Revivre plusieurs fois une même scène avec un point de vue différent est toujours une savoureuse expérience de cinéma : de Lucas Belvaux à Harry Potter. Ici, le réalisateur se joue beaucoup de nous, mais ça fonctionne. Si le monde du travail n'est pas toujours le plus passionnant, il gagne ici en profondeur en en abordant beaucoup d'axes. Une bonne surprise de rentrée.
J'avais déjà vu le film plus récent du même réalisateur, L'Etabli, mais je dois avouer que ce Rien de Personnel m'a plus plu que L'Etabli. C'est une critique de l'entreprise et du management, des méthodes de travail et du dépassement de soi aux travers de soft skills. Et cela fonctionne toujours 15 ans plus tard, le film est sorti en 2009, et fait écho à certains exemples de grandes entreprises. Le film est servi par une belle brochette d'acteurs, Darroussin, Breitman, Greggory, Lanners, Podalydès et Doutey et fait unité de temps et de lieu. Tout se passe dans un musée, où une soirée d'entreprise est organisée, et on revit l'histoire, la soirée, au travers de différents chapitres qui reprennent les scènes du précédent sous un autre angle. Une même scène est donc vue une ou deux fois avec un oeil différent et le spectateur la juge différemment. C'est intéressant. Néanmoins le film est un peu lent et manque d'un peu plus à se mettre sous la dent. A voir tout de même.
Un séminaire de cadres d'une grosse entreprise pharmaceutique se déroule dans la salle d'un château qui sera le décor unique du film.. Deux d'entre ces cadres (JP.Darroussin et M.Doutey) devisent sur leur prochaine collaboration imposée; la DRH du groupe (Zabou) anime la soirée; un syndicaliste fébrile (D.Podalydès) fait son entrée tandis que le grand patron (P.Greggory) pousse la chansonnette. Ce sont les principaux personnages de ce petit théatre de faux semblants qui s'annonce. Pince-fesses ordinaire pour cadres méritants? Pas vraiment. La scène initiale du film de Mathias Gokalp est en trompe-l'oeil, comme on ne tarde pas à le voir. Le réalisateur revient sur cette scène plusieurs fois- c'est le principe de sa mise en scène- et on la découvre à nouveau, lacunaire et malicieusement tronquée, changeant complètement son objet et le caractère des personnages. La séquence prend un autre sens dès lors que l'auteur astucieux forme le puzzle, petit à petit, des relations entre chacun. Au-delà de la forme, qui constitue davantage que son sujet, l'intérêt et la singularité essentiels du film, la rumeur d'un plan de licenciement et les conversations relatives en alimentent le fond, sont le fil d'une satire, modeste, à travers lequel l'auteur ausculte la confrérie des cadres, le monde impitoyable du travail qu'ils incarnent autant qu'il le subissent. Brillant et corrosif.
Petit film francais qui dépeint le microcosme d'une entreprise au cours d'une soirée organisée pour ses employés. Point de chichis visuels, mais une construction habile qui est sans conteste le point fort du film : si la quasi-totalité de l'histoire est dévoilée dans les premieres 15 minutes, le récit revient ensuite sur ces événements en utilisant différents points de vue, et offre par ce procédé de nombreux contrepieds au fur et à mesure que l'intrigue prend son envol. Pas mal ! Le sujet, centré sur le rapport de force direction / employés en temps de crise est bien traité et bien interprété. Il ne passionnera pas tous les spectateurs et il ne permet pas forcément de s'évader, mais le propos que l'on devine engagé souleve de bonnes questions, celles qu'une partie de la société souhaiterait ne pas entendre. C'est déjà bien !
Peut-être pas le genre de film le plus distrayant, mais surement l'un de ceux où la verve des dialogues, le machiavélisme du scénario et l'impressionnante facture des acteurs génèrent en moi de belles émotions. Assurément un gran film.
