Interstellar a reçu des critiques presque unanimes. Je viens de le visionner après avoir longtemps hésité, craignant ses presque 3 heures alors que je ne suis pas très fan du réalisateur. Verdict ? Ca se laisse voir. C’est un film solide, c’est vrai, mais de là à parler de chef-d’œuvre. Il y a de très bons points, à commencer par une belle bande son, assez marquante dans le registre des bande-sons atmosphériques convenant très bien au genre spatial. On peut aussi parler du casting de qualité, porté par une galerie de noms connus mais parfois inattendus, à l’image d’Anne Hathaway dans un rôle un peu à contre-courant. Les interprètes sont tous excellents de mon point de vue, et si certains personnages manquent un peu de relief, on ne peut nier que le film, construit comme une tragédie, arrive, en mettant ses protagonistes face à des dilemmes notables, à leur donner au fur et à mesure une réelle consistance. Je pense notamment aux deux membres de la famille Brandt, avec Michael Caine et Anne Hathaway justement. On pourra aussi apprécier le fait que le film a une proposition scénaristique audacieuse, flirtant avec la dimension métaphysique d’un 2001, l’Odyssée de l’espace, ce qui n’est pas si fréquent de nos jours. Le métrage refuse le côté spectaculaire et action pure de beaucoup de films spatiaux pour une vision plus contemplative et philosophique, ce qui s’avère culotté vu la durée du métrage. Enfin, visuellement le film est très beau, avec des effets visuels soignés, souvent à l’ancienne avec des maquettes, et des environnements très propres, même si, de mon point de vue, on a vu mieux en terme de films spatiaux avec des métrages comme Ad Astra.
Passé ces compliments, il faut tout de même évoquer les choses qui fâchent, et notamment le rythme. On ne s’ennuie pas spécialement durant le métrage, mais faut avouer que Nolan étire certaines séquences jusqu’à la lassitude (la séquence ammoniac, ouch !). Peut-être est-ce dû au montage, qui pendant parfois un quart d’heure nous fait faire des allers et retours entre deux protagonistes, deux situations, avec des coupes rapides vite épuisantes et surtout, redondantes. C’est long ! C’est dommage, mais le film aurait pu se débarrasser de 25 mn facile. On pourra aussi regretter que le film n’expose pas plus clairement la problématique terrienne. D’où viennent les nuages ? Pourquoi on évoque la disparition de trois plantes seulement ? Quid du poisson, de l’élevage ? Pourquoi le désintérêt technologique ? En fait on nous parle longuement de la fin de la Terre sans vraiment qu’on sache ce qui la menace à ce point ! Je note aussi que le film n’est pas aussi précis que ça dans de petits détails. Par exemple, dans l’espace, les corps sont en apesanteur à un moment, mais les cheveux ne flottent pas.
Pour moi, Interstellar est une proposition sf agréable à visionner, et faut le dire, ça fait plaisir d’avoir un métrage de ce genre, visuellement solide et avec une vraie proposition de fond emmené par un casting convaincant. Maintenant, le Diable est dans les détails, et oui, je me suis souvent dit « ah, là il manque un truc » ou encore « bon, là la scène elle est tout de même vachement ennuyeuse ». Heureusement, pour une fois Nolan offre des personnages avec de vraies émotions, avec de vraies dilemmes, bien aidé il est vrai par le contexte spatiale prompt à ce genre de situation, ce qui, finalement, efface assez le côté froid du cinéma nolanien habituel. 4