Après 58 minutes pour vivre qui reprenait le principe de Piège de cristal adapté à un aéroport, un troisième Die hard pouvait sembler risqué si le scénario reprenait une fois encore le même type de scénario. Heureusement, John McTiernan, de retour à la réalisation, a l’intelligence de renouveler totalement la série en partant dans une nouvelle direction qui justifie de façon efficace le retour d’un John McClane désormais en instance de divorce, suspendu de la Police et proche de l’alcoolisme. Cela est dû à un scénario intelligent qui possède une 1ère heure très originale adaptant le principe de "Jacques a dit" (ou, pour les anglophones, "Simon says", qui était d’ailleurs le titre de la première version de l’histoire qui, une fois encore, n’avait rien à voir avec John McClane au départ). Il faut d’ailleurs peu de temps pour comprendre que le film possédera un rythme frénétique
car, alors qu’on s’attend à une introduction classique (comme celles des deux premiers volets), une explosion au bout de quelques plans vient surprendre le spectateur
. Ce début mémorable indique ainsi que l'exposition à laquelle nous pensions assister est en fait une plongée directe dans une action et une tension qui seront quasiment constantes.
Ce script est ainsi servi par la réalisation tout à fait brillante de McTiernan. En effet, pour l’époque, celle-ci est assez neuve pour le cinéma d’action puisque sa caméra est portée sur quasiment tous les plans. Mais, à l’inverse de beaucoup de productions actuelles, Une journée en enfer bénéficie du sens de l’espace d’un John McTiernan qui sait rendre son action lisible tout en offrant des plans constamment mobiles. Le tout est mené avec un tel brio qu’il permet de faire oublier les rares détails pouvant échapper au spectateur à la première vision
comme la façon dont McClane réussit à se libérer avec Zeus quand ils sont attachés l’un à l’autre ou celle où il comprend où se trouve Simon lorsque ce dernier cherche à s’enfuir (séquences qui sont tout à fait compréhensibles quand on les regarde au ralenti)
. Il est impossible ainsi de s’ennuyer une seule seconde tant le rythme et le suspense sont constants.
Cette action incessante n’empêche pas pour autant de s’attacher aux personnages que sont un John McClane au bout du rouleau dès les premières minutes et son nouveau comparse, Zeus Carver
, un commerçant noir plutôt raciste qui se prend progressivement d’affection pour notre héros blanc qu’il rencontre pourtant dans des conditions très particulières (et qui prouvent que son racisme n’est pas viscéral mais due à l’exclusion par la société américaine des personnes de couleur)
. Ces deux personnes permettent ainsi d’assister à de savoureux dialogues souvent teintés d’humour.
Certains possèdent d’ailleurs un retentissement différents vu de nos jours comme celui où une femme noire dit "C’est ça ! Et moi, j’vais épouser Donald Trump !", celui où un homme dit "Vous étiez sûrement au World Trade Center, ça nous rappelle de mauvais souvenirs !" ou encore celui où McClane prédit qu’Hillary Clinton sera Présidente des Etats-Unis.
En ce qui concerne les dialogues, il faut noter que comme pour 58 minutes pour vivre, la version française traduit une fois encore étrangement l’iconique "Yippee ka yay, mo...er" qui devient ici "Bon voyage, espèce d’en...ré".
On peut noter également une utilisation intelligente de la musique de Michael Kamen mais également de morceaux préexistants comme Summer in the city chanté par The Lovin’ Spoonful dans la première séquence.
Enfin, à toutes ces qualités, il faut ajouter la qualité du casting puisque Bruce Willis est cette fois associé aux deux immenses acteurs que Samuel L. Jackson (dont la popularité venait d’exploser avec Pulp fiction) et Jeremy Irons dans le rôle de l’antagoniste.
Ainsi, Une journée en enfer est, à raison, souvent considéré comme étant le meilleur volet de la saga Die hard en concurrence avec Piège de cristal (avec qui il possède un lien direct et qu’il vaut mieux avoir vu avant). On peut même estimer qu’il est tout simplement à classer parmi les plus grands films d’action de tous les temps.