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Arnaud R
99 abonnés
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4,5
Publiée le 25 janvier 2021
Un film très fort et important sur les ravages de l'illégalisation de l'avortement et l'oppression de la femme qui en découle. La mise en scène installe une tension permanente et une descente aux enfers terrible. C'est très juste malgré un rythme relativement lent mais qui tient en tension.
Un film fort, âpre, lourd. Voici les trois adjectifs qui me viennent à l'esprit après visionnage de "4 mois, 3 semaines, 2 jours". Le thème, portant sur l'avortement clandestin sous la Roumanie communiste, est traité avec intelligence, porté par l'époustoufflante interprétation d'acteurs à la hauteur de l'enjeu. La mise en scène est plus qu'épurée, soulignant cette performance d'acteurs, et permettant de ne s'en tenir qu'au thème. Difficile d'en sortir indemne.
Voilà un film qui ne s'embarrasse pas d'artifice et qui va droit au but. L'écriture est précise et simple. Elle va à l'essentiel. La technique est minimaliste pour laisser juste la place à l'histoire. La reconstitution de l'ère Ceausescu est parfaite même si elle est discrète, les décors, les costumes, la photo sont sobres. L'absence de musique, que l'on remarque au début, accentue encore plus ce sentiment d'épure et contribue aussi fortement à l'ambiance déjà bien lourde de par le propos. Mais tout, cela ne serait rien sans la mise en scène implacable de Cristian Mungiu. Caméra à l'épaule, il suit Otilia comme son ombre pour nous faire vivre les quelques heures hors du temps où elle va tout faire pour aider son amie. L'espace de deux heures nous sommes Otilia : il arrive à nous faire ressentir ses peurs, ses angoisses, ses pensées aussi bien que les nôtres. Voilà une formidable performance que de mettre le spectateur dans la peau du personnage aussi profondément. Rapidement l'avortement lui-même devient presque anecdotique et l'on s'intéresse plus au cheminement et au devenir de l'amie aidante qu'à la jeune fille enceinte. Pour cela la jeune actrice roumaine est d'un naturel confondant. Elle est formidable et porte tout le film sur ses épaules. Rarement un actrice aura fait passer un sentiment de détresse contenu aussi bien. Le prix d'interprétation féminine n'était sans doute pas loin à Cannes. Elle occulte du même coup les autres acteurs tant son interprétation est inspirée et réaliste. Une grande actrice est née et gageons qu'on la retrouvera très vite dans d'autres grands rôles. D'une histoire simple, un fait divers banal mais ô combien dangereux dans une Roumanie en attente de liberté, le cinéaste a su crée un film sombre, poignant, dur ou la détresse des personnages est palpable à chaque plan. Trois grandes scènes résument parfaitement ce sentiment : la négociation dans la chambre d'hôtel, où le dialogue est très dur à vivre alors que la scène suivante est censée l'être bien plus, le dîner d'anniversaire où sans prononcer aucun mot Anamaria Marinca nous fait passer une foule de sentiments et d'émotions incroyables (une grande performance) et l'image finale entre les deux jeunes filles, où rien n'est prononcé mais où tout est dit. Pour une fois voilà une palme d'or amplement méritée. Une mise en scène et un scénario sobres, intelligents, sans esbroufe associée à une interprétation de haute volée. Puissant et inoubliable.
Pour son second long-métrage, Cristian Mungiu nous fait revivre le communisme des années 80, en pleine Roumanie, celle de Ceaucescu. Le film démarre dans la chambre de deux étudiantes, elle termine leur conversation. On ne sait pas de quoi il s’agit (sauf après lecture du synopsis). Dès le début du film, on est happé par leur discutions, leurs occupations et leurs préoccupations. On se demande ce qu’elles peuvent bien préparer. Le réalisateur laisse volontairement planer le mystère, tant le thème principal est tellement inacceptable (pour l’époque !). La camera s’évade, suit l’une des deux filles rencontrée un peu plutôt. On découvre une Roumanie vieillie, usée, sale, glauque et où la liberté est quasi interdite. Plus tard, on les retrouve dans un hôtel accompagnée d’un médecin. Que mijotent-elles ? L’une d’elle est là pour se faire avorter. Un acte répréhensible d’une lourde peine de prison. Pourtant, elles braveront les interdits et les dangers qui les guettent, afin de parvenir à leurs fins. Cristian Mungiu signe ici une œuvre qui vous glace le sang, il retranscrit à merveille une époque où la notion de liberté n’existe pas. A l’aide de longs plans séquences, d’un scénario brillant et des actrices vibrantes, il nous prouve une seule chose, que le cinéma Roumain est bel et bien entrain de renaître de ces cendres (après quelques années noires), et remporte haut la main la Palme d’Or de ce 60ème Festival de Cannes !
Primé à Cannes en 2007, "4 mois, 3 semaines, 2 jours" est un véritable film coup de poing qui, loin d'être purement moralisateur en abordant un sujet difficile tel que l'avortement, nous prend littéralement à la gorge à la fois avec sobriété et avec force. Le sujet difficile et pour le moins controversé choisi par Cristian Mungiu est doublé par des scènes difficiles et violentes qui ne font que renforcer l'extraordinaire authenticité de ce film. La caméra du cinéaste roumain capte tout dans les moindres détails, nous filme également un contexte social difficile (régime communiste) avec ses conditions de vie grâce à une reconstitution remarquable en tout point. Que dire également du jeu des actrices, en particulier d'Anamaria Marinca, éblouissante. Tout, vraiment, est réuni ici pour faire de ce film un chef d’œuvre : avec ses longs plans séquences, son duo d'actrices, ses situations tantôt oppressantes et tantôt absurdes (la scène théâtrale presque burlesque du repas de famille), ce drame, finalement assez banal, tire son épingle du jeu et décroche ici une Palme d'Or amplement méritée et applaudie !
