Johnnie To a su être formidable ; critique goulue et acerbe de l'obscurantisme médiatique dans "Breaking News", référence ultime à Sergio Leone dans le splendide "Exilé", comédie mineure à la Capra dans "Sparrow" ou dyptique crépusculaire sur le lien entre la mafia et la politique ("Election" et "Election 2"). Toujours dans le renouvellement identitaire sur une base pourtant identique (amitié, western urbain, quiproquos mafieux), Johnnie To a su confectionner parmi les plus belles fusillades que le cinéma ait pu nous offrir ; des ballets à part entière, coulés dans de splendides ralentis aux relans de fin du monde qui attestent de la virtuosité technique de son metteur en scène. Cette fois (et il y a bien là encore deux ou trois gunfights anthologiques), Johnnie s'accompagne de Johnny. Et l'on ne sait pas trop pourquoi ; à part, évidemment, pour vendre plus facilement un film qui n'en avait pourtant pas vraiment besoin. Mais cette fois, on ne reconnaît pas la patte de Johnnie To. Son acteur, définitivement Out, la voix rauque et le visage buriné, aussi ridicule en français comme en anglais, coule d'emblée toute la crédibilité du film. Sa mono-expressivité et sa démarche pathétique dans un costume pas plus probable que celui d'un super-héros donnent à "Vengeance" le bon goût du nanar involontaire. La minceur anorexique du script (Johnnie To n'est pas connu pour sa densité scénaristique!) et l'enfilade de séquences à mourir de rire, sorties du fin fond des années 70, nous font vraiment demander si c'est bien Johnnie To qui tient la caméra. Vilain Johnny, qui tue en mandarin, en anglais et en français, ça met des gerbes de sang partout. Il fait peur aux civils le Johnny, parce qu'il veut venger sa fifille que tous les méchants mafieux ont tué. Salauds! Johnny il va dégainer plus vite que son ombre, il va faire des morts, et ça c'est pas bien, faut pas, parce que la vengeance, il paraît que si c'est un plat qui se mange froid, ça n'aboutit à rien. La violence ne résoud