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rogerwaters
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1,5
Publiée le 26 septembre 2016
Film totalement désuet, à l’instar de tout ce qu’a écrit Cecil Saint-Laurent pour le cinéma, Le secret du chevalier d’Eon est non seulement d’une totale ineptie sur le plan historique (puisqu’ici on développe la théorie comme quoi le chevalier d’Eon était bien une femme), mais également peu intéressant au niveau de l’intrigue développée. Pour être clair, on s’ennuie fortement durant la projection, d’autant que, malgré son allure androgyne, on ne croit pas une seconde au fait qu’Andrée Debar puisse être un homme. Cela ruine bien entendu tous les efforts de la réalisatrice Jacqueline Audry dont on sent ici l’engagement en tant que femme. Cela ne suffit pas à faire un film intéressant, d’autant que la réalisation est bien fade, assez typique du cinéma français de papa des années 50. Seul Bernard Blier parvient à éveiller notre intérêt, et encore…
L'identité et la confusion sexuelles sont au coeur du film -et de l'oeuvre de Jacqueline Audry qui, deux plus tôt, réalise "La garçonne" avec la même Aimée Debar. Malheureusement, cette thématique associée au travestissement ne sert ici que des situations insignifiantes et stupides de vaudeville militaire. Pour une question d'héritage, une fille d'Eon est baptisée Charles et grandit comme un garçon. Elle entre chez les dragons de Louis XV et devient LE messager de ce dernier pour une mission diplomatique en Russie. Le scénario de Cecil Saint-Laurent s'inspire de la bien plus complexe existence du vrai chevalier d'Eon, s'adosse à l'Histoire et produit une comédie d'aventure d'une niaiserie qui bascule dans le grotesque, notamment avec le rôle d'Isa Miranda en tsarine Elisabeth entourée de ses moujiks. Le film n'est pas sans ambition -on trouve même au générique les noms de techniciens réputés comme Henri Alekan et Alexandre Trauner- mais même André Hunebelle, spécialiste médiocre de l'aventure de cape et d'épée, n'aurait pas fait pire. Le film est une coproduction franco-italienne et, déjà, le manque d'homogénéité de l'interprétation se fait sentir tout au long du récit, notamment avec Gabriele Ferzetti en insuffisant compagnon de voyage de Charles d'Eon. En terme d'action, le film est nul, tandis que l'équivoque sexuelle que suscite autour de lui le personnage d'Aimée Debar -complètement dépourvue de personnalité- spoiler: qu'il soit habillé en soldat ou en femme , est sans la moindre audace, comme si la réalisatrice s'était censurée. Bernard Blier traverse le film épisodiquement spoiler: en espion prussien, rôle dérisoire.
La personnalité d'Eon quelle que soit la version retenue (qui ici ce n'est pas la bonne, puisqu'Eon était un homme, mais on est au cinéma et on s'en fiche) permettait d'intéressants développements qui sont ici à peine esquissées. Alors, film de cape et d'épée ? Dans ce cas il est bien moyen. Fiction historique ? Trop brouillon, le personnage d'Elisabeth Petrovna étant surchargé de scènes inutilesspoiler: (les cosaques, le bannissement d'une suivante de la tsarine dont on ne sait d'où elle sort) . Bref ce mélange des genres et des intentions finit par réduire le film à une petite historiette sans éclat même si Isa Miranda dans le rôle de la tsarine n'est pas mal du tout. Sinon c'est pas trop mal filmé et la musique est abrutissante.
Le scénario par trop réducteur de ce film déçoit un peu qui connait un tant soit peu l'histoire du chevalier d'Éon. Certes, on comprend bien qu'il est question, pour la réalisatrice, de faire d'Éon une femme pour mettre en scène une femme qui prend des habits d'homme pour en mener la vie de liberté, mais l'entreprise féministe trahit ici le sujet qu'elle se donne. Étant donné toute la complexité du cas Éon, on ne peut s'empêcher de penser que le célèbre chevalier mérite mieux, beaucoup mieux que cette bluette.