les merveilles de ce chef-d’œuvre, de ce film que je considère — et là je pèse bien attentivement mes mots — comme le plus grand film français de tous les temps ? »