«Depuis longtemps, je veux faire un film sur lamour et le sexe qui ne sautocensure en rien!» dit John Cameron Mitchell. Une déclaration dintention claire, et qui ici sassume pleinement. Pour parler de la sensibilité et de lépanouissement sexuel de ses personnages, il a choisi de mélanger les genres. On trouve donc des passages de comédie musicale et danimation, le drame nest jamais complètement dénué dhumour ou despoir, quant au rire et au plaisir, ils sont souvent teintés de mélancolie ou de tristesse enfouie. Certains regards lancés à la caméra, emplis damour, de compassion ou de désespoir, sont bouleversants. Et puis il y a le sexe. En osmose parfaite avec les thèmes traités, le film a laudace de montrer dès les premières minutes des scènes de sexe non-simulées. Une façon dinscrire la sexualité comme élément essentiel dun récit tout en balayant avec intelligence une certaine pudibonderie autour de sa représentation à l'écran. On assiste donc à de superbes orgies, on chante lhymne national américain dans une scène de triolisme gay, on sauto-fellationne, on se masturbe, on éjacule sur des uvres dart, tout cela de manière totalement décomplexée. Cest dans cette liberté et ce mélange que réside la principale réussite du film et son ton si particulier de tristesse légère. Grâce à cela, une sorte de distance est également prise, évitant le voyeurisme, le trop-plein de pathos ou le côté « thérapie de groupe» quun tel sujet pourrait supposer.
Aux Etats-Unis, un «shortbus» est un car scolaire pour enfants caractériels, surdoués ou hypersensibles un choix de titre résumant la position du film, qui défend la différence et la liberté, tout en dénonçant subtilement la pression exercée par la société sur les plus fragiles et les plus sensibles. Pour cela, Shortbus représente une démarche courageuse, originale et franche. Mais cest aussi une uvre empreinte de sincérité, de sensibilité et de ludisme où souffle une joyeuse et touchante liberté.