Du ‘Justicier dans la ville’, je conserve principalement la mémoire des épisodes postérieurs dans lesquels, toute controverse évacuée, les excès en tous genre transformait le polar sombre et radical qu’était l’épisode fondateur en gros délire Z involontaire. J’ai par exemple le souvenir flou d’une scène où Bronson achevait le Bad Guy au lance-roquettes. C’était con, c’était drôle et c’était généralement ce qui arrivait quand la Cannon rachetait une franchise. Ce qu’il y a de bien aussi avec cette série, c’est qu’elle est idéale à citer pour animer une fin de banquet un peu ennuyeuse : il suffirait de lâcher un désinvolte “Vous savez qu’ils ont refait Un Justicier dans la ville ?� pour que les uns entament une polyphonie de gorges chaudes sur cette démonstration définitive de l’immaturité barbare de la culture américaine, tandis que les autres maugréeront, de manière plus ou moins audible, que vu le nombre de clodos, d’étrangers et de punks à chiens qui volent l’oxygène des honnêtes citoyens qui se lèvent tôt, il faudrait davantage de Charles Bronson dans les rues. C’est indéniablement très marrant mais hors-sujet dans le cas de ce remake, surtout qu’Eli Roth n’a probablement rien à dire sur la justice sauvage, pas plus qu’il n’avait à dire sur le cannibalisme dans ‘Green inferno’. Fan de cinéma de genre, y compris dans ses recoins les moins fréquentables, l’homme s’est démerdé pour proposer un remake à la finalité trouble qui joue avec les codes du vigilante-movie et souffle alternativement le chaud et le froid - l’humour décalé et le premier degré pur et dur - pour déjouer toute éventuelle lecture trop orientée : Il y a Bruce Willis, acteur en perdition qui incarne un justicier maladroit et pas trop habitué au maniement d’armes. Il y a ces pubs pour des armureries, hilarantes parce qu’on devine qu’elle ne sont sans doute pas très éloignées de la réalité, il y a ces mises à mort qui vont toujours un cran trop loin dans le craspec et qui donnent l’impression d’être là uniquement pour rappeler que Roth fut l’homme derrière ‘Hostel’. Il y a ces commentaires implicites sur l’omniprésence de la surveillance, qu’elle soit urbaine ou sur les réseaux sociaux, qui change la donne pour l’apprenti-justicier. Au final, ‘Death wish’ se retrouve affublé d’un côté genresque plutôt divertissant...tout en se retrouvant paradoxalement vidé de toute substance puisque tout l’intérêt des premiers épisodes des années 70 et 80 provenait justement de cette vision ouvertement réactionnaire, voire fascisante, et de leur apologie assumée de la justice personnelle la plus expéditive. Honnêtement, si on ne savait pas qu’on était en face à un reboot d’une franchise célèbre, pas sûr qu’on se soit automatiquement retourné sur ce qui n’est pas beaucoup plus relevé que le Policier du dimanche soir sur TF1...à supposer, bien sûr, que ce dernier comporte des séances de torture et des organes apparents.