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pseudozero
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4,0
Publiée le 6 décembre 2011
Quand on voit de quoi les cinéastes iraniens, mais aussi asiatiques (chinois, coréens, japonais) sont capables, on peut se demander si le cinéma est encore un art en Occident où notre goût est complétement altéré, comme pour les aliments, par des navets américains et ses copies européennes. Comme l'a dit récemment Sylvain Tesson dans son livre "dans les forêts de Sibérie", la liberté n'est pas de faire ce que l'on veut mais de pouvoir apprécier ce que l'on a. Le manque de liberté en Iran encourage les plus talentueux de ses cinéastes d'exceller en vraie imagination (et non l'imagination fantaisiste des Seigneurs des Anneaux, du Spielberg ou autre fadaises de ce genre pour adolescents attardés).
Les qualités habituelles d’Asghar Farhadi, appliquées à un genre difficile : le film de groupe. Un genre dans lequel, ironiquement, c’était le cinéma israélien qui avait souvent obtenu les meilleurs résultats ("La fiancée syrienne", "Les sept jours"…). Comme toujours, l’écriture est d’une grande précision, la caractérisation des personnages très soignée, les dynamiques sociales exposées avec beaucoup de finesse et l’interprétation excellente – on retrouve d’ailleurs plusieurs comédiens présents dans d’autres œuvres du réalisateur. Comme dans "La fête du feu" ou "Une séparation", c’est le mensonge qui constitue le thème fondamental du film. Mensonge permanent de tous les personnages pour sauvegarder les apparences et faire semblant de respecter les convenances – mensonge qui entraîne progressivement ce groupe et chacun de ses membres dans un engrenage destructeur. "A propos d’Elly" va probablement moins loin dans la radiographie sociale que "Une séparation", mais il témoigne, s'il en était besoin, du talent de son auteur et de la vitalité, non seulement du cinéma, mais de la société iranienne.
"Mieux vaut une fin amer qu'une amertume sans fin". Il est parfois bon de descendre du train américain. Darbareye Elly est un drame poignant qui tire son intérêt de son cadre exotique. En effet difficile pour nous de juger la scène sociale qui se joue ici. Nous sommes à de telles années lumières des moeurs iraniennes qu'il est difficile de porter un regard critique sur les actions des personnages. En bref l'action se déroule en deux parties. La première fait un peu "Les bronzés à la plage" version voilée en plus neuneu (oui c'est possible). Encore une fois difficile de juger du caractère ingénu des membres de cette famille: on a beau accepter que l'Iran soit moins "désenchanté" (M. Weber) que les pays occidentaux industrialisés on tend tout de même ici vers le syndrome Harry Potter : entre niais et innocent. La deuxième partie est néanmoins plus réussie car très riche. Alors qu'il n'y a quasiment aucune action notre attention ne se relâche pas un seul instant jusqu'au final, malheureusement bâclé et un peu tiré par les cheveux. Dans ce quasi huit-clos les personnages font néanmoins merveilles, la distribution est aussi généreuse qu'épatante : les 9 acteurs principaux sont vraiment tous excellents et interagissent autour de thèmes universels : l'honneur, l'amitié, le mensonge, l'espoir, la douleur ou la colère. Rarement un film n'a développé une psychologie aussi fouillée d'un si grand nombre de protagonistes. J'ai enfin beaucoup aimé la peinture sociale de ces trentenaires à la fois occidentalisé (scène d'ouverture, style vestimentaire) et porteur du poids social d'une société islamiste (le poids de l'honneur, les relations homme-femme avec notamment la scène de brutalisation de Sepideh qui n’appelle aucune critique des autres personnages, la scène en voiture entre Amir et Naazi "tout était écrit, personne n'est responsable"). Une scène : la noyade d'Arash.
Très beau film tout en tension... Le thème récurent de l'auteur (le mensonge) est plus fort (plus fluide) que dans son dernier film... Superbe brochette d'acteurs...
Un film qui interpelle par un regard nouveau sur la condition féminine en Iran. Cependant, même si le jeux des acteurs et les rapports entre les personnages intéressent, le scénario traine un peu en longueur avec un "suspens" dont le dénouement nous déçoit.
Film absolument magistral ! le jeu des acteurs est d’une pureté telle que l’on se sent impliqué dans cette histoire, d’une dramatique inouie. Une fois de plus Asghar Farhadi nous livre ses émotions à partir d’un jeu de rôles bien distribués, qui nous transporte. Chacun est renvoyé à ses propres émotions, à ses questions : que faire ? que dire ? mentir pour sauver la face et l’honneur de la disparue, dire la vérité par respect de l’autre et pour s’épargner ses propres tourments à venir ? toutes les questions de la vie quotidienne en somme, mais à la puissance dix, et qui un jour peuvent nous submerger. A méditer.
Aucune bande son tout au long du film, pourquoi ? parce qu’elle est inutile, tant l’intensité à elle seule suffit, étonnant que personne ne l’aie noté, ce qui prouve qu’on ne fait pas bien attention aux films que nous voyons et aux messages qu’ils nous transmettent. Ce film est une leçon d’humilité qui nous montre qu’il est important de savoir bien se placer au moment où il faut.
