J’ai mis quelques mois avant de voir "Le Loup de Wall Street", devenu, entre temps, un des plus gros succès du maître Martin Scorsese. Et je dois admettre que, après avoir entendu par à peu près tout le monde, que le film était un chef d’œuvre, j’ai été un peu déçu. Pourtant, la première moitié est une formidable réussite au cours de laquelle on suit l’ascension fulgurante du jeune Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio, transcendé… et encore privé de l’Oscar). Son apprentissage auprès d’un trader atypique (Matthew McConaughey, aussi excellent que méconnaissable), son incontestable talent de vendeur et ses succès le rendent immédiatement sympathique auprès du spectateur. On pense, évidemment beaucoup au génial "Wall Street" d’Oliver Stone et on pardonne tout à l’histoire, des excès de langage si chères à Scorsese (le nombre de "fuck" est à nouveau explosé) à l’outrance des interprétations qui s’aggravent de scènes en scènes… ce qui n’est pas choquant puisque cette évolution va de paire avec celles des personnages qui repoussent sans cesse les limites et se permettent tous les excès
(les partouzes en avions, les lancers de nains, les séances de baise au bureau, la coke sniffé à même le cul d’une pute…)
. Touts ces excès, tant visuels que verbaux (on ne compte plus les grossièretés et les femmes à poil), qui ont parfois été dénoncés par les critiques, m’ont paru franchement pertinents au vu du propos et permettent de ne pas tomber dans le piège de la représentation consensuelle censée ne pas effrayer la ménagère de moins de 50 ans. Cette première partie est, également, l’occasion d’une belle dénonciation des dérives d’une époque et de quelques beaux numéros d’acteurs puisque, outre le DiCaprio show, on retrouve un Jonah Hill invraisemblable avec ses dents suspectes, un Margot Robbie monstrueusement hot (ça faisait longtemps qu’on avait pas eu un tel choc visuel) ainsi qu’un Rob Reiner amusant en père nerveux. Malheureusement, le film a tendance à perdre beaucoup d’intérêt dans sa seconde partie. La faute en incombe à une intrigue qui peine à se renouveler, à un rythme moins soutenu
(la scène avec la drogue qui ralentit les mouvements est très longue)
et, surtout, à un manque de surprise évident. Certes, on imagine bien qu’une telle histoire
ne peut que finir mal
(surtout si on connaît l’histoire de Jordan Belfort) mais il m’a semblé qu’à trop vouloir se concentrer sur la critique du système boursier et ses conséquences, Scorsese a un peu oublié de raconter l'histoire personnelle de son héros ou, à tout le moins, d’adopter un point de vue sur cette histoire. Et c’est bien dommage car cette seconde partie voit arriver de nouveaux personnages passionnants tels que l’agent du FBI campé par le sous-estimé Kyle Chandler (la scène de tentative de corruption est une merveille) et le banquier suisse joué par un Jean Dujardin formidable (et très drôle). Peut-être aurait-il fallu amputer le film d’une bonne demi-heure (la durée étant, il est vrai, un autre problème récurrent des films du maître). "Le Loup de Wall Street" est, donc, un bon film…mais pas la merveille que j’attendais.