Je mets deux étoiles, mais ces deux étoiles ne sont pas à l'échelle du cinéma normal. Le cinéma du mercredi, le cinéma que constitue les dix films qui sortent chaque semaine…Non.
Ce sont deux étoiles à l'échelle d'un film en marge comme Interstellar, plus grand on ne peut pas le nier, et bien sûr, immensément ambitieux. Le film a ça pour lui. Il est ambitieux. Trop ambitieux et donc vain. Nolan veut faire son immense chef d'oeuvre, son film qui va marquer l'histoire du cinéma. Chaque plan suinte d'ambition. Interstellar veut être grand.
Mais Nolan lui n'est pas assez grand pour faire un grand film. Voilà, qu'on me lance des pierres et des tomates, je n'attends que ça. Mais cette avis n'est pas que le mien, j'ai pris le temps de beaucoup discuter avec des gens qui ont vu le film, et nous sommes d'accord sur beaucoup de points, dont un : Interstellar n'est pas un chef d'oeuvre.
La deuxième chose est que, Interstellar est chiant, d'un ennui monumental, trop long…Bref, à aucun moment on est captivé par ce qui est raconté. C'est là le centre du problème, et la preuve irréfutable que Nolan "s'est perdu dans l'espace". C'est un réalisateur qui veut faire tellement grand, qu'il en oubli même la base de son métier. Raconter une histoire et intéresser son spectateur. Le fait qu'il soit d'un ennui total vient majoritairement du troisième point.
Ce troisième point, c'est que Interstellar est imbitable. Vous n'êtes pas seul mes amis, n'écoutez pas la méchanceté des gens qui disent que si on ne comprend pas le film on est débile…J'ai vu Inception du même réalisateur que je n'ai eu aucun mal à comprendre. J'ai vu des films métaphysiques comme 2001 ou Tree of Life et j'ai compris ce qu'ils voulaient nous dire. J'ai vu aussi des films de SF qui demandent un minimum de concentration comme Blade Runner…Mais je n'ai rien compris à Interstellar. Peut être que je suis débile, qui sait ? Ou alors peut être que ce film manque monumentalement de clarté. Je m'adresse aux fans de Nolan : "Non, il n'est pas possible de se promener sur 42 forums et 72 discussions pour comprendre un film". Tout le monde n'a pas que ça à faire que d'aller chercher des explications sur telles théories de tel physicien, exposé dans le film. Le cinéma, même si c'est parfois à petite échelle, doit être un minimum accessible à une personne lambda. Surtout quand on s'appelle Interstellar, qu'on est un blockbuster, et qu'on coûte 165 millions de balles. On ne peut pas se permettre de n'être compris que par 1 personne sur 20.
Parce que voilà finalement, un des autres problèmes de ce film... Il ne se trouve jamais. Entre le film Pseudo-Intello métaphysique avec en bonus petite réflexion sur le sens de la vie…, et le film américain à gros budget qui doit quand même rembourser ce qu'il a coûté. Je vais peut être en froisser certains, mais le dilemme d'un homme qui doit choisir entre sa famille et sauver le monde, c'est quand même le point de départ de Transformers 4 ou de n'importe quel téléfilm catastrophe du dimanche après midi. Alors voilà, la question est "Le nouveau 2001 a t'il le même dilemme émotionnel et narratif que Transformers 4 ?"
Parce que Nolan veut faire son 2001, maintenant c'est clair. Il en est un fan absolu, on le sait, et il cite le film de long en large dans Interstellar, avec ce monolithe noir robot qui parle. Une espèce de mélange entre la plus fameuse question de 2001, "Qu'est ce que ce monolithe ?", et HAL. Il cite également 2001 dans sa façon de filmer l'espace. Beaucoup de plans sont similaires à ceux du chef d'oeuvre de Kubrick. Appelons ça un hommage. Beaucoup se posaient la question, que je trouve totalement imbécile, et encore plus après avoir vu le film, "Interstellar sera t'il le nouveau 2001 ?". Toujours, j'ai réfuté cette possibilité, me disant que non, Nolan ne pouvait pas être assez bête pour ne serait ce qu'essayer, ou en tout cas, qu'il n'aurait pas la même ambition. Non ce n'était pas possible à mes yeux. Nolan ne ferait pas cette erreur, parce que ça lui couterait cher. A partir du moment où un film est comparé une oeuvre charnière de l'histoire du cinéma, il est foutu. Il ne reste que l'après date. Le truc en dessous, qui a essayé, mais qui a échoué. Là encore, Nolan a fait une erreur énorme. Ce qui fait la force de 2001, de Solaris de Tarkovski ou de La Jetée de Chris Marker, c'est la force de la suggestion, la sur-puissance irrationnelle, ce moment où le langage cinématographique prend tout son sens, où il devient l'essence même du film, où l'image est reine, où l'image nous parle plus que n'importe quel mot, n'importe quel geste. Ces films, où l'on comprend pourquoi le cinéma est peut être la manière ultime de raconter une histoire. 2001 nous montre, ne nous dit rien, et l'on comprend tout. En utilisant uniquement l'image, Kubrick nous raconte plus de chose dans son film, que n'importe quel réalisateur avec une autre oeuvre. C'est peut être pour ça que je considère 2001 comme le film de l'absolu. Parce que, et je suis conscient que c'est arrogant de dire cela, je crois avoir compris le film. Et je ne supporte pas que l'on puisse le comparer à autre chose. L'erreur énorme de Nolan, pourtant aussi fan de 2001 que moi, c'est de ne jamais montrer, et de toujours nous dire. Qui plus est, nous dire des choses incompréhensible et inintéressantes. Interstellar me donne l'impression d'être un film donneur de leçon, comme si Nolan voulait nous emmener à l'école pour nous donner une leçon de physique et d'astrologie.
Ca c'est un point qui fait que Intersellar est à des années lumières de 2001 en terme de cinéma. Le spectateur ne travaille pas. On lui explique mais jamais il ne réfléchit par lui même. On peut dire que la fin est pourtant ouverte, que Nolan essaye de nous offrir la possibilité de penser par nous même, mais encore faudrait-il la comprendre cette fin, puisque que sur un plan personnel, j'étais littéralement en train de dormir sur mon fauteuil. Ca ne sert à rien de suggérer sa chute quand on vient de nous montrer deux heures cinquante d'ennui.
Peut être qu'Interstellar a un intérêt scientifique, qu'il est un apport culturel intéressant pour comprendre certaines choses…Mais ce dont je suis sûr, c'est qu'en terme de cinéma, Nolan s'est perdu dans son ambition démesuré, et qu'après tant d'attente, il n'a finalement rien fait qui puisse rester à long terme, comme une oeuvre novatrice.