Décidément, Asghar Farhadi est un lointain cousin de Kechiche, avec qui il partage le goût des dialogues bien ciselés, des situations de crise filmées de bout en bout et des castings impeccables. A propos d'Elly est un film difficile et drôle avec des personnages pittoresques.
Un groupe d'amis de longue date (ils se connaissent depuis la fac de droit) quitte Téhéran pour aller passer trois jours au bord de la Caspienne. C'est Sepideh qui a tout organisé, comme d'habitude, mais l'impéritie de la jeune femme fait qu' il faut se replier sur une villa qui n'est plus louée depuis longtemps, avec vitres cassées, crasse incrustée, mobilier minimum etc. Le plus cependant : la bâtisse est implantée directement sur la plage. Le film commence joyeusement, façon villégiature sans histoires avec Sepideh, Amir, Peyman et les autres (3 couples, dont 2 avec enfant (s), mais aussi Ahmad, récemment divorcé et...Elly). Cette dernière est l'institutrice de la fille de Sepideh, et l'organisatrice se doublant d'une entremetteuse, elle la destine à l'esseulé. Elly veut cependant repartir dès le deuxième jour, comme elle l'avait indiqué d'entrée de jeu à Sepideh, mais celle-ci la retient, allant jusqu'à cacher son sac et son portable. La comédie vire alors à la tragédie, quand Elly disparaît. Le récent succès d'"Une Séparation" a conduit à ressortir en salles le film précédent d'Asghar Fahradi, et c'est avec cette reprise que je découvre pour ma part "A propos d'Elly". En renouvelant le thème de l'Arlésienne (car Elly est présente physiquement au début du récit) le scénariste Fahradi le fait avec brio, la personnalité de la timide et mystérieuse jeune enseignante se révélant peu à peu au fil des heures d'une recherche de plus en plus en plus fébrile, puis accablée quand l'hypothèse de la noyade devient la seule crédible, même si la mer n'a encore rejeté aucun cadavre. Mais le drame m'a paru revêtir un peu trop les exaspérations d'un quasi-psychodrame devant la caméra du cinéaste Fahradi pour emporter une totale adhésion du spectateur, et il y a de nombreuses longueurs (comme dans "Une Séparation") qui pour moi encombrent l'histoire plus qu'elles ne la font progresser. En revanche, la fin en pointillés, là encore comme dans le récent "Ours d'Or", en dépit d'un possible effet de système, me paraît en accord parfait avec le ton et le récit, et la distribution est tout aussi remarquable.
Des étudiants Iraniens partent en week end au bord de la mer Caspienne. Sepideh a invité une amie qu’elle compte présenter à un ami sortant d’une rupture. Puis Elly disparaît et tout devient difficile. Cette disparation va surtout tous les confronter à leurs contradictions quant à la place de la femme et sa liberté dans cette société en pleine mutation. Ce film construit comme thriller est un prétexte pour s’intéresser en profondeur à une société iranienne tiraillée entre modernité et culture traditionnelle, même chez ces jeunes gens se voulant modernes. La réputation d’Elly devient plus importante que sa disparition. On s’aperçoit donc que même chez ces classes moyennes occidentalisées, la libéralisation des mœurs est très timide. Bien construit, on se sent très vite à l’aise dans ce groupe. L’actrice principale porte à elle seule toute la complexité de l’attitude des femmes dans l’Iran actuelle, le jeu est juste.Au delà d’être un film en Iran, l’histoire est universelle et le film prenant. Il permet de nous décentraliser. Nous ne sommes pas le nombril du monde, d’autres modèles de société peuvent exister en dehors du notre. Un bon film pour découvrir un cinéma iranien parfois persécuté
Proposer à un Occidental de regarder "Darbareye Elly", c'est un peu comme si on envoyait un gros geek faire un tour à la traditionnelle garden party de l'Elysée. Une sorte de "choc des civilisations", pour reprendre l'expression de Samuel Huntington. En effet, Asqhar Farhadi fonde l'intensité dramatique de son film sur la question de l'honneur, choix complètement incompréhensible pour nous. C'est marrant de voir les personnages partir dans de grands discours passionnés sur un point si secondaire. A ce niveau, on peut déplorer le manque de pédagogie du réalisateur. Comment fonctionne l'Iran ? Quelle est la place de l'islam ? Quel rôle peut jouer la police ? Il est fort dommage de n'avoir aucune réponse. Tout aussi regrettable est le manque d'intérêt de l'intrigue. Elle se scinde en deux parties. Les 45 premières minutes sont plutôt chiantes, et constitue une sorte de "Bronzés 3" à la sauce iranienne. L'humour est, soyons lucides, médiocre, mais la touche iranienne est plaisante. La seconde partie du film, censée nous apporter des révélations incroyables, est décevante. Si le pauvre Hitchcock voyait ça, il en pleurerait de rire. Donc au final, oui "Darbareye Elly" est une curiosité qui vaut le détour, mais de là à crier au chef d'œuvre par contre...
Drame orchestré totalement sur le mensonge très agaçant, c'est ce qui fait nous accrocher au film. On attend, et rien. 2.5/5 pour l'originalité de tenir les spectateurs uniquement sur cela, pas bluffant mais curieux !
Un film qui aurait pu être très bon, mais qui s"enlise dans sa 2ème partie à cause de son manque de rythme. On frôle parfois le thriller, mais les incessants mensonges finissent par lasser, comme le film. Intéressant tout de même.