Peu de films dans l'Histoire auront suscité tant de passion, d'attente et d'espérance que Prometheus. Présenté à l'origine comme le prequel du légendaire Alien : le huitième passager, pilier de la plus grande franchise de science-fiction horrifique de l'Histoire du cinéma, Prometheus s'est finalement illustré comme un film autonome et totalement inédit. De toute évidence le plus grand événement cinématographique de cette année 2012, le retour de Ridley Scott à la science-fiction, considéré comme l'un des pères fondateurs du genre au côté de Lucas, Spielberg et Kubrick, est un magistral succès qui ravira les fans de longue date, les profanes comme les aficionados. Ainsi, Prometheus nous embarque dans une prodigieuse odyssée spatiale, accompagnant un équipage de scientifiques aux confins de la galaxie, en quête des réponses aux questions existentielles les plus profondes de l'Humanité. Lorsque les 17 membres d'équipage du vaisseau éponyme sont réveillés d'hyper-sommeil par David, l'androïde de bord, à l'approche du système Zêta 2 Reticulli, ils ignorent encore pour la plupart le véritable objectif de cette mission pour des raisons d'ordre confidentiel. Et c'est avec surprise et cynisme que les savants et mercenaires embarqués réagissent à l'annonce de l'opération : tenter de retrouver des traces d'une civilisation extraterrestre qui serait à l'origine de l'Humanité. Hormis le docteur Elisabeth Shaw et son compagnon le professeur Holloway, principaux instigateurs de la mission, personne à bord ne semble accorder de réel crédit à cette thèse irrationnelle. Ce n'est qu'après un spectaculaire atterrissage à proximité d'un alignement prodigieux de pyramides à la surface du planétoïde LV-223 que rapidement, la fascination et la peur vont s'emparer de chacun des astronautes. Les thèmes créateur/création, création/destruction, science/religion constituent les grandes réflexions philosophiques du film qui curieusement se rapproche d'avantage de 2001 l'Odyssée de l'Espace que de l'Alien originel. Par ailleurs, les références bibliques sont multiples et on appréciera les interrogations qu'elles susciteront. Prometheus pose de ce fait de nombreuses questions et il est du devoir du spectateur de chercher, de s'investir pour trouver une réponse personnelle et infiniment plus profonde, en opposition aux films actuels qui livrent régulièrement trop de réponses aux spectateurs devenus décérébrés, totalement inactifs et non investis dans la trame de l'œuvre. De prime abord, le film est surprenant car il ne reflète absolument pas les mêmes idées directrices que ses 4 prédécesseurs tout en conservant leur esthétique noire et macabre qui avait contribué au succès de la franchise. Il s'illustre par une richesse visuelle époustouflante, unique en son genre, avec l'indéniable patte du grand artiste suisse H.R. Giger dans le design des pyramides extraterrestres ou encore les somptueuses fresques murales, mêlée à l'incroyable performance d'Arthur Max, à qui l'on doit le resplendissant USCSS Prometheus, vaisseau amiral de la flotte scientifique de Weyland corporation, ou encore l'énigmatique tête géante de la salle des urnes ainsi que le planétoïde LV-223, digne successeur de LV-426 par l'angoisse qu'il suscite au spectateur. Les effets spéciaux sont en outre prodigieux, notamment dans le 3ème acte où le spectaculaire côtoie magnifiquement l'horreur et la noirceur qui font de Prometheus, le sombre et sinistre concurrent d'Avatar par sa beauté obscure et fantasmagorique. Le jeu d'acteur est également très convaincant avec la remarquable performance de Michael Fassbender qui incarne l'androïde David, fourbe, vil, méprisant, mais d'une sensibilité déconcertante. Noomi Rapace, nouvelle femme forte de la franchise, nous subjugue par sa fragilité et sa grande combativité en archéologue prête à défier ses propres créateurs en quête de réponses. Quant à Rafe Spill, en biologiste trop curieux, il connaîtra un sort très similaire à l'officier Kane (Alien) en raison de sa passion irraisonnée pour le monde animal. On remarquera enfin la performance de Charlize Theron en énigmatique chef de mission, qui offre une touche sensuelle et non moins glaciale à l'aventure. En outre, l'équipage du Prometheus, par son scepticisme, son avidité et son inconscience, n'est pas sans rappeler celui de l'USCSS Nostromo, et son tragique devenir semble inéluctable. On soulignera également le bestiaire très innovent avec les superbes ingénieurs, créatures mythiques de la franchise enfin dévoilées, ainsi que de nouveaux organismes d'une noire beauté. En définitive, Prometheus n'est pas le chef d'œuvre attendu, il est bien plus encore. Il incarne toute la sagesse d'un réalisateur mythique à l'indéniable talent qui ne cessera jamais de nous surprendre. On ne peut donc qu'applaudir le retour magistral de Scott aux origines de son chef d'œuvre et espérer que la suite, Paradise, conserve toute la beauté de cette nouvelle franchise incroyablement prometteuse.