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Yasujirô Rilke
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1,0
Publiée le 18 octobre 2008
Attaché, de façon plus ou moins évidente, dans tous ses films à la condition de la Nature, Akira Kurosawa aborde frontalement dans «Ikimono no kiroku» (Japon, 1955) la terreur nucléaire. Kiichi Nakajima (Toshirô Mifune), patriarche d’une riche famille industriel, n’aspire qu’à un seul souhait : fuir le Japon pour se réfugier au Brésil. Considéré comme fou par sa famille, le vieil homme tombe progressivement dans la paranoïa la plus craintive. Tant que son entourage fait appel à la justice pour le déposséder de ses biens. Un dentiste (Takeshi Shimura) est appelé par l’institution judicaire pour servir de médium entre la famille et le père. La peur croissante de Nakajima déteint doucement sur le dentiste, qui en vient dès lors à douter de sa sécurité et de sa sureté. Se déroulant souvent dans des lieux clos, bureaux des palais de justice ou salles des maisons japonaises, les lieux extérieurs n’apparaissent que pour signifier la terreur d’une possible attaque nucléaire. Après avoir réalisé son plus grand chef-d’œuvre, «Shichinin no samurai», Kurosawa pratique une des ambivalences que cultive son cinéma : passer d’un film d’époque à une fresque sociale contemporaine. La tragédie de cet homme seul, considéré comme décadent par ses proches, emprunte une des craintes majoritaires dans le Japon des années 50. La peur du nucléaire, qui plus que le Japon touche le monde entier, s’incarne dans le corps inhabituellement frêle de Mifune grimé en vieillard. La prise de conscience du dentiste, à force de côtoyer le vieil homme, est celle de la vox populi. Kurosawa ne fait pas encore appel à la puissance critique que pourra avoir «Warui yatsu hodo yoku nemuru». Cela pour une raison de format puisque le film de 1960 dispose du Tohoscope (ratio 2.35 : 1). Les seules dernières séquences, dans l’asile, où le soleil brille au lieu, se référent aux milles feux de la bombe H, évoque de façon plastique la résurgence éventuelle d’une charge nucléaire.
Un des rares Kurosawa auquel je n'ai pas vraiment accroché. Il m'a semblé que le personnage de Shimura était trop en retrait dans le scénario et pas assez abouti, un simple spectateur face à l'immense Toshiro Mifune qui semble se donner lui même la réplique. Pour une fois le rythme lent imposé par le sensei m'a ennuyé, car en effet Kurosawa aime prendre son temps (et il a fortement raison! C'est le piédestal du succès de son oeuvre, principe que reprendra fort bien Sergio Leone). Un film à voir pour la prestation de Mifune comme toujours au-dessus de tout, la réflexion du film sur la peur générée par la société (symbolisée par la peur de l'attaque nucléaire) est-elle aussi très intéressante mais aurait mérité un personnage supplémentaire au niveau de Mifune pour une narration plus captivante.
Kurosawa pose, avec ce film sur le thème de la peur nucléaire, une question particulièrement sensible dans un pays qui a vécu l’horreur atomique et toujours d'actualité terrible après Fukushima. Mais après un début de film alerte, remarquablement réalisé (la ville qui vit, le cabinet du dentiste/médiateur, la confrontation familiale chez le juge), le rythme ralentit, souffre de quelques longueurs, la narration prend un ton démonstratif nettement moins captivante. Globalement ennuyeux.
Comment vivre quand on a subi une attaque nucléaire et que l'on craint que celle-ci frappe de nouveau? A travers le personnage de Kiichi Nakajima, le célebrissime metteur en scène japonais Akira Kurosawa remet en question l'avancée technologique, en rapellant le traumatisme de Hiroshima et de Nagasaki. Il pose encore bien d'autres thémes majeurs ( la psychologie, la famille ou la justice sont exploitées avec passion). Le spectateur possède une liberté totale, grâce à une mise en scène nuancée. La remise en question est donc présente chez Kurosawa mais nous invite à en faire de même. Cette oeuvre est non seulement faite pour être vue, mais se doit aussi d'être discutée avec le plus grand intérêt. Un film fort qui reste plus que jamais d'actualité.
Une fois de plus Akira Kurosawa nous livre une véritable fresque de la société japonaise dans une justesse qu’on lui connaît bien. Il aborde ici, un thème universel, le délire chez les personnes âgées mais dans un contexte en phase avec l’époque où ce film a été tourné (10 ans après la catastrophe d’Hiroshima et de Nagasaki). On y suis l’anxiété grandissante d’un patriarche vis à vis de la menace nucléaire, sujet brûlant au lendemain de la guerre. Ce dernier souhaite s’expatrier au Brésil qu’il considère comme sûr et peine à en convaincre sa famille. Mais au delà du refus, il se confronte à la défiance de son entourage qui le poursuit au tribunal des affaires familiales dans le but de le déclarer inapte à gérer sa fortune, qu’il a pourtant acquise par ses talents de businessman. Malgré des expertises médicales qui n’ont décelé en lui aucun problème psychologique, son droit à l’expatriation lui est refusé par le tribunal qui décide même de le placer sous tutelle. Les conséquences de ce jugement s’avéreront désastreuses. L’anxiété du monsieur, bien qu’excessive n’était pas pathologique mais dès lors, elle devint incontrôlable et cédait petit à petit sa place à la folie. Interné en asile psychiatrique son médecin déclare dans ce qui est sûrement la plus belle réplique du film : “parfois je me demande si c’est lui le fou ou si c’est nous qui restons impassibles dans un monde en proie à la folie”. En somme ce film se veut être une critique de l’hypocrisie intra-familial et des dérives technologiques qui débouche sur la création d’armes de destruction massive.
Un des films les moins connus (et un des 1ers échecs commerciaux) de Kurosawa et pourtant c'est un de mes favoris du réalisateur. Mifune est méconnaissable en vieillard mort de peur mais aimant sa famille. Kurosawa nous décrit (un peu comme dans Rhapsodie En Août) des enfants souvent ingrats et obnubilés par l'héritage familiale. Au finale, la question posé par ce film est la suivante : est-ce le vieillard paranoïaque le fou ou bien nous qui vivons dans le calme sachant ce qui peut nous menacer? Une question encore terriblement d'actualité!