L'histoire : une jeune fille enceinte de presque 5 mois qui veut avorter et qui va se faire aider par son amie et colocataire dans cette entreprise largement illégale. Le contexte : une Roumanie grise, déprimante et cruelle.
Oui, dit comme ça c'est un peu lourd. Et c'est clair que ce film nous touche et nous emmène dans un univers assez noir. Mais ce n'est jamais glauque. Tout d'abord parce que les deux personnages principaux féminins ont, malgré leur détresse, l'espoir et la spontanéité de la jeunesse. La solidarité et l'amitié qui unient ces deux jeunes femmes sont un bol d'air frais. C'est une touche de couleur dans cet univers si gris. La lenteur des scènes ne m'a pas ennuyée une seconde. C'est un film qui s'attache aux détails. Qui suit ces deux jeunes femmes heure par heure. Le but n'est pas de créer du suspens ... la fin on la connait déjà. Et elle est -presque-anecdotique.
Cristian Mungiu a eu la grande intelligence de ne pas faire un drame plombant sur la Roumanie de Ceausescu. Evidemment, il y a bien quelques allusions politiques, et elles n'élèvent pas le niveau du film dans le sens où elles ne sont presque retranscrites que par des mots et jamais par des images. Je préfère voir "4 mois, 3 semaines, 2 jours" comme un excellent suspense, être dans l'attente de la réussite ou non de l'avortement, et des conséquences qui peuvent être terribles. La longue partie centrale dans la chambre d'hôtel est d'ailleurs le point fort du film, avec ces très longs plans fixes qui font naître une tension oppressante. Il faut aussi noter l'utilisation très fine du hors-champ, avec la scène du repas de famille. Mungiu accentue le suspense et l'état de stress général en prenant exclusivement le point de vue de son personnage principal, interprété par Anamaria Marinca, à la beauté glaciale et saisissante d'effroi. Un film qui ne méritait pas forcément la Palme d'or, mais qui sait faire oublier ses quelques maladresses par une mise en scène singulière et assurée.
Expliquez-moi l'interet de poser sa caméra, et de traiter le temps de cette façon si c'est pour décrire un envirnnement froid et hostile, jamais beau graphiquement? Expliquez moi pourquoi filmer un foetus en gros plan pdt 1 ou 2 minutes? J'comprends tout à fait l'interet d'un "Los Bastardos" dans son traitement "temps réel" du temps qui appuie viscélarelement l'impact sur le spectateur de la cruauté du dénouement. Mais là, je ne vois pas, si ce n'est pour se faire acclamer pour un film d'auteur qui veut volontairement ennuyer son spectateur.
Palme d'Or méritée pour ce film bulgare qui évoque la galère de 2 femmes dans un pays où l'avortement est illégal. C'est surtout le personnagede la copine non enceinte que l'on suit avec intérêt. Aussi prenant qu'un thriller, il y a un vrai suspense dans ce film et on suit le parcours initiatique de cette jeune femme avec grand intérêt.
Face à une concurrence de haute volée, c'est 4 mois, 3 semaines, 2 jours qui récolte la palme à Cannes en 2007. Mais qu'est-ce que c'est que ce film d'un réalisateur inconnu - roumain en plus - qui a éclipsé Fincher, Tarantino, Honoré et autres Van Sant ? Après avoir vu le long-métrage de Cristian Mungiu, on ne se pose plus la question. Il fallait un cinéaste débutant pour mettre en scène un avortement illégal avec une telle sobriété, une telle pudeur. Et il fallait un cinéaste débutant pour une telle insolence dans le traitement du scénario, allant jusqu'à reprendre les clichés du cinéma d'horreur pour déjouer les attentes du spectateur. Mungiu filme comme s'il filmait un thriller, pourtant il n'y a pas de musique, et même pas de rebondissements au scénario. Il y a la menace impalpable de la dictature (jamais évoquée dans les dialogues) que le film arrive à capter avec une grande justesse. Mungiu laisse traîner ses plans-séquences pour en admirer la beauté, servi par une photographie réellement sublime. Un bien beau film que 4 mois, 3 semaines, 2 jours ; une bien belle palme.
Le film est bien. Il est comme la plupart de ceux qui décrochent la Palme, il vaut 7/10, comme La vie d'Adèle par exemple. Il a beaucoup de qualités mais on ne s'arrêtera que sur deux défauts. Primo on ne comprend pas pourquoi ne pas poser la caméra sur un pied immobile quand on fait un plan fixe. Je n'aime pas les plans fixes, mais qu'au moins quand il y a un plan fixe, que l'image ne tremblotte pas du fait que la caméra est portée. Ce choix de faire des plans fixes longs, et parfois intéressants, avec une caméra qui n'est pas stabilisée ne se défend pas. Ensuite, secundo, le film est coupé en deux films, le premier qui se termine au milieu du film est très bien, ça pourrait s'arrêter là. La seconde partie du film n'est pas mal sans être à la hauteur de la première. La cause en est le scénario qui ne va pas, on s'ennuie dans la deuxième partie du film.