Un vide cinématographique enfin comblé en ce qui concerne l'histoire. Parce que depuis le poussiéreux et soporifique "Chute de l'empire romain" on n'a avait pas vu grand chose sur cette période historique. Et quel décor... C'est à vous couper le souffle. On se croirait vraiment dans l'Alexandrie du IVe siècle après JC. J'ai été rarement aussi bluffé par l'usage d'images de synthèse. En ce qui concerne le contenu, Alejandro Amenabar a eu l'heureuse idée de mêler religion, politique et astronomie, ce qui suscite je ne vous le cache pas un certain contentement intellectuel. Enfin, l'émotion n'est pas absente, bien au contraire. La dernière scène est particulièrement réussie. Oui mais voilà, "Agora" divise, essentiellement en raison du portrait peu glorieux des Paléochrétiens qu'il dresse. Il est clair que le réalisateur n'y va pas avec le dos de la cuillère, montrant des scènes de violence étonnantes. Ce qui m'a d'autant plus surpris que j'avais repéré au début du film le soutien du ministère de la culture espagnol, avant de me souvenir que les socialistes étaient alors au pouvoir (donc RAS de ce côté-là). Pour être franc, je ne suis pas spécialiste de la période, ayant juste lu récemment l'excellent bouquin de Paul Veyne sur la naissance du christianisme. La violence de certains groupes de paléochrétiens ne me choque toutefois pas, quand on connaît l'histoire du christianisme (croisades, Inquisition, guerres de religions avec les protestants...). Je suis plus dubitatif sur le sombre portrait du patriarche Cyrille, lui qui eut un rôle essentiel dans la défense du dogme de Marie Theotokos. Mais bon, difficile de faire de l'histoire sans être partisan. Dans l'ensemble, je trouve que l'histoire a été respectée. Attention quand à certains spectateurs qui s'étonnent de l'absence d'arabes dans le film, ou du fait que les barbus [= islamistes dans l'imaginaire actuel] soient présentés comme les méchants, rappelons que les conquêtes arabo-musulmanes sont postérieures de trois siècles aux événements décrits. Idem pour le fait que Hypatie soit exposée comme une philosophe et une astronome, à l'époque il n'existe pas de cloison étanche entre les disciplines comme au CNRS aujourd'hui, l'apport de Platon par exemple n'est pas négligeable en matière d'astronomie. Ce qui me gêne le plus dans "Agora", c'est surtout le manque de rythme qui a pu conduire nombre de spectateurs à l'ennui, d'où mon petit bémol quant à la note. Trop souvent, on se perd à admirer le décor faute d'action. Mais bon, au final mon sentiment est largement positif.