Pris de la mise en scène à Cannes. en effet, c'est le moins que l'on puisse dire.Quel magnifique travail sur les couleurs, le cadrage, les regards, le hors champ. C'est toujours derrière la porte, dans un coin du cadre que cela se passe, jamais étalé sous vos yeux (une petite réserve au passage sur le plan inutile à mon goût du cadre recelant une photo de famille un peu trop excplicite) L'émotion est tenue, contenue, et les larmes peinent à couler, alors pourtant que l'eau ruisselle de partout, sous la douche dans les rêves, sous l'orage qui tarde à exploser. Du beau, du grand cinéma que ces trois singes : rien n'est dit, rien n'est montré, rien n'est entendu , mais tout est dit ....
Adultère et palette graphique, vanité et vacuité. Les précédents films du réalisateur intriguaient savamment entre lenteur et cruauté. Ici malgré une science des cadrages, le scénario s'enlise dans l'ennui. Les personnages ne portent rien d'autre qu'un corps poisseux et un mutisme qui veut en dire long mais n'est, finalement, que convention. C'est un vaudeville convenu qui s'autorise des pirouettes faciles (la mère trompe son mari et celui-ci en prison devine tout évidemment, juste parce que son fils est taiseux comme d'habitude ; éclipse dudit fils quand il encombre la petite mécanique du film, on le fera réapparaitre pour un deux ex-machina bien aisé)... Est-ce que sur sa table de montage, le réalisateur devant la vacuité de son film a décidé de ripoliner tout ça à la palette graphique ? Après tout Antonioni avait mené quelques recherches sur la couleur au cinéma (Desert rouge, le mystère Oberwald), après tout Tarkovsky avait nimbé son Sacrifice entre couleur et noir et blanc, alors lui aussi tantôt désature ses plans, ou les tire au contraire vers un sepia jaune proche des mauvais clips. Mais cela embourbe encore davantage son film et ce n'est pas les ralentis et le bruit forcé d'une goutte de sueur qui pourront le sauver.
Bon, disons-le, même si c'est une réflexion que je n'aime pas beaucoup en règle générale, ce film n'est pas pour tous. Disons-le aussi d'emblée: nous avons à faire là avec un très grand metteur en scène. Ce n'est pas nouveau, il l'était déjà dès ses deux premiers films, Kasaba et Nuages de mai. Mais là, on est soufflé par autant de maîtrise de tout ce qui fait une mise en scène, par la fusion d'éléments qui vont du cadre au son en passant par la direction d'acteurs. Pourquoi alors pas pour tous? Tout simplement parce que Ceylan fait partie de ces auteurs "de la modernité", dans le sillage d'un Antonioni mais pas uniquement, qui s'intéressent aux non-dits, aux ellipses, aux trous dans le récit. Ce n'est pas que Ceylan ne s'intéresse qu'à l'anecdotique ou au rien, mais il filme les effets et les entre-deux de situations très dramatiques, pas les situations elles-mêmes. D'où l'impression très étrange de voir un film à la fois très dramatique et passablement dédramatisé, d'être à la fois pris par une tension forte et en même temps d'être tenu à distance. C'est la façon qu'a Ceylan de nous faire rentrer dans les tourments de ses personnages, en les inscrivant dans leur environnement de façon particulièrement belle et signifiante. Bref, si ce film ne peut plaire à qui attend un rythme effréné ou une inscription franche dans le genre (le film noir ou le mélodrame, ici), il est impératif que tous ceux qui pensent qu'un film peut être une oeuvre d'art aboutie aille voir celui-ci. Le sens de l'espace, du cadre, du plan s'allient naturellement avec une réflexion (non assénée, bien sûr) sur la faute, la culpabilité, la lâcheté. Un film impressionnant, qui ne peut laisser indifférent même s'il peut agacer, en particulier ceux qui n'aiment pas qu'un film pose à être une oeuvre d'art. C'est vrai que l'on peut reprocher cela à des cinéastes comme Ceylan, mais l'on peut répondre à cela que ses films ne posent pas à être des oeuvres d'art, elles le sont, pleinement.
Tout le film est conçu comme un hommage à l'Argent de Bresson, tant par le choix du montage que par l'épure des dialogues. Le film n'a peut-être pas la sombre luminosité des "Climats" avec son exceptionnel plan séquence final, mais le scénario, la mise en scène,la direction d'acteurs font de cette histoire une démonstration brillante sur le destin social et la lâcheté dans l'actuelle société de classes européenne finissante. Courez-y vite : ce film ne vous donnera pas le moral.
Film sombre et pessimiste à la mise en scène et au jeu d’acteurs très réussis. L’Istanbul de Ceylan est d’une mélancolie infinie. Ceci étant dit, après avoir vu le très beau Uzak, on ne peut s’empêcher de trouver qu’il s’agit à peu près du même film, avec les mêmes procédés, la même noirceur et la même difficulté pour les individus de vivre. Le même film qui marche cependant moins bien ici, peut-être parce que cette histoire d’effondrement familial va tellement loin dans le pessimisme qu’on y croit moins.
Quelle belle surprise du début d'année !! La beauté des images mérite à elle seule d'être vue, mais il ne faut pas s'arrêter là. Ce film est vraiment profond, prégnant... Le quatuor de personnages, leurs sentiments, leurs déchirures nous laissent admiratifs. La scène des retrouvailles conjugales est du rare intensité malgré sa dureté, ce film est extraordinaire, à ne pas rater sauf si on attend un film d'action.
Scénario de tragédie: faute, sacrifice, tromperie, vengeance à la mode ottomane. Mise en scène, ma foi classique, mais d'une maîtrise technique exceptionnelle justement récompensée: La palme du poil de barbe, de la goutte de sueur du grain de peau et du cheveu en bataille. Des lauriers pour le cadrage, les gros plans, la composition, les ciels déchirés et les vues du Bosphore. Médailles d'or des ombres, de la palette des tons de gris et des contre jours. La qualité de l'image l'emporte haut la main sur l'acsèse de Ceylan. Indispensable aux amateurs de photos comme aux fans de Rembrandt. Je vous le dis: aller le voir. C'est entendu: 3 étoiles aux 3 singes. La quatrième en prime pour les 7 plans de l'image finale.
Uh putain on s'fait chier ! Le mec sait filmer et ça c'est très clair. Créer une ambiance, il a du talent ya pas de doute. Mais c'est leeeent…
Sinon, j'ai adoré les mecs qui ont laissé des critiques sur ce site, c'est la grande paluche intellectuelle, c'est beau comme une épreuve du bac. (La morue et allocynique sortent du lot, c'est plutôt bien écrit). Et puis, arrêtez de dire 'quelle belle vue du Bosphore' parce que c'est pas comme ça le Bosphore, à la limite c'est la Corne d'Or. Pareil, les références à Antonioni, Bergman et consorts, faudrait vraiment jamais aller au cinéma pour ne pas y penser. Bref, j'ai plus réagi après le film que pendant.