Si le spleen d'une journée morose vous donnais soudain l'envie physiologique de vous esclaffer un bon coup devant votre écran de télévision, de projeter des salves de rires gras tout en tapant du poing sur l'accoudoir de votre canapé, plusieurs possibilités s'offrirait à vous. Koh-Lanta, Secret Story, ou reality-show débiles sur MTV, il n'y a pas à dire, la farce décérébrée est un plat qui se mange sur grand écran et en quantité roborative. Toutefois, chaque produit possède son substitut, rôle que Ninja Assassin remplit avec une complaisance involontaire qui fait froid dans le dos.
Attention, même une fosse à purin ne suffirait pas à contenir l'étron titanesque pondu par James McTeigue. C'est dire à quel point l'auteur du déjà décevant V pour Vendetta a été jusqu'au-boutiste dans l'élaboration de sa réflexion psychanalytique sur Freud et le stade anal.
Un peu comme Antonioni avec L'eclipse, Ninja assassin se penche sur la question du Vide. Là où son homologue italien étudiait le vide dans l'espace spatio-temporel qu'il mettait en relation avec les événements vécus par ses personnages, Ninja Assassin préfère explorer la piste du vide intellectuel tout de même beaucoup plus abordable pour un réalisateur dont les mentors peuvent se targuer de se nommer Alex Proyas et Georges Lucas.
Pas de scénario, juste des flash-back pour donner un semblant de profondeur au héros, mais qui se perdent dans le consensuel d'une violence de pacotille, comme si le génie des productions de la Shaw Brother avait rencontré la puérilité et la patte graphique misérable de Zack Snyder. En parallèle, une enquête menée par une légiste d'Europol sert à nous soumettre le bon vieux baratin d'agents secrets-complot-CIA-FBI et Cie, histoire que le spectateur ne se sente pas trop dépaysé, loin de ses Jason Bourne ou films de Tony Scott. Et puis, le film se donne tout de suite l'air plus intelligent quand il se déroule dans des bureaux, avec des gens en costard qui bossent sur des piles de documents.
Au bout de 3/4 d'heures, notre fliquette à talon haut retrouve le musclor flegmatique et voilà qu'un ballet sur-vitaminé de katanas et d'étoiles ninja, plongé dans la pénombre se déroule sans qu'on y comprenne quoique ce soit. Seules les abusives éclaboussures d'hémoglobine en surimpression viennent coloré cette piteuse pochade à l'aide de son rouge écarlate nauséeux.
Ensuite, vient l'acte 2 de notre rocambolesque chorégraphie. Ninja vs GI, une sorte de prolongement de Rise of Cobra à la puissance 1000 comme si McTeigue désirait poursuivre la réflexion qu'avait laissé en suspend son semblable : Comment un Ninja peut-il dézinguer 50 militaires armés jusqu'aux dents? Voilà une question existentielle que McTeigue traite ici avec le même perfectionnisme qu'un Kubrick.
Finalement, Ninja Assassin se révèle être con, fun et cela malgré lui. On en demandait pas plus.