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Immersion dans le cinéma japonais des années 1950 (l'âge d'or de ce dernier), avec "Lettre d'amour", produit par la réalisatrice Kinuyo Tanaka (ancienne actrice avec plus de 250 films à son actif) ; cette dernière fut la deuxième femme japonaise (après Tazuko Sakane) à accéder à la réalisation dans les studios nippons, mais bel et bien la première à mettre sur pied un long-métrage après la Seconde Guerre mondiale (et également la première à passer derrière la caméra durant la période de l'après-guerre), probablement grâce à ses expériences antérieures (cette interprétation n'engage que moi, même si de grands réalisateurs furent, après tout, d'anciens acteurs). Il faut préciser que "Lettre d'amour" sera le premier de ses six films en tant que réalisatrice, dont le dernier fut "Mademoiselle Ogin" sorti en 1962. Le synopsis de "Lettre d'amour" est dominé par l'histoire de Reikichi Mayumi (incarné par le brillant Masayuki Mori), un marin japonais démobilisé, particulièrement marqué par la guerre, et obnubilé par Michiko (Yoshiko Kuga), son amour d'enfance, ainsi que par ses propres principes qui le poursuivent en permanence (c'est d'autant plus flagrant lors de ses conversations avec Michiko). Comme son titre l'indique, ce film est un drame sentimental, où se succèdent l'amour impossible, l'amour platonique, et d'une certaine manière, une sorte de fatalité (qui poursuit inlassablement Reikichi et Michiko). Tout est réglé comme du papier à musique, on est impressionné par la maîtrise de Kinuyo Tanaka, concernant la chronologie des séquences ; de plus, la mise en scène est absolument remarquable, les acteurs principaux sont sobres et efficaces, pour ne pas dire méticuleux et parfaits. Les lieux de tournage ont manifestement été triés sur le volet, on apprécie les arrière-plans, les costumes de l'époque, les parcs, ainsi que les zones urbaines sélectionnées pour l'occasion. "Lettre d'amour" est un superbe film tourné en noir et blanc (ce qui le rend probablement encore plus beau), caractérisé par l'esthétisme et des dialogues soignés, et faisant partie, assurément, des incontournables du patrimoine cinématographique.
Dans une mise en scène très fluide, en particulier lors des passages aux analepses, se dessine une image contrastée du Japon d'après-guerre, notamment à travers les trajectoires inversées de deux frères, l'un tentant de reconstruire son passé, l'autre voulant effacer les stigmates des traumatismes nationaux, l'un peinant à accepter les transformations, l'autre aspirant à plus de légèreté d'esprit, l'un enserré dans des dogmes désuets, l'autre à l'esprit ouvert avec (plus de) bienveillance - et dont les oppositions se retrouvent dans leur objet d'amour respectif. De fait, l'intrigue souligne la condition difficile de celles qui ont fauté avec l'ennemi, se retrouvant désormais méprisées, dédaignées, délaissées (quoi que certaines semblent profiter de la situation, évitant un manichéisme simpliste). Questionnant la possibilité du pardon, de la deuxième chance, de la prévalence des sentiments sur la désillusion, les aspirations personnelles, les obstacles internes ou externes, ce mélodrame ne parvient cependant pas à infuser la justesse ni l'émotion nécessaires dans ses scènes les plus intenses, touchant davantage par la lecture de ces lettres à double destinataire. Pertinent mais manquant de passion!
Après avoir été une actrice de grande renommée, Kinuyo Tanaka se lance dans la réalisation. Sorti en 1953, son premier long-métrage constitue un mélodrame regorgeant de thèmes. Sur la base d’une histoire d’amour d’enfance inaboutie, la cinéaste propose une analyse de la société japonaise de l’après-guerre et de ses comportements contrastés. Entre tradition et modernisme (l’opposition entre les deux frères), séquelles issues de l’occupation américaine, précarité économique, conditions des femmes, etc. les sujets sont nombreux. Cette densité finit néanmoins par se diluer dans une charge émotionnelle trop appuyée. Bref, un drame respectable sur l’amour rendu impossible en raison du carcan des conventions.
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