Dommage que le titre en français soit aussi stupide, alors qu'il suffisait d'une traduction littérale "Face Nord", ce qui a été utilisé dans une autre version de cette histoire au cinéma (Eiger, Face Nord".
Il ne s'agit pas d'un duel, et ça ne se passe pas au sommet, justement.
Sinon, hormis ce détail des mots mal choisis, le film est plutôt une réussite à divers niveaux, même si la petite histoire menée en parallèle de la grande est un peu faible et termine mal ces deux heures de grand spectacle.
Paysages et passages rocheux/neigeux fort bien saisis et rendus, illustrations des actions d'alpinisme soignées et caractéristiques des techniques de cette époque (1938), dialogues et échanges d'alpinistes chevronnés très crédibles.
A ce stade, on peut s'émerveiller (ou s'effaroucher) devant l'équipement rudimentaire, presque minimaliste, et des techniques encore basiques de cette époque, qui forcent l'admiration tant la performance des seuls corps des hommes, tant leur courage et leur volonté étaient dominants...car à cette époque, bien peu de moyens de localisation et de secours.
Cette face Nord est actuellement vaincue en moins de 3 heures par plusieurs grimpeurs...sur des voies ouvertes et décrites par les pionniers, et avec quelques équipements désormais "en fixe" sur les parois...mais quelle différence !
Pour autant, cette aventure dramatique ici racontée dépeint les caractères, les motivations, les relations particulières qui unissent les montagnards de haut niveau, même dans la rivalité. Ainsi que les luttes intérieures de chacun ou chacune lorsque des choix cruciaux sont à faire, sous la pression des événements et des éléments naturels.
L'accumulation des incidents puis accidents n'a rien d'excessif dans cette histoire, puisque vécue et consciencieusement respectée à partir d'une documentation abondante.
Comme souligné précédemment, la petite histoire "parallèle" pèche par sa faiblesse, censée dénoncer une forme de voyeurisme touristique et journalistique, et aussi le courant nazi montant, l'exploitation politique du monde sportif, mais qui reste en-deçà de l'objectif visible, ici sous-traité.
Reste enfin une histoire d'amour, en filigrane, de longue date mais jamais vraiment déclarée, sauf au moment où elle va devenir presque possible et finalement, impossible sinon spirituellement. Ce type d'amour puissant qui habite tant de conjoints d'aventuriers de l'extrême, et qui, souvent, contribue à la réussite de ces derniers, voire les motive, essentiellement.
La " l'Eiger, Face nord" (Eiger qui ne se traduit pas par l'Ogre) est une belle allégorie cinématographique !