Après plusieurs adaptations lui ayant permis de débuter sa carrière, Zack Snyder eut enfin la chance de se lancer dans un premier projet personnel en 2011. Pourtant, malgré une proposition de base vraiment alléchante sur le papier, il est peu de dire que cette dernière a fait débat au moment de sa sortie ! Presque considéré comme un nanar par une certaine partie du public, "Sucker Punch" n'a clairement pas reçu l'accueil attendu. Mais en ce qui me concerne, aimant beaucoup le style de ce réalisateur, je peux vous affirmer que j'ai apprécié mon visionnage. Au contraire des critiques de l'époque, je lui trouve une énergie absolument folle, qui vient sans mal témoigner de la vision créative de cet auteur. Ici, l'idée est de nous plonger dans un récit aux multiples temporalités. Si la grande histoire est celle de Babydoll, enfermée au sein d'un hôpital psychiatrique, l'imaginaire de cette jeune fille, servant à fuir cette réalité sordide, sera bel et bien le cœur du récit. Et honnêtement, comme première base de l'intrigue, on ne peut qu'être intrigué par la proposition. Ne nous aidant pas forcément à bien nous repérer au travers des temporalités au début du film, ce dernier arrive cependant très bien à nous faire comprendre son intention au fur et à mesure de son évolution. Son objectif est de proposer un message sur l'oppression des hommes envers les femmes, et je dois dire que le résultat est assez cohérent en ce sens. Déjà en matière d'interprétation, avec un Oscar Isaac vraiment excellent dans son rôle de grand chef pervers, mais également au niveau de la thématique abordée. Si beaucoup de gens se sont plaints de celle-ci, affirmant que le long-métrage était très dégradant envers les femmes, je suis loin de partager cet avis. En effet, l'ensemble des protagonistes sera habillé de manière très sexy et rapidement défini au travers de caractères très clichés, on ne peut pas le cacher. Mais justement, c'est là qu'est toute l'idée du film. Étant enfermées dans ce contexte très dénigrant, ces jeunes femmes vont utiliser les mêmes moyens qui les oppressent pour s'échapper de leur condition, un peu comme on peut l'entendre au travers de certains messages féministes dans la vraie vie. Le but n'est donc jamais de nous rincer l'œil face à elles, mais bien de contempler à quel point leurs armes sont les mêmes que celles censées les rendre contrôlables. Cela étant dit, il est évidemment intéressant de voir comment ce propos s'illustre, et celui-ci tient au travers d'une nouvelle temporalité rajoutée à l'imaginaire de la jeune fille. Dans les faits, cela se matérialise au moyen des danses de Babydoll, chacune nous proposant un contexte différent. Que ce soit une aventure d'heroic fantasy, une plongée au sein de la Seconde Guerre mondiale ou une mission suicide dans un train, chaque histoire sera symbolique. Effectivement, on peut se demander à quoi cela sert, mais je pense que la question n'est même pas à poser. Dans la thématique, elles sont de nouvelles étapes de la libération, une sorte de prolongement de l'imaginaire de notre héroïne. Mais si on doit être honnête, elles sont surtout des moyens de s'amuser avec différentes imageries, et il faut dire que le résultat est bluffant. Pour le coup, je pourrais comprendre que cette idée laisse des gens sur le côté, car nous sommes totalement face au style de Zack Snyder. Les séquences d'action sont ainsi portées par des effets numériques à outrance, dans l'unique but de pouvoir totalement exprimer les envies folles de ce dernier. Mais personnellement, cela ne m'a jamais dérangé. Déjà, car elles sont extrêmement jouissives, au moyen de ralentis bien pensés, de chorégraphies réfléchies et de musiques pop parfaitement intégrées à celles-ci. Le rythme est alors vraiment millimétré dans ces scènes, ce qui permet de totalement profiter du délire. Et enfin, car elles s'intègrent très bien à l'idée originale. Comme nous sommes dans un imaginaire, le fait de ne pas être face à des décors physiques ne me dérange pas et j'ai bien ressenti l'aspect hors du réel au travers de cette imagerie numérique. Surtout que, en plus de cela, la photographie permet aux effets spéciaux d'avoir une âme bien plus prononcée que beaucoup de productions utilisant cette même approche. Et si certains fonds verts sont quand même un peu visibles, c'est loin d'être aussi dérangeant que chez d'autres. Au global, le film est donc extrêmement riche en actions variées, très inventif dans son concept et porteur d'un message progressiste intéressant. Tout n'est pas clairement parfait au milieu de cet univers où Zack Snyder a parfois abusé de certains de ses gimmicks, comme la séquence d'introduction qui peut nous laisser en dehors avec ces ralentis à outrance et cette musique qui semble déconnectée du ton que dégage l'image, mais le film reste tout de même très appréciable. Cela fait plaisir de voir une proposition autant marquée par la patte de son auteur, ce qui se fait de plus en plus rare dans une industrie populaire parfois trop conservatrice dans ses approches. Pour conclure, un réel petit ovni.