Une réception offerte par l’entreprise sert de contexte à l’évaluation des cadres, qui doivent convaincre des coachs jouant un rôle de travailler davantage ; mais d’autres évolutions de l’entreprise se préparent à moyen terme… Dans la veine peu fournie des films étudiant les mœurs entrepreneuriales, cette production étonne tant dans sa forme que par la force de sa dénonciation d’un type de management très à la mode. Le film présente plusieurs visions de la même soirée, par élargissements successifs, permettant de cerner peu à peu les personnages et leurs enjeux. Ce kaléidoscope est bien monté, mais n’atteint pas l’idéal, qui est de reprendre les scènes sans modifications aucunes, en en montrant simplement plus à chaque fois. Il nécessite par ailleurs une bonne vigilance si l’on veut en saisir toutes les facettes. Sur le fond, Gokalp pointe une caméra clinique sur une pratique d’évaluation soi-disant festive, mais d’autant plus féroce que la bonne humeur est ici obligatoire. Une pratique déstabilisante pour certains, et ayant parfois des conséquences tragiques comme l’actualité l’a montré récemment. Le scénario, parfois un peu bancal, progresse cependant avec légèreté, et les touches d’humour qui l’agrémentent sont bienvenues. Les acteurs sont excellents, la palme revenant à un Darroussin qui sait passer d’un personnage à un autre avec virtuosité. Les rôles de Podalydès et des deux femmes sont plus convenus ; le patron (Pascal Greggory) affiche un cynisme hélas assez réaliste (et en plus il faut l’écouter chanter, pas très juste d’ailleurs). Une production intéressante et originale, qui correspond exactement à la notion de comédie dramatique, mais est à déconseiller à ceux qui vivent ou ont vécu ces pratiques de management par le stress dont le sadisme n’est plus à démontrer.
une excellente surprise, mise en scène TRES originale, avec un découpage des scènes en tableaux, et avec un recoupement entre elles vraiment très bien fait. Acteurs/actrices aux petits oignons, un très bon moment de cinéma.
Très étrange, comme film. D'un point de vue formel, il n'est pas sans rappeler "Je t'aime je t'aime" de Resnais, en particulier sur le travail de montage. L'histoire est intéressante, mais mériterait d'être plus approfondie. Les acteurs sont tous excellents et la théâtralité évidente de la mise en scène déroute peut-être, mais n'amenuise pas le propos, bien au contraire.
Le film de Mathias Gokalp (dont j'ignorais l'existence et l'étendue du tallent) n'est pas des plus évident au premier abord mais s'améliore à chaque minute. Un très bon film qui change du paysage actuel et qui m'aura beaucoup surpris. Saluons la prestation des divers parties prenantes et notamment celle de Jean-Pierre Darroussin, impeccable dans son rôle de composition. On se demande comment le réalisateur fait pour nous tenir alerte alors que l'intégralité de son histoire se passe dans un espace si restreint. Une bonne surprise. On en redemande.
La narration qui se veut originale nuit au propos du film notamment la première partie inutile. Malheureusement, c'est la forme que le réalisateur a voulu priviliégier au détriment d'un fond d'une banalité et d'un inintérêt constants...
Un groupe pharmaceutique convie tous ses cadres à une soirée dans une batisse bourgeoise. L'objectif de cette soirée est de les faire évaluer par des coachs dans des mises en situations manageriales cocasses. Cette évaluation vise à licencier la moitié des cadres de cette société avant d'engager la vente fructueuse de son P.D.G.. Chacun devra sauver sa place: une compétition à l'atmosphère malsaine. Sous un vernis décalé et donc souvent drôle, ce film aborde un vrai problème de société: Que sont prêts à accepter les salariés d'un société pour sauver leur place? Quelles humiliations? Jusqu'où sont prêt à aller des chefs d'entreprise pour mettre en compétition leurs cadres pour en tirer encore une plus grande performance? Les coachs, dont fait partie le toujours très bon Daroussin, ont pour mission de faire craquer leur proie (un cadre de la boite: Mélanie Doutey); quel job ingrat, faire craquer ses congénères. C'est une vraie comédie sociale, le reflet de notre époque. Kogalp réalise un 1er film très réussi. Les dialogues sont justes; mais le point fort de ce film réside surtout dans sa construction. Dans le 1er quart d'heure se déroule la soirée vu par les yeux de Darroussin; c'est un peu déconcertant, le sujet est difficilement compréhensible, car la soirée est finie. Mais, cette soirée va se dérouler plusieurs fois sous nos yeux, mais vu à chaque fois par les yeux d'un acteur différent de cette soirée (le syndicaliste, la cadre évaluée, l'homme de ménage, le PDG,...). Et l'histoire se construit, se compléxifie et surtout s'intensifie à chaque passage. Il y a 20 ans, j'avais vu "Que les gros salaires lèvent le doigt"; voilà à nouveau un bon film français sur le sujet... Mais qui n'égale pas la description du monde du travail actuel de 2 films plus récents et incontournables: "Ressources humaines" et "Violence des échanges en milieu tempéré"... A voir car tout de même détendant