Vient de sortir un inédit d'Ozu, son premier film parlant tourné en 1936 qui déjà porte en germe le thème de tous ses films ultérieurs. Le maître japonais n'a cessé de filmer à ras de tatami les mêmes histoires : des histoires de familles ordinaires dont les parents nourrissent des ambitions souvent déçues pour leurs enfants. Ces vies simples sont tissées de désillusions. Mais elles ne sont jamais amères. La mère du "Fils unique" découvre que son enfant, parti travailler à Tokyo, vit chichement. mais plutôt que de s'en indigner, elle s'y résigne mélancoliquement. "On ne fait pas toujours ce que l'on veut dans la vie" soupire-t-elle. Morale de cloportes résignés ? Ou au contraire philosophie de l'acceptation pure ? Les vies ratées comme les vies réussies ne seraient-elles que celles que l'on accepte de qualifier ainsi ?
Mélodrame avec des effets inhabituels pour Ozu (les gens pleurent, et même sanglotent!!), mais filmé comme il nous en a donné l'habitude. Images par moments sublimes, c'est un très bon cru... A noter, détail qui mériterait quelques explications, que la mère et son fils vont voir au cinéma un film parlant qui se trouve être non pas un film américain mais une fade romance allemande sans sous-titres, alors qu'il m'a semblé voir dans la maison du fils une photo de J. Crawford? Enfin, étrange plan final sur une grande double porte extérieure, fermée...
Ayant vu plusieurs film de Ozu récemment, celui-ci ne m'a pas passionné. En le replaçant dans l'histoire du cinéma (1936) on en perçoit cependant l'immense modernité.
Un très beau film auxquelles les années ne font que conférer un certain charme (dire que ce film a dans les 80 ans !). Beaucoup de sensibilité, de délicatesse et de profondeur dans ce film très réaliste où dureté de la vie et noblesse des sentiments font bon ménage, sublimé par une mise en scène magistrale.