La qualité du film tient dans son climat d'inquiétante étrangeté, dans sa façon de distiller un malaise et une angoisse qui sont ressentis bizarrement par le personnage principal, Yella. Personnage déphasé, hanté par des visions menaçantes ou des bruits insolites, troublé par une mauvaise conscience et sujet à des moments d'absence ou de curieuse prescience. Le malaise et l'angoisse ont ici des origines diffuses. Il y a d'abord le harcèlement du mari, son impulsivité désespérée, une forme de nervosité explosive que l'on trouve également chez l'homme d'affaires. Il y a par ailleurs quelque chose qui a trait à la peur de l'avenir, à la nécessité urgente de trouver un travail ou une source de revenu, dans un contexte peu engageant. Ce contexte participe de l'inquiétante étrangeté du film, avec ses paysages industriels atones, ses entreprises aux façades de verre, ses hôtels impersonnels, où se croisent dirigeants, huissiers, escrocs... Le réalisateur allemand Christian Petzold réussit à faire sourdre une dimension fantastique vaguement cauchemardesque dans un univers réaliste contemporain, dans le monde du travail et de l'entreprise, froid, déshumanisé, où règne une insécurité permanente. Sociologiquement intéressant par ce qu'il dit de notre époque et de ses angoisses, stylistiquement cohérent (notamment par son rythme un peu flottant, qui colle bien à l'intrigue) à défaut d'être très original, le film est cependant moins abouti dans sa structure narrative. La pirouette finale n'est pas totalement convaincante pour justifier les développements précédents (qui auraient pu se suffire à eux-mêmes). Ce gadget narratif, pas très bien introduit, laisse malheureusement sur une note plutôt maladroite et artificielle.
On regrettera l'intrigue qui tombe à l'eau vers la moitié du film, où l'on se demande vers quoi le cinéaste nous amène: de quel genre de film on est en présence, s'il basculera, etc. Comme d'un point de vue cinématographique l'entreprise est réussie, cet étrange mélange s'avère très intéressant, jusqu'à un point donc, le conventionnel reprenant sa place. Comme un parcours fort intéressant pour touriste, avec son monument de fin, sauf que le guide nous aurait fait faux bon... pour notre grand plaisir.
Passé l’effet de surprise, que l’on devine trop vite, le film de Christian Petzold devient aussi ennuyeux qu’une réunion de bureau. (…) Nina Hoss extraordinaire.
Christian Petzold est l'archétype de ce nouveau cinema réaliste allemand (que l'on qualifie parfois d'école de Berlin). Ce film en est un parfait exemple, porté par son actrice fétiche (Nina Rsso) qui trancende l'écran.. Chapeau !!
Une etoile pour le jeu excellent de Nina Hoss, mais dont le personnage, pris dans la spirale du film d'auteur, est finalement peu attachant. Tout comme le film, qui suscite l'intérêt au début, mais dont la fin -prétentieuse mais suggérée au marqueur gras dès la moitié- révèle l'inutilité!