Une grand-mère vient rendre visite à son petit-fils dans un camp militaire. Passer ce postulat, il ne ne se passe absolument rien : mamie visite le camp, mamie papote... C'est le stéréotype du film d'auteur pénible qui pense pouvoir se passer de récit et d'enjeux.
Bol d'air esthétique, sensuel voire proprement olfactif, sommet photographique, héritage grammatical intelligemment utilisé... mais aussi déception peu surprenante liée à la complaisance autocitationelle de son auteur doublée d'une vision catégorique - parfois même simpliste - de l'âme humaine. On attendait mieux de la part de Sokourov, peut-être davantage de complexité existentielle, moins d'afféteries stylistiques ou alors plus de radicalité dans le traitement de son sujet - passionnant, au passage. Si Alexandra est encore une fois une fête pour la rétine ( Alexandre Bourov, le chef opérateur, signe là un véritable écrin ) il se regarde avec une sorte de lassitude admirative, comme si sa superbe vampirisait un récit déjà rudimentaire de prime abord. Sokourov choisit clairement son camp, posant son regard bienveillant au coeur d'une armée de réserve, laissant le soin au hors-champ de s'occuper du front et des tranchées : faux-film de guerre, vrai drame anti-spectaculaire, Alexandra parle avant tout d'une relation entre une grand-mère et son petit-fils. L'univers du régiment n'est pourtant pas un prétexte à cette relation, Sokourov prenant le soin de développer le quotidien des militaires au travers des divers ustensiles, armes, bâtisses et autres objets utilitaires. Le cinéaste, plus de dix ans auparavant, avait dépeint ce même quotidien de manière beaucoup plus intense et hypnotique dans Voix Spirituelles, l'un de ses plus grands chefs d'oeuvre. Alexandra, beau mais trop tiède, un brin déséquilibré se regarde d'un oeil content mais paradoxalement perplexe, le spectateur se demandant comment l'auteur de Mère et Fils en est arrivé à un tel niveau de banalité philosophique, somme toute assez décevant. Dommage.
Alexandra est l'émissaire que Sokourov envoie de Stavropol pour « couvrir » la guerre en Tchétchénie. Difficile de ne pas mettre ce genre de terme journalistique face à la volonté du réalisateur de donner une vision claire et nette de la situation, qui serait documentaire si elle n'était pas orientée. Mais cette orientation, c'est de la passion.
Descendue de la ville vers le Caucase, Alexandra est de ces gens que les militaires ne voient plus prendre la peine de voyager. Quant à l'ex-chanteuse d'opéra, Vichnevskaïa, à presque 80 ans, elle joue une grand-mère veuve depuis deux ans qui veut voir son petit-fils avec le mince espoir de le ramener à la maison, ou du moins à la raison. Elle traversera l'incompréhension des soldats en visitant le camp, et l'ironie voudra qu'elle soit mieux comprise des Tchétchènes - l'Ennemi - que de ses compatriotes.
Questionnant ainsi l'identité russe et critiquant la guerre de manière aussi ouverte que souterraine, Sokourov crée le film d'anti-propagande ultime, une leçon d'humanisme malheureusement inaccessible aux soldats-mêmes qu'il dépeint. Non que ceux-ci soient dénués de valeurs, mais on ne leur donne pas l'occasion d'en changer, et ils perpétuent malgré eux une belliquosité qui fait l'affaire du régime.
« La force ne réside pas dans les armes ni dans les bras », avertit Alexandra - et ses mots de se perdre dans l'air étouffant. La grande dame qu'elle fut dans la vraie vie est ici mise devant une violence silencieuse et invisible contre laquelle elle doit se battre comme si c'était devenu sa réalité, ce pour quoi elle sera honorée au moment de son départ du camp par une femme tchétchène et ce lapsus volontaire : « j'irai vous voir à Saint-Pétersbourg », la ville natale de l'actrice. Ses paroles auraient mérité de franchir les montagnes et la mer, mais elles nous auront au moins appris qu'il y aura toujours des choses dont on ne peut pas soupçonner qu'elles ne sont pas supposées se rencontrer.
