Film qui a consacré, par un oscar mérité, la renaissance artistique de Matthew McConaughey (amorcée avec "Killer Joe"), "Dallas Buyer Club" est une excellente surprise qui a su ne pas tomber dans le piège du film d’auteur misérabiliste auquel il semblait promis (l’Amérique profonde, l’homosexualité et le sida, soit trois bonnes raisons de plonger !). La mise en scène de Jean-Marc Vallée est, ainsi, épatante puisqu’il est parvenu à trouver l’équilibre entre le réalisme (indispensable pour crédibiliser son histoire et l’ancrer dans un quotidien immersif) et la romance (indispensable pour rendre le film intéressant, quitte à faire quelques entorses avec la réalité), le tout sans s’interdire quelques touches de légèreté salutaires et un rythme efficace. Le film s’avère, ainsi, grave (de par son propos) mais, également, drôle et, surtout, utile dans son propos puisqu’il pointe un certain nombre de problèmes épineux
(à commencer par les liens troubles entres l’industrie pharmaceutique et la FDA chargé de réguler le marché).
Il permet, surtout, de suivre le parcours (forcément initiatique) de Ron Woodroof, texan dépravé, perclus d’à peu près tous les défauts (alcoolique, drogué, macho, homophobe, inculte, violent…) qui va trouver la rédemption dans la maladie
qui finira par le tuer
. Là encore, cet angle scénaristique avait tout pour plomber le moral du public mais le réalisateur a l’intelligence de traiter cette rédemption à travers le commerce, pour le moins atypique, mis en place par le héros. Comme souvent dans ce genre d’histoire "bigger than life", ce sont les moments les plus invraisemblables qui sont vrais… et il faut dire que le film regorge de moments assez hallucinants, à commencer par les méthodes du héros, plus proches du Frank Abagnale de "Arrête-moi si tu peux" que du Andrew Beckett de "Philadelphia". "Dallas Buyer Club" a, ainsi, l’attrait d’un véritable divertissement tant l’effort fait sur la simplification du récit est payant… mais n’oublie pas de soutenir un propos et, plus précisément un combat. On peut, d’ailleurs, presque reprocher au film d’avoir poussé sa logique de vulgarisation un peu trop loin à ce niveau puisqu’il a un peu tendance à diviser les personnages en deux groupes : d’un côté, les malades qui sont tous plus sympas les uns que les autres et, de l’autre, ceux qui sont censés les soigner qui sont d’affreux salauds privilégiant leurs bénéfices à la survie des patients. Cette approche, même si elle devait se rapprocher de la réalité, m’a semblait un peu trop manichéenne pour convaincre totalement,
et ce malgré la présence du médecin joué par Jennifer Garner qui va prendre fait et cause pour le Dallas Buyer Club contre sa hiérarchie
. La caricature vise, également, les anciens collègues de Woodroof, qui sont tous d’épouvantables homophobes. Il s’agit, pour autant, d’un défaut mineur qui était, sans doute, inévitable pour donner toute sa force au récit. Mais, surtout, le gros point fort du film, c’est l’époustouflante interprétation de deux acteurs qui ont, tous deux, été oscarisés pour l’occasion. Tout d’abord, Matthew McConaughey qui porte le film à bout de bras et nous livre une prestation jamais vue (ni même deviné) jusque-là chez lui ! Méconnaissable avec ses 20 kilos de mois, il parvient à rendre attachant son personnage, initialement détestable, sans, pour autant en faire des tonnes dans le pathos et, accessoirement, en ne misant pas tout sur sa transformation physique. Il est l’âme du film à qui il apporte sa crédibilité et aurait dû bouffer tous ses partenaires à l’écran. C’est sans compter sur l’autre prestation époustouflante du film, celle de Jared Leto, métamorphosé, qui campe un transsexuel séropositif particulièrement troublant et invraisemblablement crédible. En refusant de jouer les folles mais en ne négligeant pas, pour autant, l’excentricité du personnage, Leto nous en fout plein les yeux et nous arrache même des larmes
(voir, à ce titre sa scène bouleversante avec son père).
On croit dur comme fer à ce duo, pourtant campé par deux acteurs connus, jusque-là pour être des sex-symbol hétéro quasi-archétypaux, ce qui en dit long sur leur talent et sur la réussite du film. "Dallas Buyer Club" n’a, donc, pas usurpé ses Oscars et se doit d’être vu, les films d’auteurs porteur d’un message aussi fort sans être chiant étant trop rare pour s’en priver !