Je dois reconnaître que dès les premières images, Megalopolis m’a happé par son ambition visuelle. Les scènes baroques, les fondus kaléidoscopiques, les statues qui s’animent et ces transitions poétiques rappellent un artiste en roue libre. Pourtant, très vite, j’ai été décontenancé par le récit, qui enchaîne les idées sans cohérence (entre références romaines, pouvoirs surnaturels et discours politiques), j’ai parfois eu l’impression d’assister à une collection de vignettes plutôt qu’un film fluide.
Adam Driver, dans le rôle de César, se donne à fond : on sent l’intensité de son personnage, cet architecte visionnaire capable d’arrêter le temps. Autour de lui, Giancarlo Esposito, Nathalie Emmanuel, Aubrey Plaza et Shia LaBeouf offrent des performances parfois flamboyantes (parfois même trop : LaBeouf, en particulier, marche sur le fil du grotesque, oscillant entre hypnotisant et caricatural). Mais le manque de direction claire et une narration bancale font que tout ce talent finit par se disperser.
Je respecte vraiment l’ambition politique de Coppola : dénoncer l’immobilisme des élites et la décadence des civilisations en miroir entre Rome antique et Amérique contemporaine. Néanmoins, j’ai parfois eu le sentiment que ces idées étaient effleurées, jamais approfondies : les manifestations, la pauvreté, la corruption restent en périphérie, comme de lointaines touches de couleur. Au final, le discours paraît plus superficiel que manifeste, et on termine le film en se demandant ce qu’on a vraiment retenu.
Avec ma note de 3/5, je reconnais que Megalopolis est un film clivant : ni totalement raté, ni pleinement réussi. C’est un objet cinématographique audacieux, un projet personnel d’un cinéaste mythique (un peu bancal, parfois kitsch, mais qui ne laisse pas indifférent). Je salue cette folie douce (ce mélange d’expérimentation et de grandeur) même si j’en suis sorti un peu essoufflé.
En résumé, Megalopolis, c’est un chef-d’œuvre glandé : une œuvre baroque et démesurée, nourrie d’idées brillantes, parfois gâchées par son propre excès. À voir pour sa folie, à oublier pour le manque de rigueur. Une expérience encourageante et frustrante, reflet d’un artiste qui regarde la fin d’un empire tout en criant encore : "et maintenant ?"