Je trouve que nous avons là un très très intéressant exemple de ce que le cinéma peut encore offrir de neuf avec un genre sur-exploité comme le film de guerre. "Alexandra" se passe dans un camp de militaires russes installés en Tchétchénie, un camp singularisé par la présence d'un personnage unique, en décalage avec tous leurs codes : le personnage qui donne son nom au long-métrage : Alexandra. Sokourov suit le chemin déjà entamé par Sam Mendes dans Jarhead : un film de guerre sans la guerre, sans combat, sans coup de feu. Le cinéaste russe va encore plus loin en osant ce pari audacieux : faire d'une grand-mère le héros de son film de guerre! Alexandra crée le décalage dans ce camp, figure d'"innocence" (l'écriture est plus complexe, ceux qui ont vu le film comprendront) au milieu de cette noirceur militaire. A travers Alexandra, Sokourov révèle aussi la vanité de la guerre aujourd'hui, et les jeunes qui ne comprennent même pas pourquoi ils sont là. Une guerre qui n'existe pas, au nom de valeurs nationalistes russes qui n'ont plus de raison de vivre. Des personnages qui semblent marcher lentement vers une mort inévitable. Le réalisateur a très bien capté cette absence d'action, ce "vide" à l'intérieur du camp. Visuellement, cette démythification de la guerre est admirable. Contentons nous de l'une des séquences d'ouverture pour illustrer ce propos : scène dans le char d'assaut qui roule la nuit, sans bruit, avec des soldats qui ressemblent plus à des fantômes qu'à des soldats. Sans un mot, on comprend déjà la dé-sacralisation de la guerre et des militaires. Cela dit, pour moi, il tombe dans le piège de la monotonie : en voulant montrer l'ennui des personnages il finit par m'ennuyer quelque peu également. Le final est un peu décevant également je trouve... Cette réserve mis à part, Alexandra est à la fois le nom d'un film de guerre fascinant par son audace et sa précision ; et aussi le nom d'un personnage incroyablement profond, l'une des plus touchantes grand-mères cinématographiques !
Film qui visuellement est irréprochable, lenteur des mouvements de caméra, qualité de la photographie (surtout dans les scènes nocturnes). Mais l'histoire est d'un ennui et manque d'intérêt , les seules moments qui ont un vrai sens sont ceux ou l'on voit le quotidien des tchechènes et leur misère mais finalement cela dure 10 minutes.
« Alexandra » est le ténébreux chant d’amour en ruine, d’une grand-mère qui s’interroge… Pourquoi deux pays frères jusque là s’entre-déchirent-ils ? Pourquoi les soldats sont-ils des enfants ? Pourquoi ne pas braver les frontières ? Pourquoi toutes les valeurs d’antan sont piétinées ? Elle ne comprend pas… et se pose le temps d’une visite dans un camp militaire en Tchétchénie comme un témoin. Pas un témoin passif, non… malgré le dos et les jambes douloureux, elle va chercher à savoir comment et pourquoi on en est arrivé là. Elle erre, ne cesse de grommeler, ouvre ses yeux autant que son cœur.
Sokurov, en digne héritier de ses pairs, nous offre une parabole unique sur la situation entre ces deux pays. Il choisit cette espèce de voyage initiatique à rebours, sorte de dernière chance, pour délivrer un message pacifiste et chargé d’humanisme.
Le film est tout simplement admirable, par son traitement esthétique, mais aussi par cette espèce de chaleur humaine qui le parcourt et dont le fer de lance n’est autre que Galina Vishhenevskaya, mamie au cœur d’or qui du haut de ses 81 ans porte ce film bouleversant et irradiant de beauté.
Une mamie dans un camp militaire...Suffisait d'y penser! Elève de Tarkovsky, Alexandre Sokourov n'en a pas le génie mais se défend avec cette petite incursion saugrenue qu'il a très bien mise en scène avec d'excellents acteurs et quelques passages d'émotions et de réflexion très bien écrits...
Oui! il s'en falait de peu pour que je pense que c'était un chef-d'oeuvre. Un regard tellement particulier, humain, féminin,distancié, sur la folie des hommes et la guerre... mais quelque chose me gêne! Russes ou Tchetchènes sont "plutôt bons". Broyés par la guerre, il n'y a pas de "responsables" Les marques de tendresse répétées de la Babouchka et son petit-fils??? Galina, épatante de vérité!
Avec retenue, sans faire d'esbrouffe et avec un scénario réduit au minimum, Sokourov signe ici un de ses plus beaux films. Doucement, il nous fait pénétrer dans ce camp de soldats qui sont revenus de tout et il délivre un message de paix qui ne peut que toucher. L'heure n'est plus à la revanche, mais à l'apaisement des haines. Il dresse au passage le magnifique portrait d'une femme russe qui s'apprète à mourir. Subtilement, en n'ayant recours à aucun artifice, le cinéaste nous bouleverse. Le tout bénéficie d'une mise en scène classieuse absolument magnifique, à la fois simple et terriblement travaillée. Du beau cinéma d'auteur, à réserver aux amateurs d'errances.
