La tour Winch aux contours phalliques, affublées de deux bâtiments carrés de chaque côté symbolise la virilité pleinement assumée du «Largo Winch» (France, 2008) de Jérôme Salle. Cette allusion architecturale faite au pénis, et qui est loin d'être une vue de mon imagination, correspond au sexisme désuet qui fonde l'oeuvre. Adapté d'une bande-dessinée de Francq et Van Hamme, «Largo Winch» raconte l'histoire d'un jeune homme, au comportement frivole et à la force entreprenante, qui hérite de son père adoptif, homme parmi les plus riches du monde. Cette hérédité n'est pas le fruit d'un lien du sang. En reprenant l'idée de Francq et Van Hamme selon laquelle Largo Winch n'est l'héritier de son père que par l'argent et non pas par descendance, Salle adhère au capitalisme clinquant de la bande-dessinée originelle, en l'étayant d'effets de montage et d'une réalisation fastueuse. Directement dirigé auprès d'un public d'adolescents assoiffés de sensation (oubliant au passage que les sensations fortes sont parfois l'oeuvre du temps et de l'intimité et non de la superficielle luxuriance), «Largo Winch» préfère à la force des sentiments, à la vigueur du cinéma l'étalage ostensible d'un récit international qui trouve comme moteur la soif du Capital. Enfant abandonné, éduqué par une famille populaire, Largo Winch préfère le «petit peuple» aux grands pontes de la manne capitaliste. Or, in fine, c'est l'intérêt de ses capitaux qu'il sauve plutôt que la famille de son enfance. Il le regrettera, brièvement. Bien que le scénario, à l'instar du précédent film de Salle, «Anthony Zimmer», soit construit sur des retournements de situation qui dynamisent le récit, la croyance en filigrane portée auprès de l'ultra-libéralisme mondialisé présente cet avatar de James Bond comme la vulgaire caricature du nouveau super-héros, calqué sur le modèle Sarkozy, celui qui, au-delà de la veuve et de l'orphelin, préfère lutter pour le bien des actionnaires.