Giallo coécrit et réalisé par Mario Bava, La Baie Sanglante est un bon film, même s'il souffre de certaines tares. L'histoire nous fait suivre une vieille comtesse paralytique, propriétaire d'un magnifique domaine convoité par tous, refusant de le vendre afin de ne pas le voir transformé en station balnéaire. C'est alors que Ventura, un architecte sans scrupule, met au point une machination criminelle pour s'emparer du site. Ce scénario s'avère prenant à visionner tout du long de sa durée d'une heure et vingt minutes, en dépit de ses carences. L'intrigue nous plonge dès les premiers instants au cœur du conflit puis, au fil des minutes, nous pousse à nous questionner sur l'identité du ou des coupables. Ce récit à suspense nous fait donc suivre treize protagonistes qui vont s'entretuer pour la possession de la baie, créant une réaction en chaîne de meurtres cupides. Plus le temps passe et plus les corps s'empilent à la faveur de scènes d'exécution de bonne facture, tranchantes, faisant gicler l'hémoglobine. Hélas, tout cela est narré de façon assez brouillonne. On suit différents groupes, passant de l'un à l'autre sans vraiment de liant, de façon un peu confuse. Malgré tout, l'ambiance inquiétante fonctionne très bien. L'ensemble est porté par des personnages suffisamment développés malgré leur nombre important. Des rôles interprétés par une distribution convaincante comprenant entre autres Claudine Auger, Luigi Pistilli, Anna Maria Rosati, Claudio Volonté, Chris Avram, Leopoldo Trieste, Laura Betti, Brigitte Skay ou encore Isa Miranda. Tous ces individus aux motivations égoïstes entretiennent des rapports mortels. Des échanges soutenus par des dialogues corrects. Sur la forme, la réalisation du cinéaste italien s'avère qualitative, bien qu'elle comporte des défauts. Sa mise en scène en fait presque trop. Si ses lents mouvements de caméra et ses zooms et dézooms sont appréciables et donnent un véritable cachet, ils sont tellement surutilisés que ça finit par être redondant. Ils sont entrecoupés par des passages en vue à la première personne immersifs. Elle est en tout cas travaillée mais mal maîtrisée, permettant tout de même de nous gratifier de quelques plans marquants. Elle évolue au sein d'environnements variés et les trucages et effets spéciaux sont pour leur part rendus crédibles à la faveur de l'ingéniosité du cinéaste spécialisé dans ce domaine. Dommage que le montage soit lui si peu compréhensif. Ce visuel soigné est accompagné par une bonne bande originale, dont les compositions menaçantes collent bien à l'action et aux images, sans pour autant être impactantes. Elles laissent souvent place au silence et aux bruits environnants, ce qui crée une atmosphère presque encore plus lourde. Reste une fin inattendue, clairement choquante et mémorable, venant mettre un terme à La Baie Sanglante qui, en conclusion, est un long-métrage méritant le coup d'œil.