Directrice de l'association Yara Malawi, Victoria Keelan revient sur l'ampleur de la tâche à accomplir pour venir en aide au Malawi : "Le Malawi est un petit pays qui compte 12 millions d'habitants. C'est le deuxième pays le plus pauvre d'Afrique. L'activité principale du pays est l'agriculture : il n'y a pas de pétrole, pas de diamants, pas de ressources naturelles à exploiter... Ajoutez à cela les années de plomb du président Banda (...) jusqu'à la fin de son mandat, en 1994, tout était censuré. Ces deux facteurs combinés expliquent l'absence d'intérêt de la commuanuté internationale pour le Malawi. D'un côté le pays a été préservé des agressions extérieures mais de l'autre il a été totalement coupé du reste du monde. Le défi est ainsi de taille. La vie économqiue est quasi inexistante ; pas d'emploi, pas d'argent. Le sida ravage la population, l'espérance de vie moyenne se situe aux alentours de 47 ans, il y a plus d'un million d'enfants orphelins." C'est elle qui a alerté Madonna de la gravité de la situation.
Productrice et narratrice de I am because we are, Madonna confie que sa participation à ce film a été "une des expériences les plus gratifiantes de toute [sa] vie." Elle se souvient : "Quand j'ai entendu parler du nombre inimaginable d'orphelins vivants au Malawi et des difficultés auxquelles ils doivent faire face au quotidien, j'ai décidé d'aller sur place pour me rendre compte de la situation et pour agir. Je n'étais pas préparée à ce que j'allais voir et surtout à ce que j'allais apprendre. Sur le Malawi, sur moi-même, sur l'Humanité toute entière. La souffrance là-bas est réellement palpable mais tout comme l'est la joie. Les personnes que j'ai rencontrées tout au long de mon voyage, des chefs de village aux Prix Nobel en passant par les leaders mondiaux, m'ont ouvert les yeux sur une toute nouvelle façon d'appréhender le monde. La plus grande leçon que j'ai retirée de cette expérience incroyable c'est que si vous voulez changer le monde vous devez d'abord changer vous-mêmes." En 2006, la chanteuse avait adopté David Banda, un enfant malawite âgé de 13 mois, une initiative qui avait suscité la controverse, car la procédure d'adoption avait été jugée illégale par certains. La même année, elle a crée la fondation à vocation humanitaire Raising Malawi.
En-dehors de Madonna, une autre personnalité américaine influente clame son admiration pour ce film : le réalisateur Michael Moore, qui juge ce film "personnel et puissant". Il ajoute : "Je n'ai pas pu quitter ces images des yeux. Elles m'ont poussé à reconnaître que le destin de chaque enfant au Malawi est lié au mien. Comment ? Regardez ce film et je suis sûr que vous ne regarderez plus l'Afrique de la même façon."
Le titre du film I am because we are fait référence à l'idée selon laquelle "sans l'autre, je ne suis rien". Cette idée est au coeur de l'ubuntu, une philosophie et un art de vivre très anciens qui ont été popularisés à la fin de l'Apartheid, lors du processus de réconciliation nationale sud-africain, notamment par Mgr Desmond Tutu.
I am because we are est le premier long métrage de Nathan Rissman. Madonna lui a demandé de réaliser ce film car elle le connaît depuis longtemps. Originaire de Seattle, Rissman vit à Londres où il a travaillé pour la star en tant qu'assistant, directeur artistique, archiviste vidéo et... jardinier. Et son épouse a été la nourrice d'un des enfants de la chanteuse...
Nathan Rissman, qui s'est rendu au Malawi plus de dix fois, pendant les deux années de préparation et de tournage du film, explique comment les témoignages ont été rassemblés : "Il y a plus de 300 heures de rushes et nous en avons tiré un film de 1h30. Et il y a des milliers d'enfants au Malawi qui ressemblent à ceux que nous avons rencontrés. Nous ne sommes pas vraiment partis à leur recherche; ce sont eux qui nous ont trouvés. Les habitants du Malawi sont des gens discrets; ils n'aiment pas mettre en avant leurs problèmes personnels. Malgré tout, quelques enfants sont spontanément venus me voir en me disant qu'ils avaient des problèmes, qu'ils avaient besoin d'aide, qu'il fallait que je fasse quelque chose pour eux. Ils se sont ouverts à moi et ont commencé à me raconter leur vie, leurs problèmes, leurs souffrances. Dans le film, vous n'entendez que quelques enfants mais il y en a plus de 400 qui nous ont tout autant bouleversés."
Nathan Rissman reconnait que des problèmes moraux se posent lorsqu'on doit filmer la souffrance humaine. "Non, on ne se sent pas bien lorsqu'on filme un bébé qui vient de mourir, on n'est pas spécialement fier de filmer une femme qui meurt du Sida dans sa case", confie-t-il. "Est-ce que je peux filmer ça? Personne ne peut dire que c'est quelque chose de plaisant à réaliser. Mais ce que j'ai fait explique sans doute que les malawites m'ont fait confiance et ont accepté ma présence: je vivais dans leurs villages, comme eux je dormais par terre; j'ai fini par faire partie de leur communauté. Je ne me suis pas baladé avec ma caméra en demandant où je pouvais trouver les cas de souffrance les plus extrêmes. Je jouais avec les enfants, je riais avec ces familles, je partageais leurs repas, leurs fêtes... Ce n'est qu'après m'être intégré à la vie du village que je mettais la caméra en marche pour témoigner, car les habitants me faisaient alors confiance et me considéraient comme leur ami."
I am because we are a été présenté en 2008 au Festival de Tribeca à New York, au Festival du Film d'environnement de Paris et au Festival de Sarlat. La même année, Madonna est également venue présenter le documentaire à Cannes, même si le film ne faisait pas partie de la Sélection officielle.