En compétition à Cannes 2007, "Alexandra" raconte l'histoire, pas très crédible, d'une grand-mère russe qui rend visite à son petit fils, officier en Tchéchénie. Elle s'installe à la caserne (!!), sort faire son marché en ville et y rencontre des femmes tchéchènes, qui, oh surprise, s'avèrent lui ressembler beaucoup. Il y a de belles images sépia et une musique superbe. Il y a une comédienne étonnante : Galina Vishknevskaya, par ailleurs chanteuse lyrique et, dorénavant, veuve de Rostropovitch. A part tout ça, on s'ennuie pas mal !
Plus encore que dans d'autres pays, la culture Russe (qu'elle soit littéraire, musicale ou dans ce cas cinématographique) a toujours été témoin des événements historiques qui ont forgé la destinée de ce pays. Aujourd'hui encore, la renaissance du septième art dans ce gigantesque territoire a donné lieu à de passionnants débats idéologiques et géopolitiques, et ce qui plus est avec des formes et des styles on ne peut plus différents. Le conflit Caucasien, et plus particulièrement l'intervention de l'armée en Tchétchénie ont ainsi alimenté bon nombre de longs-métrages (pas plus tard que la semaine dernière, j'ai d'ailleurs pu voir et apprécier "12" de Nikita Mikhalkov sur lequel il est curieusement impossible d'éditer une quelconque critique) parmi lesquels l'un des derniers opus d'Alexandre Sokurov, lui que l'on présente souvent (de façon un peu caricaturale) comme l'héritier de l'immense Andrei Tarkovski. Bref, "Aleksandra" symbolise le retour au premier plan d'un cinéma d'auteur de qualité chez nos amis Russes ; cinéma d'auteur posé, réfléchi, intelligent ne tombant jamais dans la contemplation nihiliste ou la masturbation intellectuelle ; cinéma d'auteur aisément accessible donc malgré son rythme lent et son refus de l'action, son nombre limité de personnages, de décors et de rebondissements. On saura reconnaître à Sokurov d'indéniables qualités de cadreur certes mais surtout une narration brillante rendant son travail extrêmement plaisant grâce à une impeccable maîtrise de l'intensité de l'intrigue et de l'émotion s'en dégageant. Il faut dire que l'intérêt que nous manifestons pour les protagonistes concernés est relativement important, du faut notamment de leurs caractères creusés. Malheureusement, la musique rare mais pompeuse vient un peu gâcher cet agréable moment, tout comme une fin sentimentale dont on se serait volontiers dispensés. Le propos demeure quant à lui léger-léger mais on se laisse porter par l'esthétique d'"Aleksandra". Pour introduire Sokurov.
Alexandra Nikolaevna rend visite a son petit fils Denis. Ce dernier est officier et fait partie des meilleur soldat de son unité. Mais la vieille dame qui venais cherché amour et entourage va se retrouvé dans un monde d'homme, sans chaleur humaine ni confort. Alexandr Sokurov réalise "Alexandra" en décors naturel sur le sol Tchétchène, tout les éléments du site militaire sont réel, ce qui est une vrai prouesse dans certaines scène pour Galina Vishhnevskaya qui à plus de 80 ans doit entre autres monté et descendre d'un blindé. Sa performance est d'ailleurs a signalé car elle est touchante, très vrai dans ces expression et ces errances. Le cinéaste russe à voulu montré, à travers son pays, le poids de la solitude, la recherche de compagnie, de famille, d'amis et d'amour. Et pour rendre ce sentiment encore plus réel, Alexandr Sokurov rend l'image plus triste avec des teintes particulière, terne, pour apporté ce supplément de monotonie. Alors oui c'est un peu dommage, mais ce qui est intéressant c'est la recherche de Sokurov, son envie de donné la même émotion qu'au personnage du film ... La lenteur est fidèle au oeuvre russe, la photographie également, on sent que le cinéaste maîtrise son sujet qui contemplatif, lent, un peu long même mais qui frappe le spectateur après. Alexandra n'est pas un film de guerre, le camps sert juste de trame, le vrai sujet du film en est bien plus dramatique, bien plus profond, un film qui tôt ou tard nous parleras.
Beau film méditatif et néoraliste, qui met en relief la beauté des visages, des accessoires et des éléments naturels. Si on est loin de la perfection formelle du "Soleil", chef-d'oeuvre du cinéaste, le projet de mise en scène est cohérent et Sokurov joue avec pertinence des contraintes liées au petit budget : le hors-champs suggère l'horreur de la guerre et fait écho à la teneur des dialogues.
C est dans ce décor jauni, glacial, terne et masculin que ce petit drame se déroule. En plein cœur de la Tchétchénie, une terre ultra islamisée, une guerre fait rage face à la Russie, et Alexandra une vieille femme, grand mère de combattant avec ses airs hautains et complexes se plaint et s énervé pendant deux heures. Franchement l intérêt du film est pauvre, il n y a rien à voir. Je le déconseille aux moins de 10 ans. 2/5