Return to Aztlan
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Rémi P.
Rémi P.

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5,0
Publiée le 27 novembre 2022
Étant amateur de propositions de cinéma originales, je ne peux qu’être admiratif devant un film comme celui-ci. Réalisé par Juan Mora Catlett, « Return to Aztlan » est une immersion totale dans un monde aujourd’hui disparu : la civilisation aztèque. Situé au milieu du XVème siècle (plusieurs décennies avant la conquête espagnole), le film raconte comment, vaincus par une longue période de sécheresse qui a considérablement mis à mal le peuple aztèque, l’empereur Motecuzoma et son conseiller Tlacaelel décident d’entamer un retour à Aztlan, cité originelle mythique du peuple Aztèque, dans le but de faire une offrande pour apaiser la colère de la déesse Coatlicue et pour espérer revoir tomber la pluie à nouveau sur la terre asséchée. C’est le jeune Ollin qui est désigné pour faire ce voyage dangereux, dont il pourrait bien ne jamais revenir…
Avec « Return to Aztlan », Juan Mora Catlett réalise un film exigeant tant sur la forme que dans le fond. Sur la forme, le film est un jalon : il est le premier de l’Histoire à avoir été tourné entièrement en Nahuatl, la langue même que parlaient les Aztèques à l’époque où prend place le film. L’utilisation de cette langue et la précision extrême dont fait preuve Catlett dans sa reconstitution font de ce film une immersion fascinante dans l’époque aztèque : les décors, les costumes, les coutumes, les paysages, … On perd littéralement pied tant la reconstitution est vertigineuse et l’on est captivé dès le début du film par cette démarche qui nous transporte dans ce monde méconnu où les découvertes sont de chaque instant. De plus, on ne peut que saluer la justesse avec laquelle Catlett traite cette démarche : là où on aurait pu s’attendre à une idéalisation ou à une romantisation de la civilisation aztèque, le film est âpre, brut, parfois violent et nous présente une vision très réaliste (proche du documentaire même par moment) de l’époque, sans jamais être alourdit par un quelconque propos ou regard contemporain sous-jacent. Mais bien sûr, la forme n’est rien si elle n’est pas mise au service du fond, et la force du film est de réussir à être d’une grande pertinence sur les deux points. Premièrement, l’histoire est excellente et est servie par un scénario de grande qualité, qui sait se faire synthétique et suffisamment explicatif au début du film, pour que nous puissions comprendre le contexte de l’histoire et les tenants et aboutissants. Personnellement, j’ai toujours été fasciné par les histoires d’aventures, de recherche d’un lieu mythique supposément disparu, comme dans « L’homme qui voulut être roi » de John Huston, qui est l’un de mes films préférés, et c’est donc avec une grande attention que l’on suit le parcours de Ollin dans sa quête de retrouver la cité d’Aztlan.
Au fur et à mesure qu’avance le film, on se rend aussi compte de la volonté de Catlett de réaliser, à travers le récit initiatique d’Ollin, une parabole sur l’histoire de la civilisation Aztèque, ce qui se montre très intéressant même si le procédé se révèle parfois assez confus pour qui n’est pas familier, comme moi de l’histoire des Aztèques, de leurs divinités et des symboliques associées. On pourra ainsi reprocher au film de finir sur un final assez peu compréhensif, avec de multiples parallèles semblant assez peu en rapport avec l’histoire, et pour lesquels je n’ai pu trouver d’éléments de réponse qu’en faisant certaines recherches ultérieures sur l’histoire des Aztèques.
Malgré certaines parties quelques peu confuses donc, le film est très intéressant et, même si l’on ressent parfois la maigreur du budget (faible quantité de lieux de tournage, nombre des figurants réduit au strict minimum), ces faiblesses sont contrebalancées par une excellente mise en scène, dans laquelle Catlett joue beaucoup sur le son (le silence, le vent, …) pour donner une ambiance assez onirique et mystérieuse au film. Les acteurs sont eux aussi remarquables et apportent de la profondeur et de l’émotion à leurs personnages, sans passer par beaucoup de dialogues, ce qui est assez impressionnant.
Au final, c’est un véritable film de passion que nous offre Juan Mora Catlett. On sent que le projet a été mûri pendant sûrement assez longtemps et la précision apportée sur les recherches, l’histoire et la forme font de « Return to Aztlan » une véritable expérience de cinéma, de cinéma total en somme, comme nous n’en voyons que rarement. Pour cela, le film est une véritable claque et nous donne envie de voir les autres films de Juan Mora Catlett, dont l’œuvre reste visiblement inédite en France…
Pour voir le film d’ailleurs, je vous conseille de regarder la version publiée sur YouTube, qui est la seule que j’ai pu trouver et qui propose le film sous-titré en anglais. Même si vous ne maîtrisez pas complètement la langue de Shakespeare, je vous conseille d’essayer quand même, muni d’un outil de traduction de votre choix. Vous verrez, cela en vaut la peine…
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