Premiers plans, une mère et son fils dans un canapé. Elle dort, lui regarde la télé. Une scène banale, on est chez monsieur-tout-le-monde. Puis, des ambulanciers arrivent, demandent au jeune homme (Josh) ce que la femme a pris, de l’héroïne (comme si c’était normal). La télévision est allumée, Josh hésite entre regarder le jeu télévisé ou les ambulanciers tentant de réanimer sa mère. Le protagoniste est ensuite dans la cuisine, il appelle sa mamie pour lui annoncer que sa fille est morte, lui demander quoi faire, et s’il peut venir habiter chez elle. Dès la première scène, le réalisateur, David Michôd (dont c’est le premier film), installe un climat à deux atmosphères. Le spectateur ressent quelque chose d’étrange au contact de cette normalité apparente.
La scène suivante est menée par la voix off de Josh qui présente sa « nouvelle » famille. Il nous introduit tour à tour les différents protagonistes, opérant un parallèle entre son histoire et le monde animalier. Et en effet, c’est un peu la jungle ici, dans cette famille de criminels à laquelle Josh a plus ou moins été épargné jusqu’à présent. Dorénavant, il devra vivre dans cet univers violent, mystérieux voir mensonger, entamant des relations familiales intenses et malsaines (mère-enfant, oncle-neveu).
Le réalisateur, de par son cadrage et son travail de l’image, instaure un univers malfaisant dans la réalité. Il mélange le bien et le mal pour offrir une réalité biaisée : comme il est normal d’embrasser sa grand-mère ou de se laver les mains en sortant des toilettes, il est normal de jouer avec un flingue, de prendre un thé pendant que sa famille se fait menotter par la police ou de proposer un rail à sa copine. Le jeu avec la normalité dérange le spectateur, mais pour mieux le questionner. La violence est à peine montrée, seulement au travers d’une bagarre « joyeuse » et de quelques coups de feu (à peine plus violent qu’un JT). Pourtant, une tension physique et morale s’impose rapidement et qui durera tout le long du récit. Le jeu des acteurs donne encore plus de force à la mise en scène.
Josh, incarné par James Frecheville, n’a quasiment aucune réaction durant la majeure partie du film. Le spectateur pourrait se demander facilement s’il n’est pas débile, s’il comprend dans quoi il a mis les pieds et de quelle manière il est impliqué. Le visage de l’acteur ne laisse passer aucune émotion. Même quand le personnage prend une décision (trahir ou ne pas trahir), il a l’air complément perdu, ne percevant pas réellement l’ampleur de ces choix ou des actions des autres. L’identification au personnage est d’autant plus forte qu’on découvre cet univers en même temps que le protagoniste. La décision finale est d’ailleurs assez inattendue, mais s’inscrit dans la logique de fonctionnement de cette famille. La limite de l’indentification s’arrête à cette scène finale mais qui permet d’amplifier la fonction cathartique.
A l’opposé, il y a l’oncle Pope (Ben Mendelsohn), chef de la meute. Toute la violence et la folie meurtrière du personnage transparaissent au travers de son regard, sur l’enfance, les jeunes filles, la famille ou les ennemis. Ici, la violence appelle la violence, on répond à un meurtre identifié (généralement, une personne à laquelle on a eu le temps de s’attacher même si c’était un bandit) au meurtre d’un anonyme innocent. Si la violence n’a pas de logique, la pitié n’en a pas non plus.
Le personnage de la mère / grand-mère est sans doute le plus subtil et horrible de cette galerie. Entretenant une relation malsaine, voire incestueuse, avec ces enfants / petits-enfants (et seulement les garçons, car elle est la seule femme à avoir sa place), elle est à la fois la figure de la maman ourse et de la menthe religieuse, elle n’hésite pas à sacrifier les « faibles » pour préserver les « forts ». Vers la fin du film, le spectateur se rend compte qu’elle cachait bien son jeu, qu’elle a aussi du pouvoir et qu’elle sait tirer les ficelles pour préserver ses intérêts. L’absence de véritable logique dans les relations humaines ne permet pas aux spectateurs d’anticiper la fin de l’histoire (ce qui est bien).
Animal Kingdom est avant tout une histoire de force et de pouvoir, de territoire et de possession, une histoire d’hommes obligés d’évoluer dans un univers violent qu’ils doivent incarner pour mieux le maitriser, une histoire de règne animalier. Ce film pose la question de la violence dans la société contemporaine, mais également de son influence sur les rapports entre les individus. Il pourra rappeler à certains un Alpha Dog ou de plus loin, American History X.
Une bonne claque qui permet de rendre la vie plus